L'Agriculteur Normand 18 septembre 2011 à 16h18 | Par Pascal Ferré Chambre d’Agriculture du Calvados

Témoignage - L’organisation du travail : la clé de réussite des centres équestres

Les centres équestres sont des structures équines particulières. Plus que des compétences techniques, le responsable d’un centre équestre requiert les principales qualités d’un chef d’entreprise : savoir manager, communiquer, organiser, planifier. D’où la nécessité de bien concevoir l’organisation générale des tâches et du travail.

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Adeline Nicolas, directrice des Ecuries de l'Odon.
Adeline Nicolas, directrice des Ecuries de l'Odon. - © CA 14

Dans un centre équestre, ce n’est pas l’élevage qui est au cœur du système mais la prestation de services et, en tout premier lieu, l’enseignement de l’équitation. Pour garantir une rentabilité, les centres équestres doivent atteindre un nombre de licenciés et d’élèves suffisants. Au-delà de l’enseignement proprement dit, beaucoup cherchent à diversifier les prestations avec des cours collectifs ou individuels, stages, randonnées, coaching, équithérapie... Ils visent aussi différents publics : jeunes, adultes, scolaires, handicapés, comités d’entreprises…L’idée de départ est souvent de “remplir” un planning de travail, notamment les phases creuses en périodes scolaires, et d’optimiser les investissements ou la main-d’oeuvre disponible. Cependant, plus un système est diversifié, plus sa gestion est complexe et nécessite une réflexion en amont sur l’organisation et la répartition des tâches. En ce sens, le témoignage des Ecuries de l'Odon, met en évidence la problématique de l’organisation du travail, du risque comme tout un chacun de “se faire déborder”, et la nécessité d’avoir un dialogue permanent et organisé avec les personnes travaillant sur la structure.


Les Ecuries de l’Odon

Implanté à 15 km de Caen, le poney club des Ecuries de l’Odon possède des équipements et des infrastructures récentes. L’activité “enseignement”, créée seulement depuis 2005, progresse d’année en année et atteint, en 2010, plus de 250 licenciés. Adeline Nicolas, directrice du centre, n’en reste pas là et souhaite développer, autant que possible, l’activité à partir d’un point fort : une organisation de travail digne d’une conduite d’entreprise.
Des objectifs de travail en équipeSelon Adeline : “Le management ne s’improvise pas : pour que l’équipe de 5 personnes progresse, l’important est de bien attribuer les missions à chacun dès le départ, à l’embauche des salariés ! Soigneurs, enseignants, personnels d’entretien effectuent leurs tâches spécifiques selon leur feuille de route. Mon conjoint, qui travaille à l’extérieur, participe partiellement à la marche de l’entreprise. Pour moi, il s’agit d’orchestrer l’équipe en facilitant les échanges entre tous. Les briefings formels sont peu nombreux dans l’année. Nous privilégions les échanges quotidiens. Laisser une part aux instants de convivialité, ça compte aussi ! A Noël, par exemple, notre réunion d’équipe se prolonge par un repas de famille”.

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Spécialiser les fonctions de chacun et pouvoir être remplacé

La programmation des heures de cours et des chevaux à travailler est affichée au début de chaque semaine. Ce planning des reprises rythme le travail de chaque collaborateur du centre (graphique).

- Johan, conjoint travaillant à l’extérieur, s’occupe de la gestion globale de l’établissement et des relations avec les partenaires extérieurs (banque, centre comptable, voisins agriculteurs). Lui aussi, passionné par l’élevage, prend en charge la fenaison, les apports de fumure et l’émoussage des 45 ha de prairies : “un travail que j’apprécie !” nous dit Johan.

- Malvina, stagiaire en BAP à raison de 10 heures/semaine, prépare les poneys et donne quelques cours sous la responsabilité d’Adeline.

- Kévin, palefrenier soigneur, est responsable du paillage, de l’alimentation des poneys et des chevaux de propriétaires. “Cette concentration sur un travail spécifique rend plus efficace le suivi de l’élevage. Personne ne se disperse !” précise Adeline.

- Par ailleurs, Adeline tient à pouvoir être suppléée à n’importe quel moment dans ses fonctions qui concernent notamment l’animation, l’enseignement, et le travail des chevaux. C’est Rachel qui, dans ce cas, la remplace.


Une organisation gérée sur logiciel

La gestion informatique permet de concevoir un mailing pour un envoi de courriers personnalisés aux clients, le traitement informatique des reprises, et même la facturation. “J’ai récemment investi dans un logiciel pour gérer la partie administrative. Cet outil me permet de programmer les reprises et la cavalerie. Je fais une économie d’une demi-journée par semaine. C’est flagrant ! J’obtiens une meilleure qualité de notre gestion d’heures de cours et de facturation aux clients par une analyse fine. Nos enregistrements sont directement valorisés par un traitement informatique. La saisie et le traitement des données se font instantanément, en présence des clients. Tous les noms de poneys et des enfants auxquels ils sont attribués y sont signalés. Le planning est édité automatiquement ! Le coût de l’investissement en logiciel est de 2 500 € HT et de 1 500 € pour le prix de l’ordinateur et de la formation. Il nous faut compter 200 €/an pour la maintenance”.

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Faciliter l’accès aux paddocks

Le centre choisit ici de s’agrandir en surface, de créer des infrastructures nouvelles en matière de bâtiments et de paddocks, en préservant à chaque fois, l’aspect travail. “Nos constructions sont en constante évolution. Nous essayons de prévoir et de concevoir les nouvelles infrastructures pour simplifier le travail, tout en assurant confort et sécurité. C’est primordial pour nous, pour les clients et pour les animaux” nous confie Adeline. “En plus de vouloir augmenter notre activité économique par le nombre de pensions-herbage et d’obtenir une meilleure autonomie fourragère, nous prévoyons d’accroître la surface d’herbage pour un meilleur agencement. Nous rajoutons des paddocks supplémentaires tout près des bâtiments. L’accès au champ est direct : 200 à 300 m séparent les bâtiments de la limite de propriété. Le futur aménagement d’un couloir d’accès central aux 8 paddocks, simplifiera le travail d’alimentation des chevaux”… “Cette année, nous avons conçu une plate-forme d’alimentation bétonnée de 1000 m2 au sol, à disposition des poneys. Notre intention est de la couvrir. Débouchant sur les paddocks des poneys, cette table d’alimentation réduit le travail de soins aux animaux durant l’hiver, tout en augmentant les aspects sécurité et propreté. Cet investissement nous soulage facilement d’une demi-heure de soins par jour”.


Externalisation de travaux d’entretien

L’établissement n’hésite pas à déléguer certains travaux dans une optique économique. “Au début de mon installation, les 35 boxes de l’exploitation étaient curés à la main. Pour cela, il nous fallait employer deux personnes pendant une journée par semaine”, nous précise Adeline. Aujourd’hui, une entreprise externe cure les boxes tous les 15 jours, pour un coût de 6 000 €/an. Cet appel à l’entreprise libère deux jours par semaine. Le coût réel est ramené à 1 000 €/an, si l’on tient compte des frais de main-d’oeuvre économisés…“Nous prévoyons aussi d’externaliser l’entretien de la pelouse et du parc fleuri… De la même façon, le fauchage de l’herbe et la fourniture de paille et d’orge se font en relation avec les agriculteurs voisins… La surveillance d’un lot d’équidés, en pension sur des herbages éloignés, est assurée par l’un des exploitants agricoles… En situation rurale, avoir une relation étroite avec le monde agricole est utile”… “Tout ce qui libère du temps est apprécié. Nous prenons des vacances du 15 août au 1er septembre et 2 à 3 journées à Noël”.Voilà une disponibilité qui, après 5 années d’installation, dénote d’une organisation pointue du travail et de la compétence des salariés

Biblio

La publication “Création et conduite d’un centre équestre” du Réseau Equin de Normandie peut être téléchargée sur les sites des Chambres d’Agriculture de Normandie, des Conseils des Chevaux de Haute et Basse-Normandie et de l’Institut de l’Elevage.

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