L'Agriculteur Normand 27 juillet 2019 à 12h00 | Par Clément Chevalier et Julie Zannety

Réseaux Dephy : gérer la pression adventice sans chimie !

La gestion de la pression adventice sans herbicide est un élément central de la réflexion des groupes Dephy. Les agriculteurs peuvent aujourd’hui observer l’efficacité de certains leviers mis en place sur leurs parcelles.

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Figure 1 : Détail des deux successions de cultures de la parcelle. (© CA) Figure 2 : Triticale/Pois avec précédent luzerne (partie 1). © CA Figure 3 : Triticale/pois avec précédent céréales (partie 2). © CA

lll La Normandie compte aujourd’hui 13 groupes d’agriculteurs Dephy qui travaillent sur la réduction des phytos en lien avec la performance économique des systèmes.
Le groupe Bessin Bocage, animé par la Chambre d’agriculture du Calvados,  est composé de 12 agriculteurs en polyculture-élevage. Depuis 2012, ce groupe s’est progressivement tourné vers l’adoption de pratiques issues de l’agriculture biologique.
La gestion de la pression adventice sans herbicide est un élément central de la réflexion du groupe et les agriculteurs peuvent aujourd’hui observer l’efficacité de certains leviers mis en place sur leurs parcelles.

La rotation pour maintenir la propreté des parcelles
Faire rentrer des prairies dans la rotation des cultures est un levier souvent évoqué pour couper le cycle des adventices et limiter le salissement des cultures. Au Gaec Anne Godard, ce levier est primordial et conditionne la réalisation de l’assolement. Bruno Anne, l’un des deux associés, a notamment pu constater l’efficacité de la luzerne sur l’une de ses parcelles, implantée cette année en triticale/pois. A l’origine, cette parcelle homogène en limons profonds était divisée en deux, avec d’un côté une luzerne jusqu’en 2017 et de l’autre, un enchaînement de cultures annuelles (figure 1).
La parcelle est aujourd’hui conduite de la même façon, sans aucune opération de désherbage mécanique, mais on peut facilement identifier les deux anciennes parcelles en regardant par exemple la présence de rumex. En effet la densité d’adventices est nettement plus faible sur la partie 1 en précédent luzerne avec 32 adventices/m² contre 68 adventices/m² dans la partie sans luzerne (figures 2 et 3).
Pour Bruno, c’est un effet d’ensemble : l’arrière effet de la luzerne en termes de matière organique permet une meilleure vigueur au démarrage de la culture qui prend le dessus sur les adventices. Par ailleurs, les trois années d’implantation de cette culture fourragère ont permis de réduire le stock d’adventices du sol. Bruno reconnaît toutefois que le coût de la luzerne est assez important du fait des nombreux chantiers de récolte. Mais l’excellente valeur de ce fourrage, ainsi que le bénéfice rendu aux trois cultures suivantes, compensent largement cet investissement.

Figure 4 : Parcelle de betterave chez Franck Dujardin.
Figure 4 : Parcelle de betterave chez Franck Dujardin. - © CA

Betterave
Sur certaines cultures peu couvrantes au démarrage, telle que la betterave, le désherbage est un point crucial qui nécessite des passages répétés d’herbicides avec une dose finale parfois élevée. Franck Dujardin, autre agriculteur du groupe, cultive la betterave depuis quelques années sur sa ferme. Au départ, il utilisait la chimie pour contrôler la pression adventice sur cette culture mais il a fait appel à d’autres leviers cette année, dans le cadre de sa conversion en agriculture biologique.
Le premier facteur de réussite est de choisir une parcelle sans grosse problématique adventices.
La date de semis est aussi très importante : pour Franck, un semis sur sol suffisamment réchauffé permet d’être moins exposé au risque bio agresseurs telles que les larves de tipules, fortement présentes dans le secteur cette année. Le semis a été réalisé le 16 mai et la pluviométrie importante a permis d’avoir une levée homogène.
La gestion des adventices en culture a été réalisée grâce aux outils de désherbage mécanique. La houe rotative a été utilisée au stade 4 feuilles vraies, car les plants étaient trop fragiles avant ce stade. Ensuite, la bineuse a été passée avant recouvrement du rang. Enfin, Franck a réalisé un passage d’écimeuse pour couper les adventices en floraison au-dessus des betteraves, principalement les chénopodes. La croissance rapide des betteraves, associée aux opérations de désherbage mécanique, ont ainsi permis de limiter le développement des adventices, ce qui laisse envisager un bon potentiel de rendement (figure 4).

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