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Franck Malinowski, directeur de la branche “Boissons” d’AGRIAL
240 000 t en 2008 contre 210 000 t l’an dernier

Alors que les cidriers regorgent de pommes à cidre suite à une récolte 2008 abondante et que les Espagnols snobent le marché français trop cher pour se tourner vers l’est, AGRIAL a le scion qui la démange. La coopérative prévoit un plan verger de plantation de 500 ha sur quelques années. Les explications de Franck Malinowski, directeur de sa branche “Boissons”.

Dans nos usines, nous avons activé toutes les équipes, travaillé 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 pour faire tourner les outils au maximum de leurs capacités. Malgré cela, à Livarot (14) par exemple, le stock parc qui est normalement de 500 t, a atteint 1 500 voire 2 000 t. Du jamais vu!
Dans nos usines, nous avons activé toutes les équipes, travaillé 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 pour faire tourner les outils au maximum de leurs capacités. Malgré cela, à Livarot (14) par exemple, le stock parc qui est normalement de 500 t, a atteint 1 500 voire 2 000 t. Du jamais vu!
© TG

Comment qualifier cette campagne 2008 de récolte de pommes à cidre ?
De l’aveu des acteurs de la filière cidricole qui ont de l’expérience, il s’est agi d’une campagne extrêmement compliquée et difficile à gérer. En premier lieu, parce qu’elle a pris du retard. Les éléments climatiques ont fait que les pommes sont tombées plus tardivement. Nous avons donc du faire face à un resserrement de la campagne. 

De quel ordre environ ?
En année standard, on commence le 15 septembre pour finir en décembre. En 2008, nous avons véritablement commencé à travailler début octobre. L’afflux de fruits sur ce mois et sur novembre a été spectaculaire.

2008 se caractérise également par une contribution du verger haute-tige significative ?
Sa production a quasiment doublé par rapport à l’an dernier. Cet apport a contribué à l’engorgement de nos usines.

Face à cette offre, comment s’est comportée la demande ?
Dans le passé, les cidriers espagnols s’approvisionnaient ponctuellement sur le marché français. Or, ils nous ont délaissés pour se réorienter vers les marchés de l’Europe de l’est où la pomme se négocie entre 30 et 50 e/t.
Tous ces éléments combinés ont contribué à complexifier le bon déroulement de cette campagne. Il faut enfin y ajouter un coup de vent sur l’ouest (Bretagne et Normandie) qui a fait tomber les fruits par terre. Les précoces sont arrivées tardivement et les tardives précocement.

Globalement, à quel niveau va se situer la récolte ?
On estime, au sein de l’interprofession, que l’on va atteindre les 240 000 tonnes cette année contre 210 000 t l’an dernier et moins de 200 000 t les années antérieures.

Et à périmètre AGRIAL ?
Nous aurons collecté 170 000 t cette année contre 150 000 t l’an dernier.

Comment s’est comporté le verger basse-tige ?
Les situations sont très variables. Certains producteurs annoncent une croissance significative alors que d’autres vergers ont subi le phénomène d’alternance. 

Dans ce contexte de surabondance, vous avez refusé des pommes ?
Nous avons priorisé les adhérents AGRIAL et les contractants basse-tige dont une part significative du revenu provient de la pomme. Donc effectivement, nous avons fait abstraction de certains apporteurs occasionnels. des producteurs que l’on n’avait plus vu depuis des années et qui, en l’absence de débouchés, sont revenus cette année taper à notre porte.

Cette récolte va-t-elle peser sur le prix de la pomme ?
Le prix de la pomme contractante est fixé entre les parties sur une période longue. Il n’y aura donc pas d’évolution immédiate. Le prix quota 2008 est identique au prix quota 2007.
Sur le hors quotas, il faudra bien évidemment prendre en compte les excédents à écouler sur le marché du concentré.

Et quelle est la tendance sur le marché du concentré ?
Il avait atteint les sommets l’an dernier à 2 000 e/t. Il est retombé cette année à 850/1 000 e/t. Les conditions d’écoulement vont donc être délicates.

Sur le plan qualitatif, comment qualifier ce cru 2008 ?
En terme de degré, c’est mieux que l’an dernier qui était cependant une petite année.
Par contre, en terme de rendement à la tonne, on assiste à une baisse significative des volumes. Les fruits sont restés plus longtemps, à notre demande d’ailleurs parce que les usines subissaient des phénomènes de goulot d’étranglement, sous les pommiers ou dans les parcs usines. Conséquence : une perte de jus plus importante.

Mais cet allongement dans les délais de traitement de la pomme, c’est de votre responsabilité ? C’est une question de logistique ?
Dans nos usines, nous avons activé toutes les équipes, travaillé 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 pour faire tourner les outils au maximum de leurs capacités. Malgré cela, à Livarot (14) par exemple, le stock parc qui est normalement de 500 t, a atteint 1 500 voire 2 000 t. Du jamais vu!

Il se murmure qu’AGRIAL aurait de l’appétit et voudrait voir son verger grimper de 500 ha. Vous confirmez ?
Nous sommes dans une industrie qui doit faire face à des variations très significatives d’une année à l’autre. Exemple, fin des années 90 : 250 000 t de pommes collectées. Campagne suivante : 170 000 t soit un delta de 80 000 t. C’est énorme pour une industrie.
Parallèlement, le verger est vieillissant et il faut le renouveler. Or, un scion planté cette année ne produira que dans 6 ou 7 ans alors que notre verger aura encore vieilli d’autant.
Citons également les producteurs basse-tige qui ont planté dans les années 80. Ils avaient la quarantaine. En 2008, ils sont à la recherche d’un repreneur ou bien leur verger va disparaître.
Nous considérons donc que, sur un verger qui représente environ 5 000 ha, viser sur plusieurs années un renouvellement de 500 ha, soit 10 %, n’est pas une hérésie.

Et selon quel scénario, vous préconisez une spécialisation?
Si l’on fait le bilan de ces vingt dernières années, on s’aperçoit que ce sont ceux qui se sont le plus investi dans leur production qui s’en sortent le mieux. Des producteurs dont l’essentiel, voire la totalité, de leur revenu est issu de la pomme à cidre. Des producteurs qui ont gagné en productivité. Des producteurs qui ont maîtrisé leurs coûts de production avec une rémunération connue à l’avance à hauteur de 80 % sur 18 ans. Donc une rémunération stable alors que d’autres secteurs agricoles, je pense par exemple au lait ou aux céréales, subissent des écarts de revenu très importants d’une année sur l’autre.

Parce que le cidre n’est pas confronté au marché mondial, ce sont là les limites de l’exercice ?
C’est vrai qu’il s’agit d’un produit franco-français non soumis aux aléas des cours mondiaux. En ce sens, c’est un avantage.

Comment se comporte le marché du cidre ?
“Il est comme tous les marchés : la crise est là. Nous sommes sur une tendance à -4/-5 %. Cependant, sur cette fin d’année et notamment en décembre, on sent poindre des éléments positifs en terme de vente. Mais globalement, nous devons continuer à valoriser notre production au mieux. Le cidre n’est pas encore à un niveau de prix acceptable par rapport à tous les efforts que nous mettons en œuvre pour élaborer un produit de qualité. Cette revalorisation nous permettrait de mieux rémunérer les producteurs (adhérents ou non adhérents) et de générer des ressources pour communiquer autour de notre produit qui a besoin d’être mis en exergue. C’est d’ailleurs pourquoi nous allons augmenter la communication interprofessionnelle de 30 %”

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