L'Agriculteur Normand 23 septembre 2010 à 11h15 | Par V.Motin

Stickage - Distorsion de concurrence : lassitude des éleveurs

En pleine crise, les éleveurs de viande bovine poursuivent leurs actions. Ils ont mené une action de stickage chez le grossiste Metro. L’occasion de contrôler l’origine de la viande et la conformité des étiquettes.

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Opération stickage : “traçabilité non garantie exigez du VBF (Viande Bovine Française) (© VM)

Lundi 9 heures, des éleveurs de viande bovine du département se sont donné rendez-vous à l’enseigne Metro d’Hérouville-Saint-Clair. “Les éleveurs ne comprennent pas et ne peuvent plus accepter les normes et les modalités de contrôles toujours plus rigoureuses imposées à la production nationale. Dans le même temps, les viandes d’importation ne sont pas soumises aux mêmes exigences”, résume la Fdsea 14. Pour exprimer leur malaise, les producteurs ont choisi le grossiste Metro. L’enseigne ne fournit que des professionnels, restaurants ou cuisine collective.

Date d’emballage, mais pas d’abattage
“Quand je suis venu en juin, il y avait juste deux beaux filets de viande française. Le reste des rayons était garni de viande étrangère. Ce matin, on voit de la viande française. Nous reviendrons pour surveiller”, prévient Daniel Courval, président de la section viande bovine de la Fdsea. Lundi, les producteurs ont néanmoins stické des lots de viandes étrangères. “On voit de la viande autrichienne. On y trouve juste la date d’emballage, mais pas d’abattage. Eux, ils ont le droit tandis que cette pratique est strictement interdite pour la filière française”, poursuit Daniel Courval. Et la distorsion de concurrence se poursuit. Cette même viande autrichienne est conditionnée sous vide. Une pratique là encore interdite à la filière française. Au final, entre la date d’emballage et la date limite de consommation, cinq semaines peuvent s’écouler. Un chiffre qui pourrait faire frémir la clientèle de ces restaurateurs. L’étiquette est donc conforme, car le produit n’est pas français.

Collaboration avec les abatteurs locaux
Cette situation amuserait presque si le revenu des producteurs locaux n’était pas en jeu. “Ces différences sont effectivement anormales. En tant que grossiste, nous nous plions aux exigences de la loi. Et si nous ne vendons pas cette viande étrangère, notre concurrent promocash s’en chargera”, explique Franck Ferreira, directeur du magasin d’Hérouville-Saint-Clair. Néanmoins, le responsable du rayon boucherie a officiellement pour consigne de laisser une place non négligeable à la viande française dans ses étals. Selon ce dernier, plus de 60 % de la viande vendue par Metro serait française et même locale : “nous travaillons beaucoup avec la cheville du Cotentin. Elle nous fournit jusqu’à 20 bêtes par semaine. Dans une moindre mesure, l’abattoir de Saint-Pierre-sur-Dives et la Socopa nous fournissent également”.
Les restaurateurs peuvent trouver de la viande brésilienne sur les étales. Le directeur du site ne le nie pas et affirme que les importations sont limitées. “Depuis le début de l’année, l’enseigne Metro a importé un seul conteneur de viande brésilienne. Nous avons également stoppé notre collaboration avec l’Argentine qui ne fournissait pas les certificats nécessaires. Metro achète aussi français pour répondre à la demande des clients. Si je ne propose pas de viande locale à certains restaurateurs, ils vont voir ailleurs”, insiste Franck Ferreira. En attendant, les éleveurs sont dans le rouge. La baisse de 5 centimes, annoncée par les abattoirs vendredi, ne devrait guère les rassurer.

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