L'Agriculteur Normand 07 décembre 2016 à 08h00 | Par Estelle Désillière

Une aide qui a du chien

Joëlle Brière est installée en GAEC à Chemilli (61). Depuis 2007, l'agricultrice est devenue famille d'accueil pour Handi’Chiens. Cette association, créée en 1989, par Marie-Claude Lebret, confie des chiots à des familles, qui les éduquent et les sociabilisent. Ils sont ensuite donnés gratuitement à des personnes en situation de handicap afin de faciliter leur vie quotidienne.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
 (© ED)  © ED  © ED  © ED  © ED


llll Joëlle Brière s'est installée avec son mari en 1993. L'exploitation compte un atelier porc et produit des céréales. En 2012, la ferme s'est transformée en GAEC. Leur fils les a rejoints, reprenant l'élevage laitier d'une ferme proche. En 2007, Joëlle Brière a décidé de se lancer dans l'aventure Handi’Chiens. « Dans un magasin situé à Alençon (61), j'ai vu un chien avec une cape de cette association. J'ai questionné la personne qui se trouvait avec. Elle m'a expliqué qu'elle l’éduquait, afin qu'il puisse soulager le quotidien d'une personne handicapée. Peu après, j'ai regardé une émission sur France 5, parlant de cette association, et j'ai trouvé cela extraordinaire. J'ai alors décidé de poser ma candidature pour être famille d'accueil et elle a été acceptée, après un entretien avec un éducateur. C'est une passion qui me permet de sortir un peu de l'agriculture, de rencontrer des gens formidables aussi, sans oublier mon travail à côté et ça  me fait du bien », explique Joëlle Brière.

Former des chiens d’assistance
Une fois la candidature acceptée par l'association, Joëlle Brière a reçu sa première chienne : Câline, un labrador. « Nous accueillons les chiots à l'âge de deux mois et demi. Nous les gardons ensuite pendant seize à dix-huit mois. Durant cette période, il y a trois ou quatre rotations, où les chiens partent quinze jours dans une autre famille Handi’Chiens. Cette rotation est faite pour ne pas que les chiens s'attachent trop à leur famille d'accueil et voir d'autres horizons », affirme l'agricultrice. Les familles d'accueil ont un double rôle : la sociabilisation et la pré-éducation de l'animal. « Il faut que le chien soit le plus sociable possible, pour qu'il puisse s'adapter aux diverses situations . A partir de l'âge de 5-6 mois, j'emmène le chien partout avec moi : théâtre, cinéma, magasins, resto et même en vacances... Il faut qu'il s'habitue a avoir un bon comportement autant à l'extérieur, en laisse, qu'à l'intérieur. Il ne faut pas travailler toute la journée sur l'éducation, au risque de dégoûter l'animal. Quand ils sont petits, dix minutes par jour suffisent. Plus grand, on s'en occupe beaucoup plus... sortir, c'est travailler ! », insiste l'exploitante. Le jeu et les câlins font aussi partie de l'éducation, bien sûr. Les familles d'accueil ne sont pas livrées à elles-mêmes pendant les dix-huit mois. Toutes les deux semaines, un cours a lieu sur le site Handi’Chiens à Alençon, permettant aux éducateurs de voir la progression de l'animal et aider les bénévoles dans les difficultés qu'ils peuvent rencontrer. Une fois les 18 mois passés avec nous, la rentrée à la Grande Ecole sonne, afin de peaufiner leur éducation.

Les objectifs de la formation
Les familles d'accueil apprennent aux futurs chiens d'assistance tout ce qu'ils seront susceptibles de faire pour soulager le quotidien d'une personne handicapée ainsi qu'un soutien moral inestimable. « Nous recevons une liste d'ordre à apprendre aux chiens lorsqu’ils arrivent chez nous. C'est comme une feuille de route. La chose la plus importante à assimiler pour l'animal, entre autres, c'est reconnaître son nom, le rappel (le chien doit revenir aussitôt lorsqu'on l'appelle) et la marche en laisse. Nous leur apprenons aussi à ramasser et rapporter un objet qui serait hors de portée pour la personne, par exemple des clés », déclare Joëlle Brière. A la fin de la formation le chien doit être capable d'accomplir une cinquantaine d'ordres dont aboyer sur commande pour prévenir l'entourage en cas de problème Il doit aussi pouvoir accompagner son maître dans les magasins pour l'aider à régler une transaction. En effet, si le comptoir est inaccessible pour la personne à mobilité réduite, le chien pourra tendre le porte-monnaie et récupérer un objet tendu ou un sac. « Il peut arriver qu'à la fin de la formation, un chien redouble, car il n'est pas assez mûr pour exercer son futur métier de chien d'assistance. C'est comme les enfants, lorsqu'ils n'ont pas encore acquis le niveau attendu, ils redoublent », s'amuse Joëlle Brière.

Les actions de l'association
L'association Handi’Chiens ne vit qu'à travers les dons des particuliers, entreprises, fondations... Elle mène des actions tout au long de l'année. « Nous récoltons aussi des bouchons en plastique que nous transmettons à l'association « 4 Pattes pour l'Amitié ». Cette dernière effectue un tri des bouchons, et les revend afin d'acheter de nouveaux matériels pour les personnes handicapées », ajoute la bénévole. Un moment important aussi, le Téléthon. Samedi dernier, plusieurs familles d'accueil se sont retrouvées à l'hippodrome de Longchamps.  « Ce fût une expérience exceptionnelle où pleins de gens différents se rencontrent, se côtoient sans arrières pensées. Cet événement permet de donner un coup de projecteur sur l'association, » poursuit l'agricultrice. L'association a d'ailleurs participé à une émission sur France 2 durant le week-end : « 4 familles pour un combat ». 

Une relation extraordinaire
Les personnes en situation de handicap choisissent leur futur animal lors d'un stage de passation. « En général, ça marche au coup de cœur. Avant la remise , le chien et la personne à mobilité réduite, ou autres, passent quinze jours ensemble, afin de s'apprivoiser. Dans le plus souvent des cas, la complicité entre l'animal et son futur binôme est extraordinaire, c'est très beau à voir. Lors de la remise officielle, pour nous, familles d'accueil, nous sommes divisés entre fierté et tristesse. Nous sommes heureux d'avoir formé un chien qui sera utile dans la vie d'une personne, mais c'est aussi très émouvant de le laisser partir. J'ai pleuré à chaque remise, mais c'est pour la bonne cause. ÊEtre famille d'accueil, c'est joindre l'utile à l'agréable, en créant un binôme pour la vie ! Je le conseille à tout le monde », conclut Joëlle Brière.
Aujourd'hui, l’agricultrice accompagne Lady dans son éducation....  Verdict dans quelques mois !
Petit clin d'oeil à Câline et Edouard de Belfort, ainsi qu'à Fidji et Ghislaine de Dunkerque.

Handi’Chiens
Découvrir, faire un don,
visitez le site Handi’Chiens :
www.handichiens.org

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. l'Agriculteur Normand se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui