Aller au contenu principal

Bernard Guillard (président de "Carottes de France") : "ne pas sacrifier une génération"

Président de "Carottes de France", Bernard Guillard indique clairement que la pérennité de sa production sur notre territoire dépend de l'efficience, chimique ou alternative, de la lutte contre les nématodes. Président aussi de l'OP (Organisation de Producteurs) Légumes d'Agrial (coopérative multi filières), il considère qu'il faut sortir l'agriculture de la morosité ambiante. Sinon, "on risque de sacrifier une génération", craint-il.

Bernard Guillard, producteur dans la baie du Mont-St-Michel et président de l'OP Légumes d'AGRIAL, est le président de Carottes de France. Il a succédé à Vincent Schieber.
Bernard Guillard, producteur dans la baie du Mont-St-Michel et président de l'OP Légumes d'AGRIAL, est le président de Carottes de France. Il a succédé à Vincent Schieber.
© TG

Pourquoi ce thème à l'occasion de la première journée technique de "Carottes de France" ?
Quand on produit des carottes, on doit et on devra de plus en plus faire face à un certain nombre de défis. Le nématode en est un, le désherbage un deuxième, la lutte contre les insectes un troisième...
On travaille depuis plusieurs années, dans la Manche, sur la rotation des cultures et sur des méthodes alternatives de lutte. Reste que, pour l'instant et concernant le nématode, nous n'avons pas d'autres solutions que de recourir au chimique avec un produit qui ne bénéficie pas d'autorisation pérenne. Donc "oui", le nématode est un dossier délicat mais qui n'est pas spécifique à la Manche. C'est un problème aussi en Aquitaine, dans le Sud Est et en d'autres bassins d'Europe.

Vous êtes-vous fixé un calendrier ?
Il ne suffit pas de dire "je veux une solution". Nous avons face à nous des consommateurs qui nous demandent de modifier sensiblement nos pratiques mais on ne tire pas un trait comme cela sur 50 ans de pratiques agricoles.
Cependant, il existe des alternatives sur lesquelles nous avons bien avancé. Je pense notamment au voile anti-insectes sur navet mais ce n'est malheureusement pas reproductible sur les carottes.

Pourquoi ?
Tout d'abord parce que les surfaces sont trop importantes. Ensuite, parce qu'un filet qui empêche les insectes de pénétrer dans les carottes confine les feuilles dans une humidité et donc une ambiance favorable au développement d'autres maladies. Il faut donc bien mesurer le plus qu'apportent les méthodes alternatives mais aussi leurs travers. Chaque médaille a son revers. C'est toute la justification de nos expérimentations.

Lors de vos débats, on a eu l'impression que si les règlementations sont européennes, leurs mises en application diffèrent selon les frontières?
Effectivement, d'un pays à l'autre, les vitesses d'avancement ne sont pas tout à fait les mêmes. Effectivement, on peut déplorer qu'en France, on veuille toujours courir devant alors que, par exemple, les Belges et les Hollandais ont une approche plus pragmatique, une approche plus économique.

C'est pénalisant pour le producteur français ?
Oui à court terme. Je dois admettre que nous avons, avec l'administration, une relation de travail qui nous permet, sans nous donner toutes les solutions, au moins d'ouvrir des portes de façon à appréhender plus sereinement certaines problématiques.
A plus long terme, le fait que la France souhaite s'exonérer d'un certain nombre de remèdes (contre un certain nombre de maladies en référence au plan de lutte méloidogyne) signifie aussi plus de prophylaxie, plus d'hygiène, plus de contrôles aux frontières (...) pour éviter que les maladies ne rentrent chez nous.

En décembre dernier, dans le cadre de l'opération Normandi' Vert-Cité, vous battiez le pavé parisien avec vos collègues de la Manche pour "dénoncer une situation difficile où les prix de revient sont plus élevés que les prix de vente". La pression syndicale a été payante ?
On peut affirmer, presque un an après, que la pression syndicale a encouragé pour le moins nos clients à favoriser la production française.
Nous n'avons pas forcément vendu plus cher mais comme le volume était là, on a passé la fin de la campagne "ni bien, ni mal". C'est peut-être cela une année blanche après le gros coup de vent d'il y a deux ans.

Et quid de la campagne à venir ?
Depuis 3 mois, nous vivons des cours plutôt orientés à la hausse.
Il semblerait que l'offre en tous légumes soit moindre par rapport à l'an dernier. On peut donc espérer mais ne crions pas victoire trop vite. Il n'y a que 2 mois 1/2 de passés sur 10 mois de campagne.

Stéphane Le Foll était il y a quelques jours à Moscou pour tenter de lever l'embargo russe. Il pèse encore ?
Bien sûr. S'il n'y a pas eu de produits détruits, c'est parce que les opérateurs se sont tournés vers d'autres marchés, y compris les nôtres. Si le commerce reprend avec Moscou, ça va enlever de la morosité ambiante. Je suis administrateur de ma coopérative, je le constate dans toutes les filières. Il faut que ça bouge sinon on va sacrifier toute une génération.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

Une 1re rencontre de femmes agricultrices a eu lieu mardi 16 juin 2026 à Vire, dans le Calvados, à l'initiative de la FDSEA 14.
Être agricultrice en 2026, c'est être partout à la fois
La section des agricultrices du Calvados (FDSEA) a organisé son 1er événement "Viens me raconter ça au déjeuner", mardi 16 …
Dans cet épisode de canicule, les agriculteurs doivent "jouer la prudence sur tout le territoire normand, pour préserver les hommes, le matériel et éviter des départs de feu incontrôlables" lors des moissons, souligne Sylvain Delye, président de la FDSEA de l'Orne.
Canicule 2026 : les moissons entravées par des interdictions dans certains départements normands
Les premières interdictions de travaux dans les champs sont tombés en ce début de semaine à cause du risque d'incendie au cours…
La passion de l'élevage partagée en famille chez les Debons, notamment quand le prix de l'élevage récompense leur travail, ici à Vire le 13 juin 2026.
Blonde d'Aquitaine : Stéphane Debons se prépare au concours à Saint-Hilaire-du-Harcouët
Stéphane Debons, éleveur installé avec son frère David à Noron-l'Abbaye (région de Falaise), devrait emmener cinq ou six animaux…
Mardi 30 juin, près de sept hectares de parcelles agricoles ainsi qu'une moissonneuse-batteuse ont pris feu dans un champ de Val-au-Perche. Le préjudice sur les cultures est estimé à plusieurs milliers d'euros.
La moissonneuse prend feu et 7 ha partent en fumée : dans l'Orne, c'est l'heure de l'expertise
Mardi 30 juin 2026, près de sept hectares de parcelles agricoles ainsi qu'une moissonneuse-batteuse ont pris feu dans un…
Alban Gosselin, originaire de la Manche, finit premier sur le podium du concours de jeunes présentateurs, au côté des juges du jour.
Alban Gosselin, consacré meilleur jeune présentateur à Vire
Le concours jeunes présentateurs a consacré Alban Gosselin, jeune éleveur de 18 ans de la Manche, au festival de l'élevage de…
Les ventes PMS se déroulent en dehors du territoire normand.
Journées PMS 2026 : la relève normande donne rendez-vous à Frossay
Grand rendez-vous de la génétique normande, les Journées PMS se dérouleront les 1er et 2 juillet 2026 au GAEC des Sept-Lieux, à…
Publicité