L'Agriculteur Normand 12 septembre 2012 à 10h59 | Par T.Guillemot

Vieilles ensileuses - 1969 : l'année érotique de la traînée JD 34

En 1969, Joseph Dubois (commercial aux Ets Lebaudy à Lonlay-l'Abbaye/61) monte un moteur de moissonneuse-batteuse (110 CV) sur une ensileuse JD 34 (John Deere) traînée par un tracteur de 75 cv. Une première. Plus de puissance pour plus de débit de chantier. En quelques années, il récidivera une dizaine de fois.

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- © TG
Fin des années 1960, le maïs prend irrévocablement racine dans le Bocage ornais. La génétique a fait de gros progrès mais persiste un facteur limitant : le défaut de puissance. Joseph Dubois, jeune mécanicien agricole, débute sa carrière aux Ets Buffard (SODEMAGRI aujourd'hui), distributeur Deutz à Flers-de-l'Orne. Nous sommes en 1962. Parmi ses collègues de travail, un certain Jacques Lebaudy qui, l'année suivante, va monter sa propre affaire. Les couleurs John Deere sont hissées à Lonlay-l'Abbaye. Une marque quasi leader mondiale mais quasi inconnue dans ce coin de Normandie. On ne jure que par Massey-Ferguson, International-Harvester ou bien encore Renault. Qu'importe, Joseph ne refuse pas l'obstacle. Il devient le commercial Lebaudy. Il le restera pendant 40 ans.

Un tracteur pour 6 vaches
Ça démarre gentiment mais sûrement. Sa première année, Joseph fait une quinzaine de tracteurs : 310, 510 et 710 de 36 à 56 cv. La référence, c'est le 310. 1,5 millions de francs de l'époque, l'équivalent de 6 vaches.
En 1967, il commercialise sa première ensileuse traînée : numéro 34 JD un rang. Deux ans plus tard (1969), il est interpellé par M. Hahn de Flers-de-l'Orne qui se lance dans l'entreprise de travaux agricoles. Il possède déjà une machine et souhaite en acquérir une seconde. Son problème, il lui faut aussi acheter un tracteur de grosse puissance pour la tirer. Dur dur financièrement. En traversant la cour de l'exploitation, Joseph tombe nez à nez avec la moissonneuse-batteuse New-Holland dotée d'un moteur de 110 cv. La machine est remisée. Elle a fini sa saison estivale. “Et si j'adaptais ce moteur sur l'ensileuse”, se demande notre mécanicien. L'autre tracteur de l'entreprise suffirait à la nouvelle ensileuse.
Joseph Dubois n'a aucun doute quant à la réussite de l'opération. Son patron, Jacques Lebaudy, lui donne le feu vert. Pas de planche à dessiner, tout dans la tête. La difficulté du renvoi d'angle au niveau du boitier est vite contournée. Une cinquantaine d’heures de travail plus tard, les premiers essais sont concluants. La première ensileuse au monde à moteur auxiliaire fera sa saison sans anicroche. Au terme de la campagne, le moteur est démonté pour être remonté sur la moissonneuse-batteuse.
Au cours des 3 années suivantes, une dizaine d'autres machines seront ainsi modifiées. Joseph s'adapte à toutes les marques de moteur. Il va même récupérer à la casse ceux de camions, plus simples à monter. Les puissances grandissent : 75 cv au tracteur + 110 au moteur auxiliaire. Mais l'automotrice fait son apparition. En se démocratisant, elle sonne le glas de la traînée à moteur auxiliaire. Certaines cependant continueront à broyer du maïs pendant plusieurs décennies. D'autres broyeront du noir au fond de la remise. Il y a une justice quand même. Ces recluses du formidable essor du machinisme agricole sont une des vedettes de la fête de l'ensilage à l'ancienne qui se tiendra dimanche prochain à Chaulieu.
Pour finir, cette innovation contribuera à la notoriété de la maison Lebaudy en matière d'ensilage. Joseph Dubois reste cependant modeste. Modeste mais attaché autant à une entreprise qu'à une marque. Il vit d'ailleurs sa retraite à 300 mètres de la concession. Il y passe quasiment tous les jours. Dans la coure en ce mois de septembre, une 7950 I. Elle développe plus de 800 cv. Pas vraiment besoin d'un moteur auxiliaire .
Témoin de 40 ans d'agriculture
S'il devait écrire ses mémoires, à n'en pas douter, le recueil de Joseph Dubois constituerait une œuvre sociologique sur l'évolution de l'agriculture ornaise. A ses débuts et au volant de sa 2 cv, il parcourait 20 000 km par an. Il était parfois payé en liquide par les clients. Des liasses de billets précautionneusement enveloppés dans du papier journal (parfois l'Agriculteur Normand). Des débuts parfois difficiles aussi.
- Bonjour, je suis Joseph Dubois .
- Connais pas !
- Je représente la maison Lebaudy.
- Connais pas !
- Nous sommes concessionnaires John Deere !
- Connais pas !
Nonobstant, Joseph va vite faire des affaires. Sa première :  “un vire-bottes grand rayon de marque Garnier vendu à Louis Berthout de St-Cornier-des-Landes pour 200 F”, croit-il se souvenir. Une époque où les femmes n'avaient pas la main sur le commerce. Mais, très vite, elles vont jouer un rôle majeur. Et Joseph avait son truc. Dans les années 1980, peu avant la fin des négociations entre hommes et si Madame vaquait à ses occupations tout en gardant une oreille attentive sur la converstaion, il lui lançait :  “accepteriez-vous de nous faire une tarte aux pommes pour fêter la vente ?” Dans la grande majorité elle disait “oui”. Pour son mari agriculteur et sans avoir besoin de la consulter devant le vendeur, le message était clair.

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