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Alain Lambert : “se battre à Bruxelles pour gommer les différences”

Si la politique agricole départementale ne se décide pas à Alençon, le Conseil départemental de l’Orne reste très attentif aux difficultés actuelles du secteur de l’élevage et l’accompagne à sa façon et avec ses moyens. A périmètre européen, son présidentAlain Lambert, par ailleurs ancien ministre du Budget, exhorte “le Gouvernement à se battre à Bruxelles pour gommer les différences et atteindre une meilleure harmonisation des règles”.

“Un Gouvernement responsable doit en finir avec le harcèlement des agriculteurs avec des normes françaises beaucoup plus exigeantes et coûteuses que les normes européennes : il lui suffit d’interdire à ses administrations d'ajouter aux directives qui sont déjà excessives”.
“Un Gouvernement responsable doit en finir avec le harcèlement des agriculteurs avec des normes françaises beaucoup plus exigeantes et coûteuses que les normes européennes : il lui suffit d’interdire à ses administrations d'ajouter aux directives qui sont déjà excessives”.
© ©Caroline Pigny

Depuis plusieurs semaines, FDSEA et JA frappent à la porte des élus départementaux pour les sensibiliser aux difficultés du moment. Rencontre avec Alain Lambert, le premier d’entre-eux.

Quel regard portez-vous sur la situation agricole départementale?
Je suis terriblement conscient des profondes difficultés, de la détresse même, du monde agricole. En même temps, je travaille à ce que le désespoir ne l'emporte pas, car l'agriculture ornaise a de nombreux atouts.
Notre département a la chance d'être agricole avec une forte capacité de développement. Retenons déjà un motif de fierté : l’emploi dans l’agriculture et l’agroalimentaire ornais est plus important que celui des autres départements normands !
En outre, notre densité agricole offre un potentiel considérable de développement et permet l’installation de jeunes. À titre d’exemple, l’Orne compte 82 jeunes installés en 2014 contre 75 en 2013. Ce qui démontre l’attractivité de notre terroir ! Les jeunes agriculteurs trouvent, ici, une terre de projets. Ils peuvent se regrouper pour consolider leurs structures, limiter leurs coûts et faciliter leur travail. On continuera à les encourager en ce sens.
Par ailleurs, nous disposons d’une agriculture biologique dynamique. Le département de l’Orne est le premier département normand en hectare de Surface agricole utile (SAU).
Autre corde à notre arc enfin, et non des moindres, le cheval qui renforce le rayonnement de l’Orne et une filière équine tonique qui emploie de nombreux salariés.
Si notre agriculture présente de nombreux atouts, nous surveillons, comme partout, des points de vigilance. La situation de l’élevage, par exemple, est au cœur de nos préoccupations. C’est pourquoi nous portons une ambition pour développer ce secteur et conforter notre position de département d’élevage dans le Grand Ouest.
Examinons aussi le cas des engraisseurs de jeunes bovins. Nous sommes, dans ce domaine, le troisième département français. L’évolution de la PAC est hélas défavorable pour cette production : le rééquilibrage du niveau des aides effectué par la nouvelle PAC la pénalise fortement. Cette contrainte entraîne un risque de cessation de cette activité d’engraissement avec des conséquences en ricochet pour nos outils de transformation.
Enfin, l’accumulation de contraintes de toutes sortes est un véritable obstacle. Qu’elles soient réglementaires, environnementales ou sociales. Le gouvernement doit veiller à ce qu’elles ne soient pas le premier facteur de coût et de frein ! Il devrait décréter une pause, un moratoire en ce domaine des normes.

Quels éléments de réponses peut apporter un Conseil départemental ?
Le Conseil départemental est une institution de proximité. Depuis longtemps, nous sommes les alliés du monde agricole. De fait, en 2015, dans un contexte budgétaire tendu, ce sont plus de 3M€ d’aides accordés aux agriculteurs. À l’avenir, je veux être franc, ce levier d’action va nous échapper car la loi NOTRe, adoptée définitivement le 8 août 2015, confie cette compétence aux Régions dès le premier janvier 2017.
Nous n’en sommes pas là et notre politique départementale va continuer jusqu'au bout. En voici les principaux axes : favoriser le renouvellement des générations avec une aide de 400 000€ attribuée aux Jeunes Agriculteurs. Ensuite, l’objectif est d’accompagner la montée en gamme de notre agriculture, gage de son développement. Cela passe par l’amélioration de la qualité sanitaire du cheptel bovin et ovin. Le Département y consacre 500 000 €. Nous contribuons à la modernisation des bâtiments d’élevage : 150 000€ sont dédiés à ce volet. Dans le même esprit, nous facilitons la mise aux normes des bâtiments d’élevage dans les zones vulnérables historiques. Cette mesure, se concrétise par une aide de 200 000 €. Le Conseil départemental attache aussi une grande importance à la filière équine avec une aide de 255 000 €. Notre collectivité soutient fortement, par ailleurs, les organismes et associations œuvrant pour l’agriculture ornaise, avec 735 000 €, notamment les comices agricoles qu’il nous faut soutenir tant ils participent à la promotion du savoir-faire ornais et à la promotion de nos territoires.
Le Département accompagne la Cellule agriaide, organe de conseil composé de techniciens de la Chambre d’agriculture et de la MSA, qui vient en soutien aux agriculteurs en difficulté. Nous finançons 40% de son coût de fonctionnement, soit 90 000 €/an. En raison, de la crise, la cellule, au 31 juillet 2015 a enregistré 30 % de soutien de plus que l’an dernier.
Au titre de nos actions en faveur des circuits courts, l’un de nos objectifs est de développer l’approvisionnement local avec la plateforme Agrilocal 61. Cet outil va mettre en relation des producteurs-vendeurs et des acheteurs. Je souhaite prochainement organiser une rencontre avec les professionnels du secteur pour la bonne promotion de cette plateforme de produits locaux.
En plus de cette politique volontariste en faveur de l’agriculture, le Conseil départemental fait tout son possible, lorsqu’il est sollicité, pour limiter la frénésie réglementaire qui entrave la bonne marche de nos exploitations. Par exemple, l’assemblée départementale s’est prononcée défavorablement sur le projet de Schéma régional de cohérence écologique (SRCE), le projet d’extension de zones vulnérables à la pollution par les nitrates d’origine agricole, en invoquant les conséquences négatives pour les éleveurs, et le projet de SDAGE Seine-Normandie et Loire-Bretagne.

Vous avez été ministre du Budget. Quelle pourrait être la marge de manœuvres d’un Gouvernement, à court terme et à moyen terme, pour sortir l’élevage français de l’ornière ?
La première chose essentielle, pour un Gouvernement, est d'associer tous les acteurs concernés avant de décider de ses actions. Il faut renforcer la contractualisation et le rôle des organisations de producteurs. Il doit se battre à Bruxelles pour gommer les différences et atteindre une meilleure harmonisation des règles car il y a un véritable problème de compétitivité entre un porc français à 1,40 € et un porc allemand à 1,10 €. Un Gouvernement responsable doit en finir avec le harcèlement des agriculteurs avec des normes françaises beaucoup plus exigeantes et coûteuses que les normes européennes : il lui suffit d’interdire à ses administrations d'ajouter aux directives qui sont déjà excessives.

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