L'Agriculteur Normand 23 octobre 2013 à 08h00 | Par J. Rébillard

Yvan Fourré (président de la section porc de la FRSEA de Basse-Normandie) - "Qui se mobilise pour nos petites entreprises ?"

Après son embellie estivale, le prix du porc est retombé à 1,45EUR/kg, en dessous du coût de production. Commentaires d'Yvan Fourré, président de la section porc de la FRSEA de Basse-Normandie.

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- © JR

1,734EUR le 6 septembre, 1, 451EUR lundi dernier, 16 octobre. Comment expliquez-vous cette chute vertigineuse ?
Elle est liée à la concurrence européenne. A partir du mo-ment où les autres places européennes ne suivent pas le mouvement de hausse, le prix français ne peut tenir, sauf à risquer des pertes de parts de marché, ce qui serait suicidaire. On nous dit que la consommation se tient, que la production a du mal à suivre...nous n'avons pas d'explication satisfaisante à cette évolution. Pour ma part, je pense que la production fait les frais de la concurrence féroce à laquelle se livrent les industriels de l'aval de la filière.

Pendant l'été, la hausse avait, elle aussi été substantielle. A-t-elle permis de renflouer les trésoreries ?
Pas du tout ! Pendant l'été, les cours ont monté, ils n'ont pas été élevés longtemps puisque la chute a été aussi rapide que la hausse. Nous connaissons un phénomène comparable à l'an passé, avec un mois d'avance. Nous ne parvenons pas à garder des cours élevés assez longtemps pour remettre à flots nos exploitations. Je rappelle que pour garder le droit d'élever des porcs, nous avons dû investir pour satisfaire aux normes de bien-être animal. Et que nous n'en obtenons aucune valorisation. Des charges en plus, pas de recette supplémentaire : les producteurs sont pris en étau.

Faut-il voir un lien entre la crise de la production porcine et la fermeture de l'abattoir GAD de Lampaul-Guimiliau ?
Bien sûr. Cela fait des mois que tous les opérateurs constatent des surcapacités d'abattage. Elles sont dues à l'amélioration de la productivité des outils industriels. Mais aussi à la baisse de la production. Toutes les occasions sont exploitées pour décourager les producteurs : normes, enquêtes publi-ques, algues vertes..., on a l'impression qu'on ne veut plus de cochons ! Il ne faut pas s'étonner que des abattoirs soient en difficulté. Et ce n'est pas terminé. Si on continue sur ce chemin, d'autres abattoirs suivront.

Il y a tout de même une mobilisation des pouvoirs publics et des élus...
Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Mais il faut perdre combien d'emplois d'un coup pour que l'opinion publique se préoccupe de la santé économique des entreprises qui font vivre tant de familles ? D'ailleurs, la mobilisation dont vous parlez intervient parce que les chiffres sont importants et choquent. Qui se mobilise pour toutes les petites entreprises agro-alimentaires confrontées aux mêmes difficultés ? Qui se mobilise pour les petites entreprises, telles que nos exploitations agricoles, qui n'emploient que quelques personnes et qui sont menacées de fermeture ?

Que faut-il faire pour en sortir et redonner des perspectives à votre secteur ?
Il faut vite passer des paroles aux actes. Le Président de la République et le premier Ministre se sont engagés sur un assouplissement des règles d'installations classées pour les élevages de porcs pour les ramener au niveau des autres élevages. Pourtant, on ne voit rien venir. Qu'attendent les ministres pour mettre en oeuvre les orientations du Président ? Le gouvernement veut redonner de la compétitivité aux filières. Pourquoi mettre en place une « écotaxe » qui va pénaliser les filières agro-alimentaires de l'Ouest ? Il a encore la possibilité d'annuler cette décision. Les consommateurs demandent l'affichage de l'origine nationale des viandes, les producteurs aussi. Qui a intérêt à ne pas donner cette information ? Pourquoi l'Etat ne l'impose-t-il pas ? On parle beaucoup de valoriser le « made in France », qu'attend-on pour le faire pour nos viandes ? Enfin, il faut donner accès aux éleveurs de porcs au plan de modernisation des bâtiments. Le parc vieillit et la baisse de la production ne va que s'amplifier si on ne le renouvelle pas. Les parlementaires ont des intentions. Ils ont de quoi les concrétiser !

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