L'Agriculteur Normand 21 février 2014 à 08h00 | Par Eddy CLERAN Chambre d’agriculture de la Manche Pour le réseau Bois énergie des Chambres d’agriculture de Normandie

Sylviculture - Bois énergie, l’agriculture peut-elle produire davantage ?

Alors que les plantations de haies se développent en Normandie (100 000 plants d’arbres et d’arbustes ont été plantés en 2013), le prélèvement de bois de la haie serait insuffisant et la production sous exploitée. Y aurait-il une sous-valorisation des quelques 22,8 millions de m3 de bois sur pied ?

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- © Eddy Cléran CA 50

La haie représente jusqu'à 30 % du volume de bois sur pied en Normandie. Le réseau de 120 000 km est “entretenu” majoritairement par les agriculteurs. Cet entretien permet de maintenir le rôle important de la haie, en termes de paysage, de biodiversité et de protection de l’agriculture, en particulier de l’élevage et des sols. De ce point de vue, la haie est valorisée. Elle représente néanmoins pour l’agriculteur une charge économique.Mais la haie est aussi un capteur solaire qui produit et stocke de la biomasse. Ces stocks sont estimés à 22,8 millions de m3 de bois sur pied (DRAAF-IGN). Nous parlons de 30 % du volume régional (total sur pied, chiffres Basse-Normandie). La production de bois devrait aussi être une “recette”, d’ailleurs le prélèvement de bois de chauffage est en forte progression depuis 2002.Pour autant, le prélèvement global bois bûche, bois plaquette, bois d’œuvre, reste bien inférieur au potentiel de production. En 2013, le prélèvement a été estimé à 400 000 m3/an (haies). L’étude régionale sur la mobilisation de bois de la haie (Source PPRDF_BN 2013) a estimé sa capacité supplémentaire mobilisable à 75 000 m3 de bois plein par an.

Le bois, n° 1 des sources d’énergie renouvelable

Côté consommation, le bois est déjà la source n° 1 des sources d’énergie renouvelable. C’est une matière première renouvelable à faible coût environnemental et en France, nous n’exploitons environ que 60 % de l’accroissement biologique annuel. Les besoins de plaquettes augmentent considérablement. La demande de bois pour le chauffage collectif passerait en Normandie de 272 000 tonnes par an en 2013, à 800 000 tonnes en 2030 (Source Biomasse Normandie 2013).

L’agriculture normande produit déjà 45 % de la production régionale du bois énergie (seulement 18 % pour l’agriculture en FranceSource Ademe 2013)

La filière “bois énergie” agricole se caractérise par l’existence de deux grandes productions :- celle du bois bûche traditionnel. Cette production est dominante, elle correspond à l’entretien traditionnel des haies. Elle est souvent liée au patrimoine. Elle est peu gourmande en investissement mais demande souvent de la manutention ;- celle de la plaquette de bois, en développement, demande plus d’investissement, par contre elle valorise davantage de bois (notamment le petit bois). Sa transformation et sa “manutention” sont mécanisées. Elle se prête bien à une production économique et à la vente.


De nouveaux débouchés pour le bois de haie grâce à la plaquette de bois

Grâce à la mise en place des premières structures de commercialisation de bois plaquette, les résultats sont là : les premiers revenus significatifs de la vente de bois arrivent dans les exploitations du bocage. Au vu de la ressource, ses rôles, sa production, sa valorisation, ce sont des exemples qui peuvent se développer, et même si tout n’est pas encore parfait, les agriculteurs concernés ont réussi à lever les “blocages” liés au prix du bois et à la structuration de la filière bois agricole. En 2012, le groupe Haie, mis en place avec la Chambre régionale d’agriculture, avait identifié notamment ces deux leviers pour valoriser le bois agricole :
- le prix du bois et le coût de la transformation : à partir des circuits courts et du lien entre le paysage et les consommateurs, le prix de vente s’est basé sur le coût de production et la rémunération du bois. Concernant les chaufferies de moyennes puissances, approvisionnées par du déchet bois à bas coût, nous constatons depuis 2011 une hausse du prix moyen de la plaquette rendue chaufferie, et ce jusqu'à + 15 %. Les fournisseurs d’énergie s’adaptent en constituant des mixtes de plaquettes (d’origines variées : forestière, bocagère, issue de l’industrie du bois, etc…) qui doivent permettre au bois agricole de trouver progressivement sa place (actuellement avec des prix rendu chaufferie supérieurs au prix moyen). Par ailleurs, les coûts de transformation s’améliorent notamment grâce à la mécanisation et à l’organisation des chantiers ;
- la structuration : la relance de la plaquette de bois est récente mais l’expérience montre qu’à partir des structures de commercialisation, des solutions ont été trouvées notamment au niveau des garanties et des services demandés par les consommateurs, mais aussi par les agriculteurs. Des producteurs réalisent leurs plans de gestion. Les opérateurs s’organisent pour gérer le bois “en vert” et solutionnent les questions liées à l’approvisionnement, au stockage et aux livraisons. L’expérience de l’ensemble des opérateurs : agriculteurs, CUMA, entrepreneurs de travaux agricoles, au niveau de la rationalisation des chantiers, permet de progresser. Pour les non sylviculteurs les choses avancent aussi avec l’arrivée des têtes d’abattage qui donnent de bons résultats économiques si les chantiers sont “groupés” et bien organisés.L’agriculture se prend en main pour produire du bois énergie. Elle peut produire davantage : il y a un réel potentiel. Il faut trouver des débouchés et probablement être sélectif. Les principaux leviers de la réussite sont connus : le prix du bois (qui couvre les coûts et valorise la main d’œuvre et le bois), la structuration de la filière et la gestion de la ressource. Pour valoriser davantage de bois de haie et poursuivre le développement de la production de la plaquette, la filière doit aussi poursuivre la définition de son offre de bois. L’objectif est notamment de progresser sur l’économie de la haie et la qualification du bois. Sur ce dernier point la dynamique est même lancée avec les plans de gestion des producteurs. Initiée par les Chambres d’agriculture en 2006, ces plans offrent un prévisionnel économique de l’atelier bois et calent le projet de l’exploitation pour une production régulière et durable. La production de bois de la haie a un bel avenir, à condition de développer les exemples qui fonctionnent avec des professionnels du bois et de l’agriculture.

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