L'Agriculteur Normand 06 décembre 2012 à 09h29 | Par T.Guillemot

Xavier Beulin, président de la FNSEA - L’agriculture est d’abord une activité économique et sociétale

Sans balayer les enjeux environnementaux et territoriaux de l’agriculture française, Xavier Beulin (président de la FNSEA) a d’abord mis en avant ce lundi à Alençon le poids de l’agriculture dans l’économie hexagonale. Danger cependant : notre compétitivité s’effiloche au profit de nos plus proches voisins.

Abonnez-vous Réagir Imprimer

© TG

La compétitivité des entreprises françaises. Tel était le thème proposé par l’UOAO (Union des Organisations Agricoles Ornaises) à Xavier Beulin lors de son rendez-vous annuel qui s’est tenu lundi à Alençon. Le président de la FNSEA a parlé syndicalisme un peu, économie beaucoup. Président aussi de SOFIPROTEOL, il en a profité pour redire “qu’il ne s’agissait pas d’un machin capitalistique. Ce sont des paysans qui, il y a 30 ans, sont allés chercher de la plus-value. Des paysans qui ont levé des moyens pour investir dans l’aval de la filière...” Entretien.

Quelles sont les enjeux d’une meilleure compétitivité de l’agriculture française ?
Xavier Beulin. L’agriculture française était leader européen jusque dans les années 2000. Aujourd’hui, on se fait grignoter cette première place. Non pas par des pays à l’autre bout du monde, transatlantique ou océanique, mais par nos voisins. Je pense aux pays scandinaves, à l’Allemagne, l’Espagne, la Pologne.Cela doit nous amener à nous interroger sur notre propre modèle.

Quels sont les leviers d’actions ?
XB. D’abord et on se bat là dessus depuis des années, ce sont les charges qui pèsent sur les salaires. Dans les filières spécialisées comme les fruits et légumes ou bien l’horticulture, mais aussi dans les filières animales notamment au niveau de la partie abattage/découpe/transformation. Nous faisons face à des coûts de revient qui sont trop importants par rapport à nos proches voisins.

Qui doit s’aligner : le mieux-disant ou le moins-disant ?
XB. Il faut travailler dans les deux sens. Abaisser les coûts de production chez nous mais faire aussi en sorte que nos voisins se dotent d’un minimum social, de conventions collectives... Qu’ils mettent un peu d’ordre notamment lorsqu’il font appel à de la main-d’œuvre étrangère.

La suradministration souvent décriée par la FNSEA constitue-t-elle également un frein ?
XB. C’est un deuxième sujet sur lequel on se bat. Nous sommes dans un pays où, malheureusement, nous faisons le constat quotidien que la norme française va au-delà de la norme européenne.On est plus zélé que la moyenne. C’est vrai sur les autorisations d’exploiter quand il s’agit de regrouper 3 éleveurs. C’est vrai quand on veut un permis de construire pour développer un atelier de méthanisation. C’est vrai sur beaucoup de sujets. Le principe de précaution inscrit dans la constitution ne nous facilite pas la tâche. On le brandit souvent et on empêche des agriculteurs, qui sont d’abord des entrepreneurs, de faire leur job.

Vous êtes principalement sur la défensive ?
XB. Nous portons aussi des sujets offensifs. Par exemple, quand on défend la grande diversité de l’agriculture française, la richesse de ses terroirs et de ses systèmes de productions, la capacité des agriculteurs à répondre à une demande en alimentation de qualité... Ça fait partie des atouts que nous cherchons en permanence à valoriser.D’où cette approche que nous défendons : mobiliser des moyens professionnels et interprofessionnels, avec par exemple des moyens publics, pour aller dans ce sens.On parle beaucoup de la future BPI (Banque Public d’Investissement). Nous disons, c’est le moment.Identifions un pôle agricole et agroalimentaire. Donnons les moyens à nos filières de se moderniser, de se structurer. Faisons aussi en sorte que les producteurs s’organisent mieux. C’est pour cela que nous avons défendu la contractualisation et les OP (Organisation de Producteurs).

Mais à trop vouloir s’organiser, on peut aussi se prendre les pieds dans le tapis ?
XB. C’est bien pour cette raison que nous souhaitons voir évoluer le droit de la concurrence. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi mais faire en sorte qu’on ouvre un peu le jeu. Cette notion de position dominante doit évoluer vers une notion d’abus de position dominante. C’est-à-dire interpréter et ne pas être rigide lorsqu’une entreprise comme le Groupe AGRIAL se retrouve leader sur le marché du cidre.Elle se comporte tout à fait normalement mais on l’oblige à revendre une partie de son activité.

Comment convaincre le consommateur ou le citoyen de cette nécessité de compétitivité ?
XB. Il suffit de prendre des exemples. Filière fruits et légumes : on a perdu 25 % de notre potentiel de production en une dizaine d’années au profit de nos voisins.
Sur un autre registre, il faut regarder l’emploi et le chiffre d’affaires générés par la Ferme France, agrofourniture et agroalimentaire compris. Qui sait dans ce pays que ce secteur représente 3,5 millions d’emplois soit 15 % du total ? Qui sait que sur 100 jeunes qui se forment au métier de l’agriculture, 93 d’entre eux trouvent un job dans les 6 mois ? Ce sont des indicateurs très forts et qui ne trompent pas.

Il s’agit donc d’un dossier transversal ?
XB. Ce sont à la fois des enjeux sociaux et économiques. Des enjeux de territoires aussi avec un foncier très convoité.
80 à 90 000 ha en France partent tous les ans pour des tas de besoins. Tout cela fait partie d’un ensemble de considérations pour lesquels il nous apparaît que ce secteur doit rester un secteur d’excellence. La France, dans le cadre de son redressement productif, peut compter sur son agriculture à condition qu’on lui enlève quelques entraves qui pèsent aujourd’hui lourd sur la compétitivité de nos filières.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. l'Agriculteur Normand se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui