L'Agriculteur Normand 07 novembre 2014 à 08h00 | Par Jean-Claude Dorenlor Chambre d’agriculture de la Manche

Réforme de la PAC, une occasion de s’interroger sur la conversion à l’agriculture biologique

La réforme de la PAC de 2015 a des conséquences financières significatives qui obligent les éleveurs les plus impactés à repositionner leur système de production...

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MAEC ou aide à l’agriculture biologique, la réforme 2015-2019 amène à se poser la question.
MAEC ou aide à l’agriculture biologique, la réforme 2015-2019 amène à se poser la question. - © CA 50

La conversion à l’agriculture biologique fait partie des questions à étudier, au moins pour les éleveurs les plus herbagers. Techniquement possible, l’intérêt économique de la conversion à l’agriculture biologique est directement lié au maintien d’un écart significatif du prix de la viande et des aides par rapport au conventionnel.

Une réforme qui impacte les systèmes allaitants

La convergence des aides à l’hectare et le calcul d’une nouvelle référence de prime à la vache allaitante sur la base des vaches détenues en 2013 ont des conséquences financières parfois lourdes. C’est le cas des éleveurs qui disposaient de DPU/ha corrects ou de ceux qui primaient des génisses pour activer leurs droits à PMTVA, ou encore de ceux qui ont récemment augmenté leur troupeau allaitant.L’autre volet important de la réforme est la fin de la PHAE fréquente dans les systèmes allaitants herbagers, la revalorisation de l’ICHN et la mise en place de nouvelles mesures agroenvironnementales. Ces MAEC, C pour climatique, présenteront un certain nombre d’obligations. Pour les MAEC système herbager et pastoral ce sera principalement le maintien des surfaces en prairies permanentes, un chargement inférieur à 1,40 UGB/ha et la conservation des IAE (Infrastructure agro-écologique : haies, arbres). Pour les MAEC polyculture-élevage “herbivores” à dominante élevage, les contraintes principales seront, le maintien des prairies permanentes, la réduction des IFT (Indice de Fréquence des Traitements), la limitation des apports de concentré, le respect de la balance azotée globale à 50 kg/ha… Outre ces contraintes, l’engagement dans des MAEC fige le système en place et limite les possibilités d’adaptations à la conjoncture. Ce peut être le cas d’éleveurs qui souhaiteraient, au titre de l’autonomie alimentaire, introduire des céréales ou des cultures fourragères pour finir les femelles de réforme de l’exploitation et éventuellement engraisser les broutards. Ces MAEC sont gérées à l’échelle régionale. Les discussions sur leur mise en place, les montants des aides à l’hectare et les plafonds par exploitation sont en cours.Concernant les aides à l’agriculture biologique, la condition d’accès est le respect du cahier des charges. Celui-ci interdit l’utilisation d’intrants chimiques comme les engrais et produits phytosanitaires, et oblige à nourrir les bovins à partir d’aliments issus de l’agriculture biologique.  Les aides à l’agriculture biologique ne seront pas cumulables avec les MAEC. En raison de l’importance des aides dans les systèmes allaitants herbagers, souvent équivalentes à l’EBE, les éleveurs ont intérêt à se positionner sur l’une ou l’autre de ces aides du second pilier quand les conditions de mise en place seront définitivement connues.

La conversion à l’agriculture biologique est une adaptation envisageable

La conversion à l’agriculture biologique d’un système allaitant herbager ne pose pas de problème technique complexe. Comme en conventionnel, compte tenu de la valeur modeste du produit viande, la stratégie reste la recherche de l’autonomie alimentaire, la réduction des charges et le maintien d’une bonne productivité du cheptel et des moyens de production en place. Le cahier des charges, interdisant l’utilisation d’intrants chimiques et l’achat de fourrages et de concentrés non biologiques, oblige à ajuster au mieux l’effectif animal à la productivité des surfaces. C’est pourquoi les systèmes en AB ont un chargement plus faible pour assurer la nécessaire sécurité alimentaire évitant l’achat de fourrages et de concentrés onéreux. A ce titre, l’introduction de culture de céréales ou de légumineuses est complexe mais techniquement cohérente. Cette recherche d’autonomie permet une bonne finition des animaux de boucherie tout au long de l’année et la mise en place d’une rotation performante avec des prairies temporaires.Il est important que les pratiques habituellement recommandées qui visent une productivité élevée des surfaces et du troupeau tout en limitant les charges, soient bien maîtrisées en amont de la conversion : pâturage tournant, récoltes fréquentes et précoces, réformes systématiques des animaux improductifs…

Un intérêt économique lié au montant des aides et à la plus-value bio

Dans le cadre des travaux d’adaptation à la réforme conduits par le réseau bovin viande de Normandie, la conversion à l’agriculture biologique d’un système allaitant naisseur herbager a été étudiée. Par cohérence commerciale, du fait de l’absence de plus-value sur les broutards mâles et d’une demande de la filière bio d’animaux de race à viande bien conformés, il a été simulé le passage d’un système naisseur conventionnel à un système naisseur engraisseur de bœufs en AB. Schématiquement, pour une plus-value en AB de l’ordre de 0,30 €/kg de carcasse, la marge brute avant prise en compte des aides est comparable. La réduction du chargement de 0,15 UGB/ha est en partie compensée par la réduction des charges sur les surfaces et la plus-value viande bio. Si en 2013, ce niveau de plus-value n’était pas au rendez-vous, le différentiel de prix entre les deux filières est depuis le début de l’année de l’ordre de 0.40 à 0,50 €/kg.L’écart de revenu entre les deux orientations réside aussi dans le niveau des aides. Dans les zones défavorisées, sous réserve que l’obtention des aides à la conversion soit cumulable avec l’aide ICHN, le différentiel d’aide est clairement en faveur de l’option AB. Par contre, l’intérêt de la conversion est en partie neutralisé en zone non défavorisée du fait du non-cumul entre les MAEC et les aides AB.

Une filière organisée et un argument intéressant en filière courte

Le prix est un levier majeur de la décision de conversion à l’AB et la volatilité des prix de la viande bovine ces dernières années montre qu’il est préférable de raisonner sur le long terme. L’organisation de la filière au travers de Normandie Viande Bio (NVB) repose sur une grille de prix déconnectée des cotations viande bovine qui prend en compte les coûts de production. Cette organisation de filière est une garantie en cas de retournement de conjoncture. Un point positif et encourageant est que la consommation de viande bovine bio est toujours en progression. Le logo AB, bien reconnu par les consommateurs, est aussi un  bon argument pour développer la vente bovine en circuit court.

Pour en savoir plus sur l’agriculture biologique et la réforme de la PAC

Portes ouvertes sur le thème de la conversion en système allaitant (en partenariat avec les GAB et NVB) :

- le 19 novembre 2014 à Hudimesnil (50) ;

- le 17 décembre 2014 à l’Oudon (14) ;

- le 13 janvier 2015 dans le Pays d’Auge (61).


Formations  sur la réforme de la PAC et l’amélioration du revenu en AB en système allaitant :

- le 12 décembre 2014 à Vire (14) ;

- le 27 janvier 2015 dans le Pays d’Auge (61).

Contact pour plus d’info : 02 33 06 49 61

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