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Arnaud Martinet , jeune agriculteur, "j'ai mal à ma ferme

Il était parmi les manifestants le 6 novembre à St-Lô (Manche). Arnaud Martinet a du mal à supporter ce rejet des produits français, notamment dans les grandes surfaces.

Arnaud Martinet n’hésitera pas à quitter son tracteur pour manifester à nouveau, « seul moyen pour trouver plus de produits français dans les rayons ».
Arnaud Martinet n’hésitera pas à quitter son tracteur pour manifester à nouveau, « seul moyen pour trouver plus de produits français dans les rayons ».
© ec

1998, Arnaud Martinet s’installe à Hocquigny, petite commune du canton de la Haye-Pesnel ; son horizon professionnel n’est pas encore obscurci par les contraintes environnementales, la surcharge administrative ou encore l’abondance de produits étrangers dans les grandes surfaces. « J’ai dû évoluer sur mon exploitation pour tenir le coup » explique-t-il. « Je me suis installé avec 50 vaches, aujourd’hui une centaine sont en stabulation ». Le foncier, très recherché dans le sud-Manche, a aussi progressé ; « 120 ha de SAU aujourd’hui à deux associés ». Pourtant, son choix de vie, Arnaud ne le regrette pas, « si c’était à refaire, je reprendrais les mêmes options. J’ai trouvé un équilibre professionnel et j’ai toujours le même plaisir à travailler qu’au début ».

Par conviction

Reste que notre homme s’inquiète sérieusement pour l’installation des jeunes. « Si j’ai manifesté le 6 novembre, c’est d’abord en raison de mes convictions syndicales. Je suis vice-président des JA 50 ; notre rôle c’est donner une lisibilité et un avenir à la nouvelle génération ». Arnaud réfléchit quelques instants puis lance, « vous savez, il est tout de même difficile de faire des prévisions lorsque pendant deux ans on a des prix à peu près corrects puis que tout se dégrade d’un coup. J’ai du mal à m’y retrouver et la trésorerie de l’exploitation va sans doute s’en ressentir ». Le principal chiffre d’affaires de la ferme est fait avec le lait, celui qu’on appelait autrefois « l’or blanc ». Un or blanc qui s’est parfois transformé en plomb. « Les prix sont de plus en plus chaotiques. Bien sûr, on essaye de s’adapter mais en fait on encaisse la loi des laiteries, en particulier de Lactalis qui mène la danse dans le milieu des collecteurs et transformateurs, d’autant plus qu’on abandonne le régime des quotas. On nous parle de baisse, mais rarement de hausse, contrairement aux Allemands. Chez eux, même les magasins à bas prix ont monté leurs tarifs cette année ».

La viande, Arnaud Martinet et son associé la valorise à travers les animaux de réforme. « Le 6 novembre, lorsque j’ai participé aux opérations de contrôle, soit dans la RHF ou la grande distribution, j’ai été écoeuré par l’afflux de viandes d’importation. C’est décourageant lorsque nos éleveurs locaux jouent à fond la carte de la qualité et de la traçabilité. Mais le pire, c’est de voir que le gouvernement s’en fiche carrément. Le ministre de l’agriculture ? Aucune crédibilité ; il n’est absolument pas en phase avec le terrain ». Son espoir, Arnaud le place dans le consommateur. « C’est vers lui que nous avons voulu communiquer le 6 novembre. En voyant tous les produits d’importation dans les rayonnages, j’ai acquis une conviction : les grandes surfaces ne font pas dans le civisme. Elles jouent trop sur le « transformé en France » et pas assez sur « origine France ». Paradoxalement, Arnaud Martinet sait que la solution passe par ces mêmes grandes surfaces. « Elles sont incontournables qu’on le veuille ou non. Alors il va falloir que le consommateur demande du « Français ». Pour les collectivités et leurs sites de restauration, même constat amer, « bien sûr, ils ont la volonté de jouer la carte des produits locaux, mais ils doivent affronter des problèmes de prix et de compétitivité ». Arnaud sait aussi que le coût de la main d’œuvre dans les exploitations ou en usine est supérieur à d’autres pays de l’Union Européenne. « C’est du ressort du gouvernement. On doit aller vers une harmonisation fiscale et sociale ».

Les manifs ? « Loin d’être dépassé comme moyen d’action ; c’est encore le seul qui nous reste pour nous faire entendre, notamment des élus départementaux. Eux, ils ne montrent pas toujours l’exemple en matière de consommation française. Je retournerais donc en « manif » sans état d’âme ; d’abord pour que des jeunes puissent s’installer encore et toujours avec un avenir, ensuite pour ne plus avoir mal à ma ferme ».

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