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Anne Pelletier (conseillère Agri’aide) : « nous sommes le fil rouge des agriculteurs pendant trois ans »

L’association Agri’aide permet aux agriculteurs fragilisés de bénéficier d’un accompagnement économique, technique et moral. Le dispositif est nécessaire pour améliorer les difficultés structurelles, aggravées par la conjoncture. Il est en partie financé par le Conseil départemental. Depuis le début de l’année, il existe dans une nouvelle formule.

© JP

>> Pouvez-vous nous expliquer le dispositif Agri’aide ?
Nous sommes une association qui vient en aide aux agriculteurs fragilisés. Nous n’allons que chez les personnes demandeuses d’assistance.
D’abord, nous les écoutons. Puis nous définissons ensemble un plan d’action : nous pouvons accompagner une cessation d’activité souhaitée ou bien le départ d’un associé ou encore encadrer une remise à flot des comptes de l’exploitation. Agri’aide travaille avec les conseillers de gestion, les banquiers, les créanciers, etc., afin de cibler les besoins et les possibilités de chacun.

>> Quelle est la nouveauté d’Agri’aide ?
Le dispositif d’accompagnement existe depuis trente ans. Mais nous avons constaté qu’il manquait deux étapes : une phase de concertation avec l’ensemble des partenaires agricoles et une phase de suivi dans la durée. Nous avons donc défini, en 2018, un nouveau protocole qui implique un plan d’action concerté et un suivi des agriculteurs pendant deux à trois ans. Ce dispositif peut être proposé par notre association et par l’association Solidarité paysans.

>> Quels sont les agriculteurs qui vous appellent ?
Nous accompagnons entre 30 et 50 agriculteurs par an. Dont 50% d’éleveurs laitiers. Nous avons eu quelques céréaliers, après la campagne catastrophique de 2016. Mais il n’y a pas de profil type.

>> Comment se passe la prise en charge de l’agriculteur ?
Il est très difficile, quand on est dans une situation compliquée, de demander de l’aide. Ce sont souvent les voisins, l’entourage, les conseillers de gestion ou technique qui nous contactent.  Nous leur conseillons de parler de l’association à la personne concernée : nous ne nous imposons pas, ce n’est qu’à partir du moment où elle enclenche la démarche de demande d’aide que nous intervenons. Nous collaborons aussi avec les assistantes sociales de la MSA.

>> Quelle est l’étape suivante ?
L’état des lieux de la structure. Nous ne sommes pas là pour culpabiliser, mais au contraire, nous faisons en sorte que la personne se pose les bonnes questions : comment assainir sa situation financière ? est-ce que je reste agriculteur ? quels moyens ai-je pour travailler à l’extérieur ? La discussion est ultra-ouverte.

>> Et après ?
Les acteurs liés au dossier se réunissent lors d’une table ronde, à laquelle l’agriculteur n’est pas présent. C’est l’une des deux nouveautés du dispositif. Nous mettons alors la situation à plat et évoquons des pistes pour définir un plan d’action. Le plan ne s’établit pas en un jour, d’autres rendez-vous entre Agri’aide, l’agriculteur et ses partenaires s’organisent pour affiner les actions à mettre en œuvre.

>> Avez-vous des exemples ?
Négocier l’étalement des dettes auprès des créanciers ; accompagner une cessation d’activité ; engager une procédure de règlement amiable ou de redressement ; suivre la trésorerie. Nous pouvons ainsi nous rendre au tribunal avec les personnes, car des procédures existent pour les protéger et elles ne sont pas toujours connues.

>> Une fois le plan d’action défini, c’est là qu’intervient l’autre nouveauté de la formule ?
Oui, il s’agit du suivi. Nous intervenons chez l’agriculteur selon les besoins identifiés deux à quatre fois par an, minimum, pendant trois ans. Nous prenons le temps de faire le point, de voir si le plan d’action est conforme et de le réajuster si nécessaire. Nous sommes présents lors de la remise du résultat avec le conseiller de gestion. C’est un moment au cours duquel des décisions importantes peuvent être prises. Nous sommes leur fil rouge pendant trois ans.

>> Comment êtes-vous financés ?
Le Conseil départemental du Calvados est notre principal financeur. La Chambre d’agriculture, le Crédit agricole, le Crédit mutuel, la MSA, la Coopérative de Creully, Agrial, Groupama, et le GDS sont nos autres partenaires financiers. Notre budget sert à payer les salariés de l’association et à assurer les frais de fonctionnement. Nous n’avons pas de fonds pour les agriculteurs. Ni de baguette magique : nous travaillons avec nos « bras musclés » (rires).

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