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Viande : questions à Sébatien Debieu
Beaucoup de compassion pour les éleveurs mais peu d’actions en leur faveur !

Suite au mot d’ordre de la FNB et afin de faire le point avec les abatteurs sur la feuille de route établie par l’interprofession en novembre dernier, les représentants de la section viande bovine FDSEA et JA du Calvados ont rencontré les représentants des abattoirs de Villers Bocage et St Pierre sur Dives le 27 janvier. A la SOVIBA (Villers Bocage), les éleveurs ont été reçus par Etienne Beisse, responsable des achats, et à St Pierre sur Dives, c’est le président d’EVA, Henri Demaegdt avec qui ils ont pu s’entretenir. Daniel Courval, responsable viande FDSEA assure “il faut maintenir la pression, ce sont des opérations d’envergure nationale qui font avancer le dossier viande”. Explications avec Sébastien Debieu, responsable viande des Jeunes Agriculteurs du Calvados.

Les éleveurs avaient bloqué l’abattoir en novembre. Ils sont retournés demander 
des comptes.
Les éleveurs avaient bloqué l’abattoir en novembre. Ils sont retournés demander
des comptes.
© (Photo d'archive)

Pourquoi, malgré le plan de revalorisation de la filière mis en œuvre depuis la fin d’année dernière les cours de la viande restent-ils si bas ?
Sébastien Debieu : D’après la SOVIBA, le marché dans notre région s'explique par une forte augmentation d'abattage sur le mois dernier (+20 à 30%) en raison d'une pénurie de fourrages sur les exploitations cumulée à un ralentissement de la consommation. Les mesures mises en œuvre dans le cadre du plan de revalorisation auraient à peine permis de limiter l'effondrement des cours, sinon ce serait plus catastrophique aujourd'hui! Les abatteurs compatissent et nous disent clairement que le marché doit impérativement décoller  pour améliorer la situation des éleveurs !

Quelle est la position des abatteurs face à la grande distribution ?
S.D. : Nous leur avons rappelé l'évolution des prix : le prix en grande distribution entre 2000 et 2010 est passé de 5,37€/Kg à 6,64€/Kg alors que dans le même temps le prix producteur est passé de 2,54€/Kg à 2,75€/Kg ! Comment l'expliquent-ils ? Leurs réponses divergent, mais sont finalement complémentaires. Pour l’un, le rapport CHALMIN n'est pas suffisamment précis car il mélange la grande distribution et les abattoirs. Il faut que les GMS acceptent de payer le produit aux abatteurs plus cher pour qu'ils puissent nous acheter nos produits entrée abattoirs plus cher, car ils ont aussi à faire face à une augmentation des charges (renforcement politique sanitaire, charges salariales...). De son côté, le président d’EVA, nous dit que ce n'est surtout pas la faute des GMS en démontrant que leur marge n'est que de 20 %. Sauf que vu de notre côté, même si 20 % lui semble faible, ce n'est pas une paille avec ces volumes distribués.
Alors en résumé, l'un nous dit clairement que c'est la faute des GMS, lui permettant par la même occasion de ne pas trop parler de ce qui se passe concrètement chez lui. Et l'autre nous prouve que les GMS ne sont pas si heureuses qu'on peut l'entendre n'hésitant surtout pas à nous faire part de sa situation. Il nous rappelle qu'il ne pèse que 1,5% du marché. Au final, l’un comme l’autre ne peuvent effectivement que compatir à notre situation catastrophique !

Le développement de l’export est-il un début de solution ?
S.D. : Pour tous les deux, il y a encore de gros efforts à faire sur le marché de l'export. Pour la SOVIBA, l'export est difficile malgré les volontés d'assouplissement annoncées par l'état. Exemple, pour envoyer un JB en Turquie, il faut obligatoirement le numéro d'origine de la mère, et là, les délais sont encore trop longs. Parfois, un camion reste bloqué dans la cour 4 jours en raison de ce délai qui ne devrait être que de 24h00! De plus, il faut s’assurer de la solvabilité des clients et cela demande du temps.
Pour EVA, le marché de l'export doit s'organiser. Un GIE export est indispensable. Les clients à l'export ne veulent généralement pas d’un unique  camion et un abatteur n'a pas forcément la capacité de mettre, à lui seul, 5 camions  à l'export en une fois.

Quand aux fameux contrats dont parle le ministre de l’agriculture pour 2012 ?
S.D. : Ils estiment que la contractualisation pourrait « peut-être » améliorer la situation des éleveurs à condition que les GMS acceptent également de garantir les prix sur la même durée. Ils semblent tous les deux perplexes mais au fond, que pouvons nous, les producteurs que nous sommes, en déduire: La contractualisation est peut-être un des outils qui nous permettrait de ré-équilibrer notre rapport de force qu'aujourd'hui, nos groupements d'achat ne savent pas faire!
Clairement, notre situation est certes déplorée par ces industriels mais finalement, ne leur est-elle pas favorable?

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