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Aviculture : pas de trésorerie à sortir

Guillaume et Patricia Rauline sont à la tête d’un poulailler de 1 800 m2 à St-Sylvain (14). Six bandes sortent par an mais sans sortie de trésorerie. Une intégration assumée.

« Schéma d’intégration 3 prix ». Si le vocable « intégration » dégage une consonance négative dans l’esprit de certains, le triptyque « prix » a de quoi rassurer. « Les prix sont négociés une fois par an. Au 1er janvier, on connait le prix d’achat des poussins et de l’aliment ainsi que le prix de vente des poulets finis. Les frais vétérinaires sont également pris en charge. On perd un peu en liberté mais on gagne en sécurité», affirme Guillaume Rauline, céréalier et producteur de volailles à St-Sylvain (entre Caen et Falaise-14). 

Doublement de la production en 1998
Guillaume Rauline a en fait poursuivi l’activité démarrée par ses parents en 1986. Mais avec la construction d’un second bâtiment en 1998, il a, avec sa femme Patricia, doublé sa capacité de production autour du poulet de chair, voire de la dinde. Avec leurs 1 800 m2, nos aviculteurs sortent 6 bandes par an. Objectif : ne pas dépasser les 2 kg en 35 jours. « Tout est programmé. On suit un planning et ce n’est pas si mal que ça, avouent-ils, d’autant plus qu’au niveau trésorerie, on n’a rien à sortir. Zéro autofinancement ».
Et si intégration rimait avec contractualisation ? N’est-ce pas là un peu le schéma que revendiquent les producteurs de lait : connaître en début de campagne le prix d’achat de l’aliment et le prix de vente du lait avec un volume variable uniquement à la marge ? D’autant plus que les prix sont négociés au sein du conseil d’administration du groupement dans lequel siège une douzaine d’éleveurs.

De la technicité
Mais intégration ne signifie pas uniformisation. « Il faut être performant. Ce qui compte, c’est le résultat technique. La marge, c’est un volume produit multiplié par un prix. Marge qui nous sert à payer nos annuités bâtiments, l’électricité et les assurances. Ce qui reste, c’est le revenu », insistent Guillaume et Patricia. Le volume de production varie selon deux critères. Premièrement, le prix du poulet étant fixé en amont, il peut être déconnecté du prix du marché quelques mois plus tard. Les abatteurs peuvent donc jouer sur la durée des vides sanitaires pour réguler quelque peu l’offre et la demande. Dans ce cas, priorité sera donnée aux nouveaux investisseurs pour ne pas trop les pénaliser.
Mais c’est surtout dans le poulailler que tout se joue. Taux de mortalité, indice de consommation, croissance, gestion de la ventilation, gestion des litières (....), « Il faut mettre les animaux dans les meilleures conditions possible. Cela est étroitement lié à la performance des bâtiments. Il faut sortir un maximum de poids », préviennent Guillaume et Patricia. Les enjeux sont de taille. Les marges au m2 peuvent varier de 6 à 11€. Presque du simple au double ce qui change tout. On ne s’improvise pas aviculteur.


Plus d’engrais de fond
Grâce aux nouvelles technologies et à l’automatisation, dont celle de la pesée, produire de la volaille n’est pas très chronophage. « 1 h à 1h 30 par jour quand tout va bien », estiment nos aviculteurs avec un peu de temps étalé dans la journée et selon le stade des animaux pour la surveillance. Le gros du boulot, ce sont les vides sanitaires : une semaine de curage - nettoyage et 3 à 4 jours pour tout remettre en place. Guillaume et Patricia délèguent parfois comme ils délèguent la corvée de l’enlèvement. C’est une équipe de 8/10 personnes qui s’en charge. La volaille, c’est aussi de l’emploi en dehors des abattoirs et des ateliers de transformation, de l’emploi de proximité mais pas toujours facile à pourvoir à écouter les intervenants. Reste l’environnement et la cohabitation dans ce bout de campagne très « rurbanisé ». Aucun problème de voisinage se félicitent-ils « mais nous étions là avant ». Ils sont néanmoins au taquet et ne disposent plus d’espace pour développer l’activité.
Qu’importe puisque le point d’équilibre semble atteint. Ils produisent suffisamment d’effluents d’élevage pour leurs céréales. « Cela fait 15 ans que je ne mets plus d’engrais de fond », conclut Guillaume. Quand production industrielle, environnement et économie se conjuguent.

PAROLE D’EXPERT : Benoît Hue (Sanders)
L’OP (Organisation de Producteurs) Sanders Ouest (affiliée à Glon Sanders et propriété du groupe Avril) revendique 163 éleveurs dont une cinquantaine en Normandie. Son parc bâtiments atteint 205 000 m2 « mais nous sommes à la recherche de 80 000 m2 rien qu’en Normandie », assure Benoît Hue, technicien avicole. Les 3 abattoirs partenaires, SNV Fléchard à La Chapelle-d’Andaine (61) et Laval (53), Labrouche à Verneuil-sur-Avre (27) et Ramon à Javron (53) et Lassay-les-Châteaux (53), sont en effet à la recherche de volailles. « Il faudrait créer 50 bâtiments d’environ 1 500 m2 dans les 3 à 4 ans à venir pour répondre à la demande et pallier au vieillissement des éleveurs dont les poulaillers, parfois vétustes, ne seront pas repris ».  Cette activité peut s’inscrire dans le cadre d’une diversification « mais un site de 3 500 à 4 000 m2 peut fournir du travail à 1 UTH qui peut en vivre », assure Benoît Hue.

La technicité paye
En vivre bien ? « La technicité paye. Il faut viser un indice de consommation le moins élevé possible tout en produisant un maximum de kg. Les marges varient de 6 € à 10 €/m2 en poulet soit un différentiel de 14 000 € pour un atelier moyen en fin d’année ». 
Reste le bien-être. Celui de l’animal, l’Europe en a fait son dada avec des normes plus ou moins justifiées. 
Celui de l’éleveur, « les nouveaux poulaillers n’ont rien à voir avec les anciens. L’ambiance à l’intérieur est extraordinaire. Tous les automatismes déployés, par exemple celui de la pesée, permettent un gain de temps phénoménal tout en sécurisant la production. On dispose d’alertes sur téléphone... Il faut être juste pointilleux et technique et, dans ce cas, ce n’est plus un complément de revenu mais un revenu à part entière ». 
Pour attirer les jeunes, l’OP aide financièrement les néo-investisseurs. 15 €/m2 pour un coût de 250/ m2 plus une aide de 5 €/tonne de vif. « Soit 10 % d’aide globale en dehors des PMBE sur un budget moyen de 300 000 €, résume Benoît Hue avant de conclure : un jeune sera toujours privilégié au niveau du planning ».

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