L'Agriculteur Normand 23 février 2016 à 08h00 | Par T.Guillemot

Thierry Gardon : un outil de gestion et de pilotage moderne

«Nos investisseurs/épargnants ont confiance dans l’agriculture alors que l’environnement ait confiance aussi et que les éleveurs ne baissent pas les bras », prône Thierry Gardon, patron de Gestel, qui considère au passage que le modèle économique laitier amorce un virage qu’il faut accompagner.

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«Louer ses vaches constitue un outil très moderne de gestion et de pilotage de son exploitation. Cela offre beaucoup de souplesse d’autant plus face à la volatilité et aux besoins des marchés ».(DR)
«Louer ses vaches constitue un outil très moderne de gestion et de pilotage de son exploitation. Cela offre beaucoup de souplesse d’autant plus face à la volatilité et aux besoins des marchés ».(DR) - © TG

>> Donnez moi quelques bonnes raisons de louer mes vaches plutôt que les acheter ?
Elles sont multiples. Je citerai en premier lieu le fait de ne pas sortir d’argent de l’exploitation et donc de conserver son capital.
Ensuite, la garantie de disposer d’animaux sélectionnés et à haut potentiel génétique tout en étant accompagné au quotidien dans le suivi technique du cheptel par nos techniciens de terrain.
Si l’on y ajoute l’impact fiscal, on s’aperçoit que l’éleveur a tout intérêt à louer son troupeau plutôt que d’augmenter ses engagements financiers extérieurs.

>> Comment ça marche ?
Prenons un premier cas concret avec un troupeau de 150 vaches laitières et une exploitation qui a des besoins d’investissements, mais que les financiers traditionnels ne veulent pas suivre dans leur intégralité. Nous pouvons alors racheter jusqu’à 50 ou 60 animaux du propre élevage, mais que nous lui laisserons à disposition. L’exploitant nous rendra alors des génisses prêtes à vêler au terme de 3 années.
Second cas, un atelier lait qui récupère 300 000 à 400 000 litres de lait. L’éleveur peut alors nous demander d’intervenir immédiatement en lui mettant à disposition ce potentiel de production. C’est-à-dire 50 à 60 génisses prêtes à vêler. Pendant ce temps, il garde une latitude financière pour mettre ses bâtiments et ses équipements en adéquation avec la nouvelle taille de son troupeau.
Ce qui est très important, c’est que pendant 3 ans il va générer un produit (le lait) alors qu’il n’aura en charge que ses frais d’élevage et des frais de fonctionnement qui sont de l’ordre de 50 €/vache/an. Ce n’est qu’au terme de 3 années de production qu’il devra nous restituer sa quote-part en génisses prêtes à vêler.

>> Mais louer ses vaches, ça a plutôt une connotation négative ?
Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Oui, dans le passé et encore parfois aujourd’hui, Gestel est considérée comme une société à qui ont fait appel quand la situation est difficile, quand les problèmes de trésorerie sont conjoncturels. C’est vrai dans 20 % des cas environ.
Au-delà et dans la majorité des cas, louer ses vaches constitue un outil très moderne de gestion et de pilotage de son exploitation. Cela offre beaucoup de souplesse d’autant plus face à la volatilité et aux besoins des marchés. Ce n’est pas par hasard si des éleveurs nous font confiance depuis plus de 40 ans.

>> Ne concurrencez-vous pas les banques ?
Non, nous sommes au contraire un partenaire. Nous sommes souvent appelés dans des tours de table. Quand les besoins financiers sont importants, un seul acteur ne peut pas tout assumer. La solution peut venir alors d’une mutualisation des risques. Nous assumons alors une partie des responsabilités.

>> Quel regard portez-vous sur la situation laitière actuelle ?
Les éleveurs ont déjà connu ce type de situation, mais ce n’est pas en disant cela qu’on va leur remonter le moral. On va, je pense, vers une réduction du nombre d’éleveurs, vers une restructuration qu’ont subi d’autres secteurs. Le modèle économique est en train de changer et l’environnement laitier doit donc s’y préparer. Je pense ainsi que le dispositif que nous proposons sera de plus en plus utilisé. Il faut viser l’excellence. Ceux qui font bien leur métier ne doivent pas baisser les bras. C’est comme cela qu’ils s’en sortiront.

>> Qui se cache derrière Gestel ?
Nous n’avons rien à cacher. Gestel, c’est simplement un régisseur de troupeaux. C’est l’argent d’investisseurs. C’est-à-dire de personnes physiques, qui croient et ont confiance en l’agriculture, dans l’élevage et qui ont envie d’y investir leur épargne. Certains ont connu des déboires sur les marchés financiers spéculatifs et c’est plutôt rassurant de les voir revenir dans nos campagnes. Je me répète, il ne faut pas que les éleveurs baissent les bras au moment ou une partie de la population est prête à les soutenir.

>> D’anciens agriculteurs parmi vos investisseurs ?
Quelques-uns, oui, mais aussi des vétérinaires et autres. Dans tous les cas, des gens qui ont une attache particulière avec le monde agricole, des gens qui partagent les valeurs que le monde agricole défend.
Ce qui est paradoxal, dans notre activité, c’est que nous avons d’une part des personnes qui misent dans l’avenir de l’élevage français et, de l’autre, des éleveurs parfois désabusés, voire complètement désemparés, face à la crise laitière qu’ils traversent.

L’avis du banquier : Patrick Lemartinel (Crédit Agricole Mutuel de Normandie)

>> Que pensez-vous de ce mécanisme de location ?
«Cette offre de location de cheptel laitier fait partie de l’une des solutions disponibles aux éleveurs  pour disposer d’un actif  indispensable à leur métier, en l’occurrence des vaches laitières. Ce principe de location, nous le proposons également pour l’utilisation de matériels notamment via le Crédit-bail, dont les objectifs et avantages de gestion pour l’exploitation agricole sont très similaires (préservation , voire reconstitution d’une réserve financière pour l’exploitation,  déductibilité de la charge de location sur l’assiette de calcul des charges sociales et fiscales, pas de risque de moins-value sur ce capital d’exploitation en cas de cession du bien). Concernant plus précisément l’offre de service de Gestel, je confirme les propos de Thierry Gardon sur le fait que nous ne sommes pas concurrents mais au contraire partenaires. Les 2 exemples cités dans cet article prouvent la complémentarité de nos accompagnements respectifs. Chaque exploitation doit s’adapter à ses propres contraintes et chaque agriculteur a ses propres objectifs (à court et moyen terme). Le plus important pour l’agriculteur est de choisir le bon outil de gestion qui  permettra de répondre à ces contraintes et objectifs.»

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