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Autonomie et association cultures-élevage : une formule gagnante, si…

Les fermes françaises sont de plus en plus soumises à la raréfaction et au prix élevés et volatils des ressources (énergie, fertilisants, aliments). Augmenter l’autonomie, grâce à l’interaction entre ateliers animal et végétal apparaît comme un moyen pour y faire face.

Les résultats présentés ici résument une étude réalisée dans un projet de recherche et développement européen (Cantogether), qui vise à améliorer notamment l’efficacité économique et environnementale des fermes. Les résultats montrent qu’autonomie croissante rime avec hausse des performances environnementales, mais avec des performances économiques mitigées : en système laitier, c’est plutôt mieux alors qu’elles déçoivent plus en système allaitant.Cette étude se base sur un échantillon constant de 622 fermes bovines des réseaux d’élevage Inosys (54 % en lait, 46 % en viande, 10 % en agriculture biologique) et 3 campagnes contrastées (2008 à 2010) pour les prix de vente et ceux des intrants, pour limiter l’effet année.

Autonomie et association cultures/élevage : un a priori gagnant

Associer cultures et élevage pour accroître l’autonomie des fermes bénéficie d’un a priori positif : aliments autoproduits, dépendance aux intrants réduite par le recours aux légumineuses, le recyclage des effluents… L’autonomie est le rapport entre une quantité (aliments, fertilisants, …) intra-consommée dans la ferme sur la quantité totale consommée , parfois estimée par des indicateurs de dépendance (ex : concentrés achetés /UGB). Cette étude a évalué des fermes autonomes ou non et leurs performances, en les classant selon 4 indicateurs d’autonomie discriminants (en excluant l’autonomie fourragère qui est déjà élevée en France). Pour l’atelier animal il s’agit :

- du % de concentrés intra-consommés/total consommé ;

- du % d’autonomie en matières azotées totales intra-consommées/total consommé, issues des concentrés.

En cultures, l’autonomie est approchée par :

- le % d’utilisation d’azote organique sur la fertilisation azotée totale ;

- la fixation symbiotique, qui aide à limiter l’azote minéral est approchée avec les surfaces de légumineuses pures.

Plus les valeurs sont élevées, plus l’autonomie augmente. Ainsi, pour les 3 classes d’autonomie qui ont été distinguées (faible, moyenne, forte), seules 7 % des 622 fermes ont une autonomie  élevée, elle est moyenne pour 30 % et faible pour 63 % de l’effectif. 64 % des systèmes biologiques sont très autonomes.

Des performances environnementales très positives

Accroitre l’autonomie améliore les performances environnementales : réduction de l’eutrophisation, des émissions de gaz à effet de serre, etc. Concrètement, pour l’agriculteur, les excédents moyens d’azote baissent entre les fermes les moins autonomes et les plus autonomes, de + 76 à + 8 kg N/ha en bovins lait et de + 63 à + 34 kg N/ha en allaitant (conventionnel). Moins d’azote perdu c’est autant d’argent qui va dans le porte-monnaie. De même, la consommation de fioul baisse de 31 % (laitiers) et 24 % (allaitants) en partant respectivement de 132 et 114 l/ha pour les fermes moins autonomes. Les performances en AB  sont de bon niveau : bilan N équilibré et consommation moyenne de fioul, inférieure de 20 %.

 

Des performances économiques mitigées selon les systèmes

En système laitier conventionnel, le résultat courant/UMOf (unité de main d’œuvre familiale) (RC/UMOf) se maintient autours de 22 000 € pour les 3 classes d’autonomie, mais les ratios d’efficacité économique des systèmes plus autonomes sont meilleurs : l’EBE/Produit brut passe de 34 à 40 % et les charges opérationnelles/produit brut de 35 à 22 % (graphique). En viande, le RC/UMOf qui baisse de 19 151 à 12 353 € quand l’autonomie augmente, interpelle, alors que les charges opérationnelles/PB se réduisent malgré tout de 34 à 26 %, et que l’EBE/PB augmente de 33 à 38 %, indiquant une maîtrise des charges et une meilleure efficacité économique. La production biologique avec une autre valorisation, améliore la situation en lait (32 445 €) pour les plus autonomes et ne permet que d’atténuer la baisse en viande (16 558 €).


Les explications : il faut chercher au niveau des structures des fermes et des stratégies techniques

En distinguant les fermes autonomes avec un RC/UMOf supérieur et inférieur à 1,5 SMIC, en ferme laitière ce résultat courant est supérieur à 1,5 SMIC dans 71 % des cas. C’est l’inverse en allaitant avec seulement 22 %. Plusieurs raisons sont identifiées : le type de production : les systèmes viande, moins productifs valorisent moins bien leur viande à niveau de maîtrise des charges opérationnelles  équivalent, que les systèmes laitiers. Ensuite, il y a un cheptel plus grand, plus de surfaces et notamment de cultures de vente (+ 8 %) dont les rendements sont légèrement meilleurs grâce à une bonne maîtrise des intrants. Enfin les produits non affectables (aides/ha) ne présentent pas de tendance claire en faveur ou non des systèmes autonomes. Cela explique en partie pourquoi dans les fermes allaitantes autonomes s’en sortent apparemment moins bien.   Notons qu’à autonomie égale, une légère intensification pourrait aussi expliquer ces meilleurs résultats économiques (ex. azote apporté + 18.9 kg/ha, avec un bilan identique (+ 2.8 kg/ha). Sachant que les systèmes viande conventionnels autonomes sont aussi plus économes en charges opérationnelles (260 €/ha) que les laitiers (363 €/ha), contre respectivement 542 et 868 €/ha pour les moins autonomes, il est possible qu’en réduisant un peu “trop” les intrants pour être (trop ?) économe, cela impacte la productivité sans couvrir la baisse du produit viande. Dans ces fermes la maîtrise agronomique et zootechnique est peut-être à vérifier avant de conclure à un antagonisme entre autonomie et économie : usage de leviers d’autonomie ne signifie pas leur bonne maîtrise, ni leur adéquation au contexte pédoclimatique (tableau).

Pourquoi ces systèmes peuvent s’améliorer

Associer cultures et élevage pour accroître l’autonomie a été moins étudié que les systèmes spécialisés en élevage ou en cultures. Combiner des leviers d’autonomie et d’économie en systèmes avec cultures et élevage, doit probablement se faire différemment selon que l’on soit producteur laitier ou allaitant. De nouveaux projets sont en cours à ce sujet et permettront de faire progresser les systèmes avec élevage, en partenariat entre Institut de l’élevage et Chambre d’agriculture.

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