Aller au contenu principal

Vieilles ensileuses
1969 : l'année érotique de la traînée JD 34

En 1969, Joseph Dubois (commercial aux Ets Lebaudy à Lonlay-l'Abbaye/61) monte un moteur de moissonneuse-batteuse (110 CV) sur une ensileuse JD 34 (John Deere) traînée par un tracteur de 75 cv. Une première. Plus de puissance pour plus de débit de chantier. En quelques années, il récidivera une dizaine de fois.

© TG
Fin des années 1960, le maïs prend irrévocablement racine dans le Bocage ornais. La génétique a fait de gros progrès mais persiste un facteur limitant : le défaut de puissance. Joseph Dubois, jeune mécanicien agricole, débute sa carrière aux Ets Buffard (SODEMAGRI aujourd'hui), distributeur Deutz à Flers-de-l'Orne. Nous sommes en 1962. Parmi ses collègues de travail, un certain Jacques Lebaudy qui, l'année suivante, va monter sa propre affaire. Les couleurs John Deere sont hissées à Lonlay-l'Abbaye. Une marque quasi leader mondiale mais quasi inconnue dans ce coin de Normandie. On ne jure que par Massey-Ferguson, International-Harvester ou bien encore Renault. Qu'importe, Joseph ne refuse pas l'obstacle. Il devient le commercial Lebaudy. Il le restera pendant 40 ans.

Un tracteur pour 6 vaches
Ça démarre gentiment mais sûrement. Sa première année, Joseph fait une quinzaine de tracteurs : 310, 510 et 710 de 36 à 56 cv. La référence, c'est le 310. 1,5 millions de francs de l'époque, l'équivalent de 6 vaches.
En 1967, il commercialise sa première ensileuse traînée : numéro 34 JD un rang. Deux ans plus tard (1969), il est interpellé par M. Hahn de Flers-de-l'Orne qui se lance dans l'entreprise de travaux agricoles. Il possède déjà une machine et souhaite en acquérir une seconde. Son problème, il lui faut aussi acheter un tracteur de grosse puissance pour la tirer. Dur dur financièrement. En traversant la cour de l'exploitation, Joseph tombe nez à nez avec la moissonneuse-batteuse New-Holland dotée d'un moteur de 110 cv. La machine est remisée. Elle a fini sa saison estivale. “Et si j'adaptais ce moteur sur l'ensileuse”, se demande notre mécanicien. L'autre tracteur de l'entreprise suffirait à la nouvelle ensileuse.
Joseph Dubois n'a aucun doute quant à la réussite de l'opération. Son patron, Jacques Lebaudy, lui donne le feu vert. Pas de planche à dessiner, tout dans la tête. La difficulté du renvoi d'angle au niveau du boitier est vite contournée. Une cinquantaine d’heures de travail plus tard, les premiers essais sont concluants. La première ensileuse au monde à moteur auxiliaire fera sa saison sans anicroche. Au terme de la campagne, le moteur est démonté pour être remonté sur la moissonneuse-batteuse.
Au cours des 3 années suivantes, une dizaine d'autres machines seront ainsi modifiées. Joseph s'adapte à toutes les marques de moteur. Il va même récupérer à la casse ceux de camions, plus simples à monter. Les puissances grandissent : 75 cv au tracteur + 110 au moteur auxiliaire. Mais l'automotrice fait son apparition. En se démocratisant, elle sonne le glas de la traînée à moteur auxiliaire. Certaines cependant continueront à broyer du maïs pendant plusieurs décennies. D'autres broyeront du noir au fond de la remise. Il y a une justice quand même. Ces recluses du formidable essor du machinisme agricole sont une des vedettes de la fête de l'ensilage à l'ancienne qui se tiendra dimanche prochain à Chaulieu.
Pour finir, cette innovation contribuera à la notoriété de la maison Lebaudy en matière d'ensilage. Joseph Dubois reste cependant modeste. Modeste mais attaché autant à une entreprise qu'à une marque. Il vit d'ailleurs sa retraite à 300 mètres de la concession. Il y passe quasiment tous les jours. Dans la coure en ce mois de septembre, une 7950 I. Elle développe plus de 800 cv. Pas vraiment besoin d'un moteur auxiliaire .
Témoin de 40 ans d'agriculture
S'il devait écrire ses mémoires, à n'en pas douter, le recueil de Joseph Dubois constituerait une œuvre sociologique sur l'évolution de l'agriculture ornaise. A ses débuts et au volant de sa 2 cv, il parcourait 20 000 km par an. Il était parfois payé en liquide par les clients. Des liasses de billets précautionneusement enveloppés dans du papier journal (parfois l'Agriculteur Normand). Des débuts parfois difficiles aussi.
- Bonjour, je suis Joseph Dubois .
- Connais pas !
- Je représente la maison Lebaudy.
- Connais pas !
- Nous sommes concessionnaires John Deere !
- Connais pas !
Nonobstant, Joseph va vite faire des affaires. Sa première :  “un vire-bottes grand rayon de marque Garnier vendu à Louis Berthout de St-Cornier-des-Landes pour 200 F”, croit-il se souvenir. Une époque où les femmes n'avaient pas la main sur le commerce. Mais, très vite, elles vont jouer un rôle majeur. Et Joseph avait son truc. Dans les années 1980, peu avant la fin des négociations entre hommes et si Madame vaquait à ses occupations tout en gardant une oreille attentive sur la converstaion, il lui lançait :  “accepteriez-vous de nous faire une tarte aux pommes pour fêter la vente ?” Dans la grande majorité elle disait “oui”. Pour son mari agriculteur et sans avoir besoin de la consulter devant le vendeur, le message était clair.
Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Contrairement à la FCO, il n'existe pas encore de vaccin contre le Shamonda Europe.
Le nouveau virus détecté sur des bovins dans la Manche et le Calvados
Un premier foyer de Shamonda Europe a été constaté dans un élevage du centre de la Manche, sur trois vaches. Cette nouvelle…
Les bouteilles du Pastis du verger s'alignent dans la boutique de la micro-distillerie, près de Caen. On y trouve aussi gin, vodka, cold brew, limoncello.
Le meilleur pastis du monde pris dans un embouteillage
La micro-distillerie C'est Nous trace son bonhomme de chemin depuis dix ans. Pour franchir la marche suivante, la Région…
Cette année, les Jeunes Agriculteurs de Messei accueillent la Fête de la terre, le week-end des 29 et 30 août à Saires-la-Verrerie, à 8 km de Flers.
Le programme de la Fête de la terre près de Flers
La 48e Fête de la terre se tiendra le week-end des 29 et 30 août à Saires-la-Verrerie, à 8 km de Flers. À cette…
Au concours d'arrondissement d'Avranches le 8 juillet, Nicolas Avenel remporte le championnat mâle et femelle ainsi que le prix d'ensemble. Il est suivi de près par Olivier Lejamtel de Le Mesnil-Ozenne. Les deux hommes ont la même passion. D'ailleurs, le bélier présenté l'année dernière au Salon de l'agriculture à Paris par Nicolas Avenel est devenu champion. Il provenait de l'élevage de son collègue.
200 animaux attendus pour fêter les 200 ans du Comice agricole de Brécey - Saint-Pois
L'année 2025 aurait dû marquer les 100 ans de la race Cotentine au comice agricole de Brécey-Saint-Pois. Ce sera le cas en 2026…
"Nous allons augmenter la population caennaise le temps d'une journée", garantit Clément Lebrun, président de de Vachement Caen (3e en partant de la gauche), au côté de Jean-Yves Heurtin (Chambres), Stéphanie Guillou (Mairie de Caen), Aristide Olivier (Mairie), Bruno François (Conseil départemental) et Marc Millet (Région).
Calvados : l'événement du week-end, Vachement Caen
Au coeur de Caen, dimanche 6 septembre 2026, la 5e édition de Vachement Caen fera la part belle à la diversité.
Nicolas Thomine est l'un des formateurs des futurs salariés du site.
L'abattoir Socopa Coutances recherche des bras
Socopa Coutances organise une opération de recrutement samedi 5 septembre dans ses locaux pour répondre à de nombreux…
Publicité