L'Agriculteur Normand 09 octobre 2010 à 13h49 | Par Jérôme Pavie Institut de l’Elevage avec l’équipe des réseaux d’Elevage Erika Moussel stagiaire Institut de l’Elevage

Santé animale - Elevages laitiers bios et conventionnels : beaucoup moins de traitements qu’on ne le pense !

Depuis 2009, une centaine d’exploitations est engagée dans une étude nationale visant à établir les contributions environnementales des systèmes bovins biologiques. Il s’agit d’évaluer les écarts de pratiques et leurs incidences entre systèmes conventionnels et biologiques.

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Les éleveurs laitiers ont été contraints d’effectuer des vaccinations 
contre la FCO, ce qui a considérablement augmenté le nombre total 
de traitements.
Les éleveurs laitiers ont été contraints d’effectuer des vaccinations contre la FCO, ce qui a considérablement augmenté le nombre total de traitements. - © DR

Le choix d’exploitations n’a pas été fait au hasard mais par couples agriculture biologique /  agriculture conventionnelle. Situées dans un même contexte,  ces exploitations ont des dimensions structurelles proches.

Pendant les 3 années du projet de recherche, plusieurs champs sont étudiés : consommations d’énergie, bilan des minéraux, production de gaz à effet de serre, biodiversité, bien-être animal, production et gestion des déchets, performances économiques, perception du travail et enfin utilisations de phytosanitaires et de produits sanitaires d’élevage.

Parmi les thèmes environnementaux abordés, figure l’observation des traitements sanitaires d’élevage.

 

Des différences majeures en nombres de traitements entre bio et conventionnels

L’année observée est 2009. Elle présente la particularité d’avoir vu se développer la campagne de vaccination FCO. Sans conteste, cette campagne a modifié les pratiques habituelles des exploitations confrontées à des obligations plus ou moins acceptées et appliquées. C’est pourquoi, il est nécessaire d’analyser les résultats hors vaccinations FCO.

D’autre part, la pratique des médecines alternatives présente une grande diversité de types d’interventions. Certaines relèvent parfois du traitement thérapeutique, d’autres de l’entretien ou de la stimulation des défenses immunitaires. Leurs usages sont peu réglementés (la plupart des produits ne disposent pas d’AMM) et elles ne disposent d’aucune limite d’utilisation. Là aussi, une analyse spécifique avec et sans usage de médecines douces (ou alternatives) s’avère nécessaire pour isoler ce qui ressort des pratiques thérapeutiques classiques, c’est-à-dire basées sur la médecine allopathique.

Chez les éleveurs laitiers, les cheptels sont de tailles quasi-équivalentes avec 136 têtes en élevages biologiques et 142 en exploitations conventionnelles.

Comme cela pouvait être pressenti, les systèmes conventionnels traitent 50 % de plus que les systèmes biologiques (tableau 1). Les écarts sont significatifs à 5 % entre ces deux filières, d’autant plus lorsque l’on écarte des traitements totaux recensés, ceux réalisés avec des médecines alternatives (MA) et les vaccinations FCO qui, sur la période enquêtée, constituaient une obligation sanitaire exceptionnelle.

La raison de ces écarts s’explique en grande partie par les limitations d’utilisation des médecines allopathiques inscrites au cahier des charges de l’agriculture biologique.

 

Moins de traitements sanitaires chez les éleveurs laitiers biologiques

Les éleveurs laitiers biologiques traitent moins leurs animaux (1,6) que les conventionnels (2,4). Le maximum atteint chez les conventionnels est de 5,5 traitements, avec une utilisation massive d’antiparasitaires, d’antibiotiques et de vaccins. Il est de 4,5 chez les biologiques, avec un éleveur qui utilise presque uniquement les médecines alternatives.

- © Institut de l'élevage

Impact notable de la fièvre catarrhale

Les éleveurs laitiers ont été contraints d’effectuer des vaccinations contre la FCO, ce qui a considérablement augmenté le nombre total de traitements. En retirant les vaccinations FCO du nombre total de traitements, les éleveurs biologiques restent très nettement moins interventionnistes que leurs collègues conventionnels (tableau 1).

Hors traitements par les médecines alternatives et les vaccinations FCO, le nombre moyen de traitements est divisé par 3 chez les éleveurs biologiques et par 1,4 seulement, chez les conventionnels. Ainsi, la moyenne des traitements par animal passe de 1,6 à 0,5 pour les éleveurs biologiques (figure 1). Avec un résultat moyen du groupe biologique a 0,5 traitement allopathique par animal et par an, on constate que la limitation à 3 traitements allopathiques par animal et par an de l’ancien cahier des charges ne posait aucun problème. Ce seuil de 3 traitements allopathiques est même atteint par 80 % des éleveurs du groupe conventionnel…

La fréquence des traitements entre élevages biologiques et conventionnels est très différente. Elle oscille entre 0,3 et 0,6 en élevages biologiques et entre 1 et 2 traitements en élevages conventionnels (figure 1).

 

Les médecines douces privilégiées en première intention chez les éleveurs biologiques

D’une manière générale, les agriculteurs conventionnels utilisent plus d’antibiotiques, d’antiparasitaires et de vaccins que les éleveurs biologiques (figures 2 et 3). Les traitements hormonaux sont peu utilisés, à titre curatif chez les éleveurs bio, et dans le cadre de groupages de chaleurs dans les élevages conventionnels. La part d’anti-inflammatoires ne représente que 2 % dans les deux groupes. Les autres interventions allopathiques concernent principalement l’utilisation de réhydratants. La part des médecines alternatives représente 43 % des traitements administrés dans les exploitations biologiques, tandis qu’elle n’est que de 3 % chez les éleveurs conventionnels.

Les éleveurs conventionnels administrent, en moyenne, plus d’antibiotiques avec 154 traitements pour 100 vaches contre 58 pour 100 vaches dans le groupe des producteurs biologiques. Ces produits sont principalement employés pour le tarissement et les mammites (figure 4). Chez les conventionnels, les traitements antibiotiques pour le tarissement sont en moyenne de 76 pour 100 vaches, tandis qu’ils sont de 27 pour 100 vaches chez les biologiques. Les traitements antibiotiques curatifs contre les mammites représentent 42 traitements pour 100 vaches chez les conventionnels contre 16 pour 100 vaches chez les biologiques. En règle générale, pour lutter contre les infections mammaires, les éleveurs biologiques privilégient les médecines douces en première intention. Par la suite, si le traitement est insuffisant, ils entament un traitement allopathique. Le nombre de traitements allopathiques pour 100 vaches est plus faible chez les éleveurs biologiques. Cela peut témoigner d’une capacité de maîtrise des infections (principalement liées à la mamelle) hors usage antibiotiques. Cela peut aussi être expliqué par une plus faible fréquence des infections mammaires liée à une productivité animale moins élevée.

Les éleveurs laitiers conventionnels utilisent beaucoup plus d’antiparasitaires que les éleveurs biologiques (aussi bien les larges spectres que les spécifiques). La stratégie thérapeutique semble être plutôt curative et ponctuelle dans les élevages biologiques (à l’animal présentant des symptômes, ou ciblée sur certaines catégories d’âges) et plus préventive et systématique dans les élevages conventionnels (tous les animaux d’une même tranche d’âge, systématique à certaines périodes).

Le nombre d’interventions liées aux vaccinations n’est pas négligeable dans les deux groupes (45 pour 100 têtes chez les bio et 85 chez les conventionnels). Les vaccinations FCO expliquent l’essentiel de ces traitements (figure 5). Une large majorité des fermes conventionnelles vaccinent leurs animaux (41 fermes sur 48), alors que seulement la moitié des fermes biologiques (21 fermes sur 48) le font. Parmi les agriculteurs biologiques, le nombre de vaccinations par animal (hors FCO) est de 2 traitements pour 100 têtes, au lieu de 25 traitements pour 100 têtes chez les conventionnels. Cette gestion quasi “hors vaccins” (les vaccins étant comptabilisés dans le nombre de traitements allopathiques dans le cahier des charges) témoigne d’une stratégie privilégiant l’immunité naturelle, conforme à l’esprit du cahier des charges de l’agriculture biologique. Ceci se confirme dans les motivations d’utilisation de certaines médecines alternatives déclarées utilisées pour renforcer l’immunité.

Les médecines douces représentent l’essentiel des traitements effectués en élevages biologiques (figure 6). 42 fermes biologiques sur 48 utilisent les médecines alternatives, et seulement une sur deux (24 sur 48) en conventionnel. Les éleveurs biologiques réalisent en moyenne 75 traitements pour 100 têtes de bovins, tandis que les conventionnels seulement 7 traitements pour 100 têtes (figure 6). Les éleveurs biologiques utilisent assez

largement l’homéopathie (23 traitements pour 100 têtes). Les “autres” traitements administrés (30 traitements pour 100 têtes) regroupent diverses pratiques telles que l’utilisation des argiles pour lutter contre les boiteries, le chlorure de magnésium pour renforcer l’immunité, le calcium pour lutter contre l’hypocalcémie (fièvre de lait), les oligo-éléments, et enfin quelques usages de probiotiques.

 

Moins de traitements pour une situation sanitaire satisfaisante

Comme on pouvait s’y attendre, le nombre de traitements allopathiques (hors MA et FCO) appliqués à l’animal est plus faible en élevages biologiques qu’en élevages conventionnels. Cette situation se traduit aussi par des économies sur les coûts vétérinaires.

Cependant, on observe que les exploitations conventionnelles, sont elles aussi peu consommatrices de traitements allopathiques, avec une forte proportion d’entre-elles qui se situent entre 1 et 2 traitements par animal et par an. Rappelons que l’échantillon de fermes conventionnelles (en suivis références dans le cadre des Réseaux d’Elevage) est peut être plus sensibilisé à ces questions, et à un niveau de maîtrise et de gestion sanitaire supérieure à la moyenne.

Globalement, l’utilisation des médecines alternatives permet de réduire les traitements allopathiques tout en maintenant une situation sanitaire satisfaisante. La réduction notable de l’emploi de molécules qui peuvent avoir des effets nocifs sur l’environnement (sols, faune et eau) est aussi à mettre au crédit de l’agriculture biologique.


- © Institut de l'élevage

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