L'Agriculteur Normand 21 janvier 2020 à 13h00 | Par T.Guillemot

ZNT : une réponse de communication éloignée de la réalité du risque

Pour Gilles Lievens (président de la Chambre d'agriculture de l'Eure et président du pôle IRD de la CRAN), l'arrêté ZNT n'est qu'une réponse de communication éloignée de la réalité du risque. « On ne va pas supprimer les conflits de voisinage mais, au contraire, les mettre en relief », craint-il.

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>> Que vous inspire, comme premières réflexions, l'arrêté ZNT ?
Je regrette que les pouvoirs publics appliquent un principe de précaution sans s'appuyer sur des réalités scientifiques. Bien sûr que nous partageons cet objectif de ne prendre aucun risque avec la santé des riverains tout en produisant une alimentation de qualité mais, en procédant de la sorte, il me semble que l'on a ouvert la boite de pandore. La défiance vis-à-vis de nos pratiques agricoles va s'intensifier.

>> Que voulez-vous dire par là ?
Que les radicaux vont se radicaliser encore un peu plus et que ceux qui étaient plutôt en confiance vont commencer à se poser des questions. Nous allons être épiés comme nous ne l'avons jamais été par des citoyens qui parfois confondent tout et ne font généralement pas la différence entre un épandage de produits phytosanitaires et un épandage d'oligo-éléments. Demain, ça va être pulvé = danger.

>> Comment en est-on arrivé là ?
Deux ou trois maires, avec sans doute les municipales en ligne de mire, ont voulu faire le buz en prenant des arrêtés. C'est là dessus que le débat public s'est enrayé. Ensuite, les ministères concernés n'ont pas voulu écouter les éléments factuels. Ils ont pris une décision pour ménager l'opinion publique, une réponse de communication éloignée de la réalité des risques.

>> Concrètement à ce stade, quel est le rôle des chambres d'agriculture de Normandie ?
Nous sommes dans l'expertise des conséquences concrètes qu'engendrerait la mise en application de cet arrêté en l'état.
Beaucoup d'interrogations planent encore. Une limite d'habitation, ce n'est pas la même chose qu'une limite de propriété ou limite d'usage. Si j'ai à 10 mètres, en limite de parcelle, une terrasse où une famille déjeune ou une parcelle dans laquelle paissent des moutons ou des chevaux de particuliers, mes pratiques agricoles doivent-elles être les mêmes ? Chaque situation est différente. Nos experts sont dans cette phase d'analyse.

>> A-t-on une idée du volume de surfaces concernées ?
On peut l'estimer à 1,5 % de la SAU (Surface Agricole Utile) de la ferme régionale avec des situations très disparates. Certaines exploitations vont être fortement impactées et ce n'est pas forcément celles situées en zones périurbaines. Là où le mitage est important, les conséquences vont l'être aussi. Dans certains cas bien particuliers, de petites parcelles risquent de devenir quasiment inexploitables.

>> A quelques semaines des premiers semis de printemps, quel conseil donnez-vous aux agriculteurs ?
De semer l'intégralité de leurs parcelles. Après ? Nous les inviterons bien sûr à respecter la règlementation en apportant notre expertise suite à cette phase d'appropriation via des réunions publiques ou des visites personnalisées.

>> Le syndicalisme agricole exige un moratoire. Vous approuvez ?
L'APCA (Association Permanente des Chambres d'Agriculture) soutient cette demande au vu des incertitudes qui planent et de la précipitation dans laquelle cet arrêté a été pris. Il faut se donner du temps pour écrire une circulaire d'application réaliste.

>> Même si la profession gagne un peu de temps, les ZNT deviendront à terme une réalité. Seront-elles de nature à pacifier les relations entre riverains et agriculteurs  ?
En premier lieu, il faudra d'abord apporter les réponses techniques :  zone non cultivée, bande d'herbe, jachère, agriculture biologique, solution de biocontrôle ? Ensuite et de toute façon, il faudra bien entretenir ces zones, mécaniquement sans doute et de façon plus fréquente que la chimie pour maîtriser la montée en graine. Cela signifie du broyage générant du bruit et de la poussière que certains riverains ne supporteront pas non plus. Par ailleurs et par opportunisme, ces zones pourraient devenir de bons terrains pour caravanes ou servant de dépotoir. Malheureusement, je crois qu'on n'a pas fini de parler de ce dossier..

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FRSEA : le gouvernement doit instaurer un moratoire

Le gouvernement a publié fin décembre les textes définissant des zones de non-traitement des cultures. Pour la FRSEA, cette décision constitue une réponse à des peurs irrationnelles, attisées par des discours démagogiques. Elle manque totalement de pragmatique et de fondement scientifique.
Au lieu d'une mesure d'apaisement des tensions, le gouvernement a choisi de les attiser par des textes confus et imprécis qui ne manqueront pas de justifier toutes les contestations possibles. La FRSEA appelle les agriculteurs à la modération et à la pédagogie. Elle attend des autorités publiques les mêmes encouragements en direction des riverains de parcelles cultivées. Elle attend aussi de l'ANSES les avis scientifiques nécessaires pour mettre en oeuvre les méthodes permettant de réduire les ZNT à 0 mètre.
C'est pourquoi la FRSEA soutient la demande nationale d'un moratoire dans l'application de ces textes afin de laisser aux échelons départementaux le temps de rédiger des chartes d'utilisation des produits phytosanitaires qui en préciseront les modalités pratiques.
Faute de ce moratoire, la FRSEA s'associera aux actions syndicales initiées au niveau national. Une action de boycott des boues de station d'épuration est à l'étude. La société et les pouvoirs publics doivent en effet admettre que l'agriculture ne saurait être qu'une échappatoire susceptible de satisfaire la branche verte de la majorité présidentielle, mais qu'elle constitue une source de solutions pour répondre aux enjeux auxquels la société tout entière est confrontée, parmi lesquels l'élimination de ses propres déchets.
Car en négligeant tous les apports positifs de l'agriculture et en réduisant la politique agricole à une série de mesures punitives, le gouvernement organise la décroissance agricole et ouvre les portes à l'importation d'une alimentation dont les Français ne veulent pas.

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