L'Agriculteur Normand 14 novembre 2016 à 08h00 | Par Yves BAILLY - Accompagnateur de sociétés - Médiateur Réseau OT/RH

Repli et ouverture

Chaque semaine le témoignage de Bruno, un des associés du GAEC. Episode 8

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« Je pars à la mairie, je te laisse finir la parcelle ».
« Je pars à la mairie, je te laisse finir la parcelle ». - © Réseau OT/RH des Chambres d’agriculture de Normand

Depuis plusieurs semaines, Bruno, éleveur dans le département de la Manche, nous fait part de son expérience de vie en société. Le personnage de Bruno est fictif mais son témoignage s’inspire de faits réels rencontrés quotidiennement dans les sociétés agricoles. Dans cet épisode, Bruno aborde la question de l’ouverture hors exploitation.

« Lorsque j’étais jeune, le travail sur la ferme primait sur tout : j’avais peu de temps à consacrer aux réunions et mon frère le faisait pour nous deux. Depuis l’installation de ma fille, mon analyse a évolué : j’ai pris conscience de l’importance de consacrer du temps à me former et à m’informer ».
Ces deux situations évoquées par Bruno, associé imaginaire, peuvent se rencontrer dans les exploitations agricoles. Dans cet épisode, Bruno nous explique comment il est passé d’une posture à l’autre.

Un manque de temps
Après mon installation je me suis donné à fond pour l’exploitation. J’avais besoin d’une information technique précise. Je regardais les plannings de réunion et je m’inscrivais à celles qui m’intéressaient. Cette façon de faire me convenait très bien. Au fil des années, je me suis mis à trouver ces données directement dans les revues professionnelles. Je ne voyais plus l’intérêt de me déplacer en réunion et je me suis renfermé sur moi-même.

Un changement d’attitude
Lors de l’arrivée de ma fille dans le GAEC, les choses ont évolué rapidement. Aurélie avait des idées précises sur l’importance du contact avec
l’extérieur : « Papa je suis d’accord avec toi sur le fait que de nos jours on trouve la plupart des renseignements techniques dans des journaux professionnels et, même maintenant, sur internet. Mais, lorsque je participe à une réunion, au-delà des apports techniques, je recherche également les échanges d’expérience avec les autres éleveurs. Ce sont ces éléments qui font progresser l’exploitation ».

Un réseau de relations
J’ai suivi son conseil. Je me suis inscrit à un groupe lait. J’y rencontre d’autres éleveurs ayant des situations variables et des expériences différentes. Chaque année nous construisons, nous-mêmes, notre programme d’activités en fonction de nos besoins. Nous dépassons le seul cadre d’apports techniques pour échanger sur nos pratiques, nos façons de voir notre travail, notre approche du métier. Lorsque je rentre chez moi, j’ai des repères concrets pour mener ma réflexion et faire évoluer mes pratiques. Si j’ai besoin d’un complément d’information, je sais à qui le demander car je me suis construit un réseau de relations.

Une ouverture hors champ agricole
J’essaie également de ne pas me cantonner au seul domaine agricole. Lorsque j’étais avec mon frère, la seule liberté que je m’étais accordée était mon investissement comme président du comité des fêtes. Après l’installation de ma fille, j’ai accepté de figurer sur la liste du maire de la commune aux élections municipales et j’ai été élu au conseil. Aux dernières élections le maire m’a proposé le poste d’adjoint. J’ai accepté en ayant l’esprit serein : je suis sûr que durant mes absences, le travail sur l’exploitation sera fait.

Trouver le bon équilibre
Bien entendu, il ne s’agit pas d’être parti tout le temps et que l’exploitation en pâtisse. Ma fille et moi avons trouvé le bon équilibre. Je me rappelle de l’expérience malheureuse avec mon frère où il y avait un déséquilibre sur le temps passé par chacun en réunion. Avec Aurélie, nous alternons les réunions en fonction de nos centres d’intérêts. Cette ouverture est également partagée. Après chaque réunion à laquelle nous participons, nous informons l’autre associé des points clefs débattus. Et les échanges sont parfois riches. Vous pourrez le vérifier dans le prochain épisode.

La semaine prochaine : Episode 9 : Construire le changement

Série d’articles réalisée avec la participation financière du Conseil départemental de la Manche et du CasDAR

Avantage de la société : s’ouvrir sur l’extérieur…
La mise en société permet à chacun des associés de se libérer pour se former, s’informer, prendre des responsabilités dans des organisations  professionnelles ou dans le champ privé. Le fait d’être en société permet également d’avoir une personne privilégiée avec qui partager ses joies, ses peines, ses doutes et ses convictions.

… à condition que cette initiative soit partagée
La volonté d’ouverture est individuelle à chaque associé. Par contre, elle doit-être expliquée et validée par les autres membres de la société. Cette ouverture doit être faite dans un objectif d’amélioration personnelle mais également collective, au bénéfice de la société. Attention cependant lorsque l’ouverture sort du champ de l’exploitation, pour concerner des mandats professionnels ou exercés à titre privé. Il est alors important de se mettre d’accord sur les éléments financiers, en particulier de décider si le niveau des rémunérations mensuelles est maintenu (cas, par exemple, où le mandat exercé est prenant en temps et des indemnités sont versées pour son exercice).

Progresser avec les Groupes « lait »
Vous souhaitez améliorer les performances de votre élevage laitier,
rencontrer d’autres éleveurs, partager vos idées, trouver des solutions à vos problèmes ?
Participez à un groupe technique. Vous y trouverez un espace d’échanges, de réassurance, de motivation et de progrès technique.
Le groupe vous permettra, dans un cadre sécurisant,  de confronter vos idées au regard des autres et de chercher ensemble des solutions à vos problèmes.

Contact : Julia Vuattoux - 02 33 31 49 58 - julia.vuattoux@orne.chambagri.fr

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