L'Agriculteur Normand 02 juillet 2014 à 10h10 | Par T.Guillemot

Viande bovine et viande porcine :“allez la France”

Vendredi dernier, le magasin UExpress de Bagnoles-de-l’Orne, puis Netto de Flers, ont reçu la visite d’une délégation d’éleveurs FDSEA-JA. Raison de cette colère : une opération de promotion sur des viandes porcine et bovine importées d’Irlande, d’Allemagne ou de Hollande.

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En ces temps de coupe du monde et alors que le bleu blanc rouge fait l’objet de tant d’amour, “pourquoi tant de désamour vis-à-vis de la viande française ?”, s’interrogent les responsables FDSEA et JA. Une exaspération légitime face au comportement de certaines grandes enseignes comme par exemple une opération de promotion relayée par U Express de Bagnoles-de-l’Orne du 24 au 28 juin.
Un distributeur qui propose de la bavette d’aloyau (Irlandaise, Allemande ou Hollandaise) à 10, 90 e/kg ou bien encore du jambon cuit fumé à griller (transformé en France, préparé à partir de viande de porc importée des pays de l’UE) à 8, 90 e/kg.
Tout a été vendu
Pas question pour les responsables syndicaux de laisser-faire dans une impunité totale. Vendredi, ils sont allés mettre les pieds dans le plat pour une explication de texte. Mais o-surprise, à leur arrivée, plus aucune trace de viande étrangère promotionnelle dans les linéaires. Rien que des barquettes avec bien visible, et au moins en surface de rayon, de la viande estampillée VBF (Viande Bovine Française) ou VPB (Viande Porcine Française). Pas de doute pour Dominique Bayer (responsable de la section viande bovine de la FDSEA) et Fabien Durand (secrétaire général de JA) : “prévenus, ils ont fait le ménage”. “Pas du tout. Tout a été vendu,” leur a rétorqué Romain Tribouillaut, directeur du magasin. Au nom de la transparence, les responsables syndicaux ont invité leur interlocuteur à ouvrir grand les portes du frigo histoire de vérifier la véracité de l’information. “Pas question. Raisons sanitaires”, en guise de réponse.
Dans ce jeu de dupes, quelques messages essentiels sont tout de même passés. “Les coûts de production plombent les trésoreries des éleveurs. Le niveau de qualité et de traçabilité de la viande française est au top. Les niveaux de contraintes environnementales et sanitaires dans l’hexagone sont bien plus drastiques que dans les autres pays de l’UE. Les filières porcines et bovines régionales représentent des milliers d’emplois... Alors oui, le made in France a un prix”.

Qui fait du gras ?
Ecoute polie du côté de la distribution qui défend sa stratégie. “Certains consommateurs veulent avant tout un prix. Nous répondons à cette demande”. Cependant, pour Dominique Bayer, certains écarts de prix sont incompréhensibles. 10,90 e pour la viande importée. 21,90 e pour la viande française. “Du simple au double ! Oui il y a un différentiel de prix entre le sorti ferme français et le sorti ferme allemand mais certainement pas dans de telles proportions”.
Hypothèse : la grande distribution se fait du gras sur la filière française pour compenser le maigre qu’elle accepte sur ses opérations de promotion.
Un jeu dangereux en matière de volumes. L’offre en viande sur pied est dans les champs ou sous les stabulations. Les abattoirs sont en attente de têtes. Alors que les clignotants sont au vert, les cours sont à la baisse. En ces temps de ballon rond, tout ne tourne pas comme il le faudrait.

Les cours du jeune bovin inquiètent

La Fédération Nationale Bovine (FNB) sera reçue
par le ministre de l’Agriculture, aujourd’hui, après avoir demandé le 25 juin, la création d’une “cellule de crise” pour la filière viande bovine française. La FNB s’alarme de la dégradation des cours des jeunes bovins mâles
au cours des dernières semaines. En France, la cotation FranceAgriMer du Jeune bovin de conformation U (JBU) a baissé de 11 cents au cours des quatre dernières
semaines pour atteindre 3,87 e/kg de carcasse
en semaine 25. Depuis janvier, les cours du JBU
et du JBR ont baissé respectivement de 23 et 28 cents. Selon la FNB, le prix payé au producteur a même baissé de 50 cents depuis septembre.

Un catalogue de demandes
“Il faut passer du constat aux solutions”, souhaite
le président de la FNB, Jean-Pierre Fleury, très remonté, qui ne veut pas entendre parler d’une baisse du prix
des broutards et déposera, jeudi, “un catalogue
de demandes” sur le bureau du ministre de l’Agriculture. Le syndicat proposera des mesures concernant
la compétitivité des élevages, et demandera
des améliorations de l’organisation de la filière
d’exportation de viande bovine. “A ce niveau de prix,
la solution n’est pas à chercher du côté des éleveurs”, plaide-t-il. Pour la FNB, le temps presse. Les éleveurs
de bovins viande atteignent “un seuil critique”,
avec cette nouvelle chute des cours au mois de juin. “Cette dévalorisation annihile tout résultat économique pour les éleveurs alors que leur activité dégage d’ores
et déjà et depuis plusieurs années un faible revenu”,
s’inquiète la FNB, qui estime par ailleurs que les pouvoirs publics “semblent ignorer l’ampleur” de cette crise.

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