L'Agriculteur Normand 23 mars 2016 à 08h00 | Par Actuagri

Xavier Beulin : «les mesures décidées à Bruxelles sont insuffisantes»

A quelques jours du congrès de la FNSEA qui se tient à Laval, les 30, 31 mars et 1er avril, le président de la FNSEA estime que les mesures décidées par le Conseil des ministres sont insuffisantes, tout en rappelant les avancées qui ont été obtenues depuis le mois de juillet dernier.

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- © Pamac / Sophie Chatenet-Giraud

>> Quel est votre première réaction vis-à-vis des mesures annoncées par le Conseil des ministres de l’Agriculture du 14 mars à Bruxelles ?
Elles sont insuffisantes au plan communautaire et ne comportent que deux nouveautés par rapport aux annonces de septembre dernier. L’autorisation d’une gestion volontaire de la production entre organisations et producteurs avec l’activation de l’article 222 est un acte politique, mais insuffisant. Pour se mettre en place, il faut un financement européen et une volonté des grands opérateurs européens. La deuxième mesure donne l’autorisation à un Etat-membre de déroger au plafond de minimis pour bénéficier d’aides nationales. En clair, un agriculteur français aujourd’hui peut percevoir 15 000 euros d’aides hors PAC cumulé sur trois ans. Exceptionnellement, la Commission européenne (CE) accepte l’octroi d’aides nationales exceptionnelles systématiques de 15 000 € /an. Concernant le stockage privé, il n’y a rien sur le soutien à l’export, aucune réponse sur l’embargo. L’Europe doit renouer avec la politique dans le bon sens du terme. Est-ce aux paysans de notre pays de payer les conséquences de l’embargo russe ? Sur l’étiquetage, la France bénéficie d’une dérogation. On va s’en servir avec un décret sur l’obligation d’étiqueter les produits transformés. L’idée étant de créer un groupe de pression avec des pays qui ont la même relation que nous vis-à-vis de l’alimentation, de l’origine et de la traçabilité. Il s’agit bien de renouveler le contrat de transparence donc le contrat de confiance avec les consommateurs citoyens.

>> L’incitation financière pour réduire la production laitière pourra-t-elle venir des Etats ?
Les Etats-membres vont finir par s’enrhumer. Il faudrait plutôt que la disposition soit européenne. Pendant la crise du lait en 2009, les perspectives à six/huit mois de retournement de la conjoncture étaient avérées. Aujourd’hui, quand j’observe le marché mondial, je constate que la Nouvelle-Zélande a dévalué sa monnaie pour renforcer une démarche volontaire et assumée à l’export en faveur de sa politique laitière. La semaine prochaine, je rencontrerai le ministre de l’Agriculture néo-zélandais pour lui en parler. Aujourd’hui, sur un terme de six/huit mois, il n’y a pas de perspectives positives. Je rappelle au passage que la France est le seul pays à ne pas avoir augmenté sa production en 2015. On demande à ce qu’un accompagnement financier soit coordonné. Là encore, l’Europe doit se réveiller. Il faut plus de cohésion, d’harmonisation et d’action.

>> A la fin du mois se tiendra le congrès de la FNSEA. Quels vont être les grands axes des débats ?
Mais avant tout cela, nous allons parler des hommes et des femmes du monde paysan qui sont frappés de plein fouet par cette crise d’une extrême dureté. Il ne s’agit pas de s’apitoyer sur notre sort mais de faire ce que seul le syndicalisme sait faire au plus près du terrain, écoute, soutien, dialogue, débat et solutions. Cette année fut si difficile, si dure, si éprouvante qu’il nous faut nous retrouver, faire le bilan et construire des perspectives qui redonnent de la fierté et du sens à notre métier. L’économie, le revenu, la viabilité de nos exploitations ne peuvent être discutés que dans la solidarité, la convivialité et la recherche de solutions d’espoir.
On va, bien entendu, parler de la crise actuelle et de ses conséquences. Et comment la FNSEA s’est mobilisée depuis un an pour y répondre. Il y a eu le plan de soutien de l’élevage du mois de juillet, puis les mesures d’urgence du 3 septembre avec le volet social, l’année blanche, le fonds d’allègement des charges qui vient d’être complété par le Premier ministre, en février dernier. Dorénavant, tous les secteurs, y compris les fruits et légumes, les grandes cultures qui remplissent les conditions à l’année blanche peuvent y accéder. Le nombre de dossiers est en train de croître et pourrait atteindre les 45 000 au mois de juin prochain. Nous avons obtenu également le report des cotisations sociales pour les revenus inférieurs au revenu de référence. Par ailleurs, s’agissant des mesures structurelles, un comité d’élaboration des normes et des réglementations présidé par un préfet a été créé. Il a une double fonction : d’abord évaluer l’impact socio-économique des normes,  et veiller à ce qu’il n’y ait pas de surtransposition française. Une action de toilettage des normes et réglementations préexistantes est nécessaire pour simplifier et nous remettre au niveau communautaire.

>> Ces mesures structurelles sont-elles à la hauteur ?
En tout cas, elles avancent dans la bonne direction. Ce que nous voulons, c’est pouvoir rester dans la course européenne sans avoir de boulets à nos pieds. Nous avons obtenu de relever les seuils d’installations classées pour les ateliers d’engraissement des bovins et de vaches laitières et de supprimer les régimes de déclaration avec contrôle périodique. Concrètement, ce sont des économies sur les coûts de ces contrôles de 700 €/an et sur les études d’impact. De la même manière, nous travaillons à remettre du pragmatisme dans le plan Ecophyto 2 en proposant des indicateurs qui ne s’arrêtent pas au nombre de doses utilisées mais qui mesurent les quantités de substances actives (QSA) en tenant compte des démarches de progrès et d’innovation. Et au chapitre structurel, il ne faut pas oublier les mesures fiscales obtenues en fin d’année pour lisser nos revenus, ni la baisse de 7 points des cotisations maladies (qui s’ajoutent aux 3 points obtenus l’année dernière). C’est une réponse au « dumping social » de certains de nos concurrents.

>> Avec les 70 ans de la FNSEA cette année, quelle place donnez-vous au syndicalisme aujourd’hui ? Son évolution ? Son rôle ?
Si on veut demain peser sur les enjeux climatiques, de commerce international, cela passera par une mutualisation de nos moyens. Une vision collective de l’agriculture, c’est ça le rôle du syndicalisme aujourd’hui. Comment combiner à la fois les grands enjeux macro-économiques et la capacité de ré-identifier socialement, humainement, territorialement notre place d’agriculteurs. Ce sont de grands défis. Le rôle du syndicalisme est fondamental pour favoriser la formation, l’innovation, la recherche et le transfert de technologies. Un point de satisfaction, la problématique alimentaire a replacé l’agriculteur au cœur des débats. Avant on était en flux poussé, avec le leitmotiv de produire et encore produire. Une des missions du syndicalisme est de se réapproprier la demande du citoyen, du consommateur pour valoriser nos savoir-faire. On doit réformer nos organisations pour répondre à ces exigences de la société. L’étiquetage permettrait de revaloriser la production agricole. L’agriculteur a un rôle actif et une responsabilité accrue. En échange, nous demandons à la société de nous regarder comme nous sommes, juste comme nous sommes et de ne pas nous juger brutalement entre fantasme, rêveries et autres décalages avec la réalité.
Aujourd’hui comme hier nous affirmons que nous sommes un syndicalisme de propositions et de solutions et pas seulement de contestation. C’est le grand marqueur de ces 70 ans. Les grandes conquêtes des années passées nous les avons obtenues grâce à ce positionnement. Nous devons continuer ainsi en intégrant désormais dans nos réflexions la mondialisation de plus en plus prégnante ainsi que les sujets sociaux et sociétaux. Les paysans sont aimés des Français mais il faut aussi que nous soyons compris, dans nos difficultés certes, mais aussi dans nos projets et nos espoirs.

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