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2016 année zéro

L’année s’annonçait sombre, elle sera noire. A la crise laitière, consécutive à la plongée dans l’après quotas, s’ajoute une moisson catastrophique en volume.

L’année s’annonçait sombre, elle sera noire. Le bilan d’automne, qui sera présenté le 27 septembre aux Rencontres annuelles « Économie & Marchés agricoles », balaiera la conjoncture 2016 de notre agriculture régionale, telle qu’elle peut être appréhendée à ce stade de l’année. Elle apportera une première estimation régionale chiffrée des effets de cette crise.

Les marchés laitiers plombés

Déjà engagée depuis mi-2014, la crise laitière est consécutive à la plongée dans l’après quotas. La production européenne avait largement anticipé en 2014, et sur deux ans (2014-15) ce sont plus de 10 millions de tonnes supplémentaires de lait qui ont été mis sur le marché. Le marché mondial, censé absorber sans limites, a été plombé par cette abondance, malgré une consommation mondiale laitière plutôt faste quoiqu’irrégulière.Les prix se sont effondrés sur toute la « planète lait » : en Normandie - 14 % en 2015 (comparé à 2014).Si des signes de reprise du marché sont perceptibles depuis mai, et se précisent aujourd’hui, le prix du lait au producteur reste sous pression. La phase de saisonnalité haute traditionnellement centrée sur l’été est totalement écrêtée, avec des prix au plus bas. L’accord obtenu auprès de Lactalis le 30 août dernier devrait limiter les dégâts en fin d’année, mais le prix annuel 2016 sera encore en net recul, de l’ordre de - 7 à - 8 %, par rapport à 2015.Le lait est la première production en valeur en Normandie, l’impact est donc sévère pour la région.Effet collatéral de la crise laitière, la conjoncture se dégrade également en viande bovine, avec des prix en berne. En particulier toute la hausse saisonnière d’été des femelles et des bovins à l’herbe a été écrêtée, les réformes laitières se multipliant depuis le printemps à l’échelle européenne.

Une moisson catastrophique

En 2015 l’effet de cette baisse de prix du lait avait été partiellement masqué par de très bons rendements en grandes cultures. Une situation qui s’inverse dramatiquement en 2016 : à la crise des prix en lait, s’ajoute une moisson catastrophique en volume, due aux conditions très humides et froides du printemps. Le rendement chute d’environ  30 % par rapport à 2015 dans une grande partie de la Normandie, comme à l’échelle nationale.Il faut remonter à 1986 pour retrouver un niveau de rendement aussi bas. Contrairement à ce qui s’était souvent produit par le passé en cas de baisse du rendement (en 2001, 2003), cette année, le prix ne réagit pas à la hausse, au contraire. C’est que le déficit de rendement, qui affecte tout le nord de l’hexagone, est loin d’être généralisé en Europe. De plus, le marché européen est désormais complètement connecté au niveau mondial, le prix se forme désormais à cette échelle. Et l’offre de blé russe, ukrainienne et américaine (et probablement australienne d’ici quelques mois) est très abondante. Outre la conjoncture du marché, un problème de qualité (poids spécifiques faibles, même si les taux de protéines sont forts) risque également de déclasser une partie de la moisson normande (et française), d’où, là aussi, un impact négatif sur le prix.L’effet « végétal » sera l’effet majeur de l’année pour la Normandie : pour une majorité d’exploitations, y compris chez les éleveurs, les grandes cultures constituent une part significative du chiffre d’affaire, en termes globaux elles pèsent pour 24 % du produit, au second rang derrière le lait. Une chute de 30 % et plus sur ce poste impacte donc massivement l’agriculture régionale.Côté charges la (très) modeste bouffée d’air passe pratiquement inaperçue, face à l’ampleur des variations sur les recettes. A mentionner néanmoins, la continuation de la baisse sur le carburant (- 12 % sur l’année) et le léger repli en engrais et aliments (- 4 % pour chacun, par rapport à la campagne précédente).Au final une nouvelle année noire pour la Normandie, comparable à 2009 voire pire selon les secteurs géographiques et les productions.

Le Pôle Economie et Prospective des Chambres d’agriculture de Normandie

Depuis plus de 15 ans, les Chambres d’agriculture de Normandie développent une expertise reconnue sur les évolutions du contexte économique de l’agriculture et de l'agroalimentaire. Les travaux sont pilotés par le Comité Normand d’Orientation Economie et Prospective (COREP) de la Chambre Régionale d’agriculture. Ils s'appuient sur le travail d'équipe des chargés d’études économiques départementaux et régionaux, au sein du Pôle Economie et Prospective.

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