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Arnold Puech d’Alissac (Président de la FRSEA Normandie) : « c’est une question de crédibilité »

En ce début d’année, Arnold Puech d’Alissac fait le point sur deux dossiers sensibles pour les agriculteurs de Normandie.

© TG

>> Où en est-on de la réforme des zones défavorisées ?
Le classement des sols n’est pas terminé pour l’Eure et la Seine-Maritime, ce sera donc un travail pour cette année. En ce qui concerne le Calvados, la Manche et l’Orne, l’administration française a transmis à Bruxelles une première carte des «zones soumises à contrainte naturelle» (ZSCN). Elle doit proposer en 2017 des zones naturelles soumises à contraintes spécifiques (ZSCS). Nous sommes en discussion sur ce dossier.

>> Quel est votre avis sur cette carte des ZSCN ?
La première version publiée en septembre a été sensiblement améliorée. Mais elle comporte aussi des surprises que même les agriculteurs bénéficiaires ne parviennent pas à expliquer. Par exemple, on retrouve dans cette proposition la plaine Caen qui a une réputation sur le plan agronomique que tout le monde connaît. Nous avons dénoncé cet état de fait mais il semble que cela résulte de l’application d’une méthode certifiée par la Commission Européenne et que l’on ne puisse pas revenir dessus.

>> Pourquoi vouloir exclure ces zones ?
Ce n’est sûrement pas pour stigmatiser les agriculteurs de ce secteur. Mais c’est une question de crédibilité de l’ensemble. Comment justifier que des zones difficiles ne sont pas reconnues et que d’autres, au potentiel incontesté, se retrouvent dedans ? Si la carte reste en l’état, elle discrédite tout le dispositif et les institutions qui le définissent : l’Etat et l’Union Européenne. C’est donc mauvais pour tout le monde.

>> Oui, mais si la zone compte peu d’élevage, les agriculteurs n’auront pas accès aux ICHN, cela n’enlève rien à personne…
Certes, ils ne pourront prétendre aux ICHN qui sont calculées en fonction du nombre d’animaux. Mais ils auront droit aux compléments d’aide à l’installation et à l’investissement, et ce au détriment de zones où l’exploitation est plus difficile. Ce n’est pas juste.

>> La Normandie retrouve-t-elle ses anciennes zones défavorisées dans ce zonage ?
Elle en retrouve une grande partie mais pas la totalité. Nous travaillons avec les chambres d’agriculture et l’administration pour réintégrer des zones particulièrement difficiles qui en sont exclues, comme la vallée de l’Orne et la zone de Carrouges. Là encore, le résultat est incompréhensible pour quiconque exploite des terres dans ces secteurs. Mais cela passera sans doute par la procédure des ZSCS. L’important, c’est que les agriculteurs concernés soient reconnus et aient accès aux compensations qu’ils méritent.

>> La Normandie est aussi visée par la règlementation sur le retournement des prairies permanentes. Pouvez-vous nous l’expliquer ?
Dans le cadre du verdissement de la PAC, une partie du paiement vert est liée au maintien de la part des prairies permanentes dans l’assolement. Ce ratio est calculé au niveau régional. En Normandie, l’Etat a calculé qu’il s’est dégradé de plus de 2,5% et nous devons donc demander une autorisation pour pouvoir retourner des prairies.

>> Qu’en pense la FRSEA ?
La FRSEA de Normandie s’est saisie de ce dossier. Nous nous sommes associés à nos collègues des Hauts-de-France, à la FNSEA et aux JA pour déposer un recours gracieux au ministère de l’Agriculture. Nous contestons le calcul dans la mesure où certaines exploitations herbagères ne sont pas prises en compte, ce qui a pour effet de dégrader le ratio. D’autre part, nous contestons l’appréciation de ce ratio au niveau régional. La France a la possibilité de l’apprécier au niveau national. Si tel était le cas, nous n’aurions pas ces contraintes. Sur ce point, notre ambition est faire en sorte que personne n’en soit amené à détruire une culture mise en place depuis le 15 juin dernier.

>> Pourquoi s’opposer au maintien des prairies ?
Nous ne nous y opposons pas par principe mais les agriculteurs doivent pouvoir exploiter leurs terres et changer de production en fonction d’opportunités de marché, de contraintes d’organisation du travail ou de choix personnels tout simplement. Chacun doit pouvoir piloter son exploitation et nous n’avons pas à juger les choix des uns et des autres, tous sont respectables. C’est pour cela que le ratio doit être calculé collectivement et au niveau national.

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