L'Agriculteur Normand 19 septembre 2018 à 09h00 | Par T.Guillemot

Tous à Chaulieu dimanche prochain

Dimanche 23 septembre prochain à Chaulieu, à la croisée des parcelles de maïs de l’Orne, de la Manche et du Calvados, se tient la 7e édition de la Fête de l’ensilage à l’ancienne. A l’origine de ce plus grand rendez-vous mondial des vieilles portées, traînées et automotrices, un comité des fêtes d’une petite commune rurale et un quatuor d’entrepreneurs de travaux agricoles (et/ou de fils d’agriculteurs) : Patrick, Denis, Loïc et Philippe. Des passionnés de vieilles mécaniques qui méritaient bien (les hommes comme les machines) un coup de chapeau. Un coup de chapeau aussi au maïs qui, attaqué sur son flanc environnemental, a pourtant rendu d’immenses services à la Ferme régionale.C’est son histoire que nous vous proposons de découvrir à travers ces quelques pages.Au pays de l’herbe, le maïs a tiré l’élevage vers le haut.Certains l’accusent de consommer trop d’eau mais nulle ombre de canons d’arrosage à l’horizon normand. Pour d’autres, c’est l’affreux « atrazineur », une chimie dont on a usé, abusé peut-être, mais qui n’est plus qu’un lointain souvenir. Le maïs se désherbine désormais et ne mérite pas ces procès en sorcellerie sur la place publique. Vive l’herbe mais que vive le maïs pour ceux qui en font le choix !

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1951 : 1 500 ha au nord de la Loire

« La preuve est faite : le maïs peut être cultivé dans nos régions ». Titre d’un article paru en novembre 1951 dans la revue « Reconstruire » (« l’Agriculteur Normand » d’après guerre). Une journée nationale est d’ailleurs consacrée à cette culture le 25 octobre 1951 à Senlis (Oise) sous l’égide de l’Union Nationale des Coopératives agricoles d’Approvisionnement, l’AGPB (Association Générale des Producteurs de Maïs), la direction des Services agricoles de l’Oise et la Coopérative agricole de la Région de Senlis. On y apprend que 1 500 ha (dont 700 ha dans l’Oise) ont été semés cette année-là dans les départements situés au nord de la Loire. Une conquête vers le froid rendue possible grâce à l’apparition d’hybrides : 30 variétés (essentiellement américaines ou canadiennes) figurent au catalogue avec « des rendements envisageables de 100 qtx/ha ». Car oui, il n’est pas question encore de maïs ensilage mais de maïs grain avec une concurrence féroce entre la moissonneuse-batteuse et le corn-picker côté récolte.

 

1962 : le maïs, dérobée d’été d’appoint pour ménager l’herbe

Dix ans plus tard, le qualificatif « fourrage » est associé au mot « maïs » mais « pour une production d’appoint pour l’été. Il assure un dépannage qui permet de ménager les prairies », peut-on lire dans une édition d’avril 1962 de « Mait’Jacques ». Les techniciens à l’époque recommandent l’utilisation de semences certifiées (INRA 258 ou Iowa 4417 à la taille impressionnante) pour un semis début mai, voire fin avril si les conditions sont favorables. « En échelonnant les semis, il est possible d’en étaler la date de récolte sur une période assez longue », insistent les experts. On peut même en semer à la volée avec une forte densité jusqu’en juillet.

Mais à l’automne, les premières démonstrations d’ensilage sont proposées au public. Le 20 septembre 1962, 18 000 visiteurs se bousculent à Voultron (Seine-et-Marne) pour la 3e édition de la journée internationale du maïs. Treize récolteuse-hacheuse-chargeuses et 15 récolteuses à fléaux sont à pied d’œuvre. Certaines marques ont persisté, d’autres ont disparu : International Harvester, Cogeai, Kuhn, Agram, Goetzmann, Cofa, Sotradies, Almacoa, Société Française Case, Sofrea, Fahr, Vendeuvre, Promill, Fortschritt...

Pour les machines à fléaux, le débit moyen atteint 1,1 t/h pendant que des monstres avalent 14 t/h à 5,5 km/h. La qualité du hachage laisse cependant à désirer. « Il est toujours difficile d’obtenir un tronçonnage régulier et une bonne répartition de l’épi dans la masse de l’ensilage », commentent les observateurs.  Alors autant ouvrir les carters : « le tronçonnage est effectué à partir d’un double cylindre à cannelure comprimant le maïs qui est présenté aux couteaux. Des couteaux de type hacheur à paille (fixés sur un disque tournant) ou de type tondeuse à gazon (fixés sur un cylindre tournant et coupant par compression) ». Pas de quoi refroidir les aficionados : « un hectare de maïs sert de ration de base à 12 vaches laitières pendant 5 mois d’hiver », se réjouit un éleveur. Du côté des chambres d’agriculture, on évoque 7 à 8 t de MS/ha soit 12 000 UF/ha.

Quelques jours plus tard, le 12 octobre, c’est au Domaine de La Haizerie à Vaux-sur-Aure (14) que se tient une autre démonstration mais avec seulement deux machines dont une Fox Américaine automotrice (2 rangs).

 

1969 : l’année des hommes éparpilleurs

Dans « L’Agriculteur Normand » du 5 septembre 1969, le service vulgarisation du bureau de Valognes (50) de la chambre d’agriculture s’épanche sur l’organisation de chantier sous le titre : « le maïs fourrage : du champ au silo ». En conclusion, on peut lire qu’en cas de manque d’équipement, « il faut prévoir 2 à 3 hommes pour l’éparpillement ». Autre huile de coude à dépenser : « couper à la main les deux rangs autour du champ pour permettre le passage de l’ensileuse avec une remorque derrière ».

Cependant, du côté des prestataires de services, les ETA (Entreprise de Travaux Agricoles) ont déjà entamé une course qui ne s’arrêtera jamais, celle de la puissance avec des machines à gros débit. En 1969, la performance, c’est 10 t/h qui nécessite 4 remorques avec en face deux tracteurs-tasseurs dont un équipé d’un canadien. Le standard reste cependant l’ensileuse à fléaux nécessitant 40 cv de puissance pour un investissement de 7 000 F, l’ensileuse double-coupe (50 cv pour 10/12 000 F) ou l’ensileuse à couteaux (50 à 70 cv pour 15/20 000 F). En moyenne, on ensile en cette anné érotique à 6 km/h avec des remorques de 6 à 10 m3 (bennes ou épandeurs) tirés par des tracteurs développant une puissance mimimale de 35 cv. Coup d’œil sur le silo : tour, couloir ou taupinière... A chacun de choisir en fonctiondu niveau d’investissement qu’il souhaite y consacrer.

 

1974 : la faucille est de sortie mais l’automotrice s’impose

L’édition 1974 du SIMA consacre l’automotrice, les 3 rangs viennent compléter les 2 rangs. Pour autant, la trainée 2 rangs fait de la résistance. C’est l’équipement le plus économique face à la trainée 1 rang ou l’automotrice. Affichant bien sûr le meilleur débit de chantier, l’automotrice est contrainte par le manque de puissance côté tracteurs qui doivent tirer des épandeurs ou des bennes de plus en plus volumineux. Coût et débit de chantier sont d’ailleurs détaillés dans l’édition du 6 septembre de « L’Agriculteur Normand » qui publie parallèlement une de ses premières publicité sur une ensileuse. On peut y lire :

- portée 1 rang : 2,25 t/homme/heure de débit de chantier pour un coût de 192 F/ha.

- trainée 2 rangs : 3,2 t/homme/heure de débit de chantier pour un coût de 177 F/ha.

- automotrice 3 rangs (200 cv) : 5,2 t/homme/heure de débit de chantier pour un coût de 342 F/ha. Mais tout se complique en septembre. Il est tombé en certains endroits de notre région 130 mm de pluie dans le mois contre 60 mm en année normale. Fin octobre, à peine 50 % des maïs sont ensilés. Les FDSEA demandent le soutien de l’armée. Dans les parcelles détrempées, les automotrices (surtout avec remorque autoporteur) s’en sortent le mieux de même que les tracteurs de grosses puissances pendant que d’autres se coupent en deux durant les opérations de désenlisement. Certains éleveurs font le choix de faire pâturer leur maïs. Déconfiture en certains endroits, l’un d’eux perd 6 vaches par intoxication. La pluie ne s’arrête pas : 400 mm de pluie en 2 mois à Pont-Hébert (50). La Manche attend 180 militaires, seulement 30 seront affectés. Les engins de l’armée et des  sont mêmes sollicités. Echec total plus particulièrement du côté des half-track de la gendarmerie. Mais au découragement, succède la solidarité paysanne et syndicale. « On joue de la faucille avec de la vase jusqu’aux fesses », plaisante un éleveur devant les conscrits de l’armée qui ne quitteront le front du maïs que le 7 décembre. 1974, c’est enfin l’année de la Field Queen à déchargement arrière avec fond mouvant et équipée d’un moteur de 250 cv. Un succès bien éphémère, elle ne trouvera jamais son marché. Mi-décembre, on commence à souffler mais une question est sur toutes les lèvres : « comment passer l’hiver avec des stocks de maïs insuffisants et de piètre qualité ?» Dans le Bessin, certains taux de MS n’atteignent pas les 20 %, ça chauffe dans les tas.

 

1976 : les maïs de la solidarité en réponse à la sécheresse

Tendance lourde au SIMA : les constructeurs proposent de nombreuses ensileuses en coupe frontale montées sur les 3 points d’un tracteur à poste de conduite inversée. « Cela permet de mieux rentabiliser le tracteur de tête de l’exploitation », en guise d’argument. En cette année, la puissance moyenne d’un tracteur est de 65 cv. La grosse puissance : entre 90 et 130 cv.

Mais ce que l’on retiendra de 1976, c’est la sécheresse du siècle. Première alerte à la Une de l’Agriculteur Normand du 10 juin : « une partie des maïs n’a pas levé, l’autre végète ». En mai, il n’est tombé que 11 mm de pluie à Alençon contre 50 mm en année normale. On espère quelques précipitations tardives pour se refaire du fourrage en dérobé mais rien ne viendra.

Début juillet, les premiers maïs arrivent à floraison et lorsque la moitié des feuilles sont sèches, on ensile. A l’instar de 1974, la solidarité paysanne s’organise mais certains spéculent. Un agriculteur de Seine-Maritime a acheté à une veuve 92 ha d’herbe sur pied qu’il souhaite revendre en foin à 800 F/t. Le syndicalisme met les pieds dans le plat. Un syndicalisme très actif au niveau des opérations paille et maïs. Le bocage calvadosien et la Manche s’approvisionnent essentiellement dans la plaine de Caen, l’Orne dans le Bassin Parisien. C’est ainsi que 200 éleveurs de la région de Thury-Harcourt (14) vont ensiler 650 ha à une trentaine de km de leur base. Le fourrage est ramené en camion Berliet. Les prix sont encadrés : « environ 200 F/t, c’est mieux que de la paille », estime un responsable syndical. La note restera cependant salée.

La sécheresse aura coûté 2 MrdF à la ferme bas-normande ou dit autrement 2 000 F par vache.

 

1981 : une sole multipliée par 800 en 30 ans

1951/1981. En 30 ans, la sole française de maïs a été multipliée par presque 800 pour atteindre 1 150 000 ha. C’est l’heure de gloire de l’atrazine, herbicide de base indispensable  sur graminées banales et dicotylédones annuelles et très souple d’emploi (présemis, prélevée, postlevée). Cependant, les premières publicités pour les bineuses mécaniques autoguidées (marque Rau Polycrop) pointent le bout de leur visuel dans les colonnes de l’Agriculteur Normand.

Au SIA, une ensileuse automotrice 3 rangs de 150 cv se négocie à 220 - 250 000  F HT. En ce printemps pluvieux  qui fait de François Mitterand le nouveau président de la République, les semis prennent du retard. Il faut donc augmenter la densité : 130 000 grains/ha pour en obtenir 120 en zone favorable mais jusqu’à 200 000 grains/ha en zone défavorable pour des semis après le 1er juin.

La récolte 1981, avec Edith Cresson ministre de l’Agriculture, ne sera pas simple non plus. En octobre, les maïs sont versés et les ensilages se font dans la boue. « Deux jours pour ensiler 9 ha avec une automotrice 4 rangs, raconte M. Taupin (Orne). La facture sera lourde. »

Parallèlement, il se vend des tracteurs. 59 000 cette année-là (2 260 000 en cumulé depuis l’après-guerre) dont 36 % de 4 roues motrices  pour une puissance moyenne de 69 cv.

Cocorico au hit parade puisque Renautl (+ Carraro) pointe en tête avec 18 % de parts de marché. Suivent IHF :16,3 %, Massey Ferguson : 13,5 %, Fiat Someca : 12,5 %, John Deere : 7,8 %, Ford : 6,4%, Deutz : 6,2 %, Same-Lamborghini : 5,3 %, Zétor : 1,9 %, Fendt : 1,6 %, AVTO : 1,2 %, David Brown : 0,95 %, Universal : 0,95 %, Landini : 0,75 %.

Une quarantaine d’autres marques se partagent le solde.

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