L'Agriculteur Normand 29 mars 2017 à 08h00 | Par Sandrine Bossière

Une nouvelle relation entre le vétérinaire et l'éleveur

La profession vétérinaire craint l'instauration de déserts vétérinaires d'ici cinq à dix ans dans certaines régions rurales de France. La Manche n'est pas à l'abri. Et pour lutter contre cette désertification, le GDS s'est penché sur la construction d'une nouvelle relation entre les éleveurs et leur vétérinaire. La Manche pourrait être le département test

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Laurent Perrin et Hervé Marie partagent le même constat face à la démographie des vétérinaires. La relation entre le praticien et les éleveurs pourrait se traduire par un contrat. (SB)
Laurent Perrin et Hervé Marie partagent le même constat face à la démographie des vétérinaires. La relation entre le praticien et les éleveurs pourrait se traduire par un contrat. (SB) - © SB

l Le désert médical ne concerne pas que les médecins ! Les vétérinaires pourraient d'ici quelques années rencontrer des difficultés à retrouver un successeur. En 2016, le Syndicat national des vétérinaires d'exercice libéral avait conduit un colloque afin de réfléchir aux solutions à adopter pour assurer la relève des praticiens et surtout maintenir le réseau des vétérinaires dans les zones rurales. « Nous sommes à la croisée des chemins », reconnaît le secrétaire général du SNVEL, Laurent Perrin. « En 30 ans, sur un rayon de 50 km, les cabinets ont disparu », précise-t-il alors que les services et les compétences requises restent importants. « En élargissant la zone d'intervention des vétérinaires, ce sont les coûts de déplacement qui évoluent et les temps d'intervention ».

Garder le maillage
Cette problématique est partagée par le GDS (Groupement de défense sanitaire) de la Manche. Hervé Marie, le président en est conscient. Et à l'échelle du département, il veut lutter contre ce fléau en inventant une nouvelle relation entre le vétérinaire et l'agriculteur. « Nous sommes vraiment interrogatifs sur le maillage. Or la Manche reste le premier département d'élevages bovins français avec 750 000 têtes. Nous avons donc besoin des vétérinaires dans nous élevages à nos côtés ».  

Présents jour et nuit
Que ce soit pour juguler une épidémie de grippe aviaire, aider au vêlage difficile d'une vache laitière en pleine nuit, ou vacciner un chien des beaux quartiers, les vétos sont toujours là, en ville comme à la campagne, en lien avec le terrain et les autorités sanitaires. « On assume les soins 365j/365 » note Laurent Perrin, et quel que soit le moment de la journée ou de la nuit. « Mieux que pour les humains, » précise Hervé Marie.
L'évolution de la société faisant, « les jeunes confrères ne veulent plus du même schéma. Le modèle libéral est mis à mal » constate Laurent Perrin.
Par conséquent, pour éviter de rencontrer des difficultés de recrutement, le secrétaire général du syndicat cherche à optimiser la situation.

La santé des cheptels
L'ambiance économique agricole n'est pas au beau fixe vu les crises dans toutes les productions. « On sait que le parent pauvre, c'est le sanitaire. Or, on n'a pas le moyen de faire l'impasse. A terme, c'est la santé des cheptels qui est en cause » souligne Hervé Marie. Pour lui, ce qui frein e les éleveurs, « c'est le prix du médicament ». Il préconise une revalorisation de l'acte vétérinaire aux dépens du prix du médicament. « On ne pourra pas échapper à la moralisation du prix du médicament » martèle-t-il.

Quelle solution ?
L'objectif du président du GDS de la Manche sera de lancer une expérimentation dans le département, à savoir une contractualisation entre le vétérinaire et l'éleveur. « En général, le conseil est compris dans le prix de l'acte et du médicament. Or, le conseil reste essentiel pour les éleveurs ». Certes, ils ont monté en compétences au fil des années. Mais un suivi régulier tout comme la prévention restent primordiaux dans la conduite de l'élevage. « Cela permettrait de rémunérer le vétérinaire, le conseil et continuer à faire des actes ».
Cette contractualisation reste volontaire. A chaque éleveur de décider mais le GDS se propose d'être moteur. « Les éleveurs aiment leurs animaux. Cette contractualisation va vers la droite ligne du bien-être animal , et la sécurité des aliments » souligne Hervé Marie. Une réponse également en direction des consommateurs très attentifs à ces notions. Pour autant, Hervé Marie ne veut pas « plaquer un modèle » à tous les éleveurs. Mais le sujet sera évoqué lors de la prochaine assemblée générale. « Notre rôle est de faire des propositions pour enclencher la réflexion » précise-t-il. Par conséquent, le GDS invitera les éleveurs et les vétérinaires autour de la table pour faire de la Manche une terre d'expérimentation.

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