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Ecophyto
Allier réduction des intrants et alimentation des animaux, le vrai DEPHY !

Développer des systèmes de cultures économes en intrants, c’est bien, mais les rendre performants et adaptés à l’alimentation des troupeaux, c’est encore mieux !

Dans le cadre du plan Ecophyto, les agriculteurs seront incités d’ici quelques années à réduire significativement l’usage des produits phytosanitaires. Et il est vrai que ce challenge n’est pas simple, particulièrement dans les systèmes de polyculture-élevage où toute modification des pratiques sur les cultures peut avoir des conséquences sur la qualité ou la quantité des fourrages. Certains agriculteurs normands ont donc pris les devants en participant au réseau Ferme DEPHY Ecophyto qui vise à promouvoir des systèmes performants et économes en intrants. L’objectif de ces groupes est clair : produire des références et témoigner des pratiques innovantes plus respectueuses de l’environnement. Il existe actuellement 11 réseaux en Normandie dont 6 consacrés aux exploitations de polyculture-élevage.

La Chambre d’agriculture se mobilise pour le changement
Depuis 2011, la Chambre d’agriculture de la Manche accompagne 11 éleveurs souhaitant modifier leur système de culture en raisonnant mieux les itinéraires techniques et les rotations tout en tenant compte des besoins de leurs troupeaux. La force de ce réseau résulte d’une grande diversité à la fois d’acteurs (agriculteurs, fermes de lycées, ferme expérimentale), mais aussi avec une diversité de conditions pédoclimatiques liée à la dispersion géographique des fermes du réseau. Cette diversité impose du même coup des contraintes et objectifs différents à l’échelle de chaque exploitation. Il n’y a donc pas dans ce réseau de solution unique mais bel et bien un travail de réflexion et de co-construction de systèmes de cultures adaptés à chacun en s’inspirant de ce qui se fait chez les uns et les autres.

Une motivation des éleveurs déjà bien engagée
Les exploitations engagées dans ce réseau sont des élevages laitiers (entre 35 et 80 vaches) avec parfois un atelier porcin et/ou un atelier bovin viande. Si la présence de la prairie reste importante (en moyenne 50 % de la SAU), l’enjeu de réduction d’intrants se fait surtout ressentir sur le système céréalier constitué principalement de maïs (ensilage et grain) et de blé. Selon les cas, on retrouve également des surfaces en colza, orge ou triticale, méteil ou encore féveroles. Aujourd'hui, chaque agriculteur s'est fixé ces objectifs. Les changements passent par l'incorporation du binage en remplacement d'un traitement, la conduite de blé rustique, l'incorporation de luzerne dans la rotation… et plus simplement l'observation des cultures et la connaissance des seuils de nuisibilité. Le lycée de Coutances a fait le choix d'aller plus loin dans la réduction des phytosanitaires en passant à l'agriculture biologique.Bien choisir ses cultures et ses intercultures : déjà un bon départ !
Un des axes travaillés par les agriculteurs du réseau est l’allongement des rotations. En effet, les rotations courtes telles que maïs/maïs/blé sont relativement fréquentes dans les systèmes d’élevage de Basse-Normandie.Afin de “casser” les cycles maïs/céréales, il peut être envisagé de retravailler les rotations et si possible d'introduire de nouvelles espèces. Dans nos secteurs, l'introduction de prairies en tête de rotation est un levier très important pour les cultures céréalières suivantes (rotation de type “prairie/maïs/blé”). La prairie permet de nettoyer la parcelle en couvrant le sol plusieurs années. Son retournement entraîne aussi un relargage d'azote permettant une économie sur le maïs et le blé suivant. Cette rotation engendre des économies en désherbage, en fertilisation et aide à renouveler l’état des prairies pour les rendre plus productives. Quand certaines parcelles ne peuvent être pâturées, il faut envisager d’introduire des espèces prairiales de fauche comme la luzerne ou le trèfle violet en association avec de la fétuque et/ou du dactyle. L’introduction de légumineuses dans la rotation permet à la fois de réduire la pression des bio-agresseurs ainsi que les apports en fertilisation valorisant mieux les sources d’azote. Plus généralement, c’est aussi un bon moyen pour compléter l’alimentation azotée des animaux et diminuer l’achat de concentrés dont les prix fluctuent beaucoup avec la conjoncture.Toujours dans une optique de ruptures des cycles culturaux, le choix des espèces d’intercultures est déterminant. Par exemple, la mise en place de couverts peu appétants vis-à-vis des limaces comme la phacélie, la vesce, le radis fourrager ou encore l’avoine permet de réduire l’utilisation de molluscicides en sortie d’hiver.Témoignage : Christian Heuze, éleveur laitier à Husson (Manche)
Quels sont vos objectifs de réduction ?
Aujourd'hui, je cherche à aller vers moins d'utilisation de produits phytosanitaires. Le plus important pour moi c'est de ne pas être sectaire. Il y a des bonnes idées à prendre chez tout le monde, en agriculture biologique comme dans l'agriculture conventionnelle. Des leviers agronomiques et mécaniques peuvent être mis en place sur l'exploitation pour permettre de baisser l'utilisation des produits phytosanitaires.
Quelles stratégies mettez-vous en œuvre ?
Chez moi, sur blé, je choisis des variétés résistantes et un itinéraire limitant l'usage des phytosanitaires. En règle générale, je ne fais qu'un fongicide et sur certaines parcelles, je désherbe mécaniquement. Sur maïs, je pratique le désherbage mixte (un traitement en plein, suivi d'un passage de bineuse). Ces pratiques me permettent de conserver ma marge, mais nécessitent de l'observation et de la surveillance pour intervenir au bon stade.
Qu’attendez-vous du réseau DEPHY ?
J'attends du réseau un accompagnement dans les décisions et stratégies sur les cultures et plus globalement sur la rotation, l'exploitation. Le réseau apporte un conseil indépendant, des références sur des itinéraires et stratégies alternatives, un regard extérieur et des échanges d'expériences toujours enrichissants.
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