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Elevage allaitant
Bien choisir la période de vêlages

Le choix de sa période de vêlage permet de s’adapter aux conditions climatiques de son exploitation et conditionne son système d’exploitation, la gestion et la conduite de son troupeau.

L’optimisation de la conduite de son troupeau allaitant et les résultats technico-économiques qui en découlent passent par une bonne maîtrise de la reproduction et une conduite en lots des animaux. Les vêlages groupés permettent de rationaliser le fonctionnement de son système et de répondre à ces exigences, contrairement aux vêlages étalés subis, sources de nombreuses dérives.
Historiquement, les vêlages de printemps étaient majoritaires dans notre région, principalement dans toutes les zones herbagères. Depuis une quinzaine d’années, nous constatons un avancement des périodes de vêlages dans de nombreuses exploitations qui s’orientent vers des vêlages d’hiver ou d’automne pour des raisons diverses : problèmes sanitaires, périodes de commercialisation plus favorables, recours à l’I.A… Ces évolutions ne sont pas sans conséquence sur les itinéraires techniques, les coûts de production et les besoins en bâtiment.
Le choix de la période de vêlages par l’éleveur doit intégrer de nombreuses contraintes : bâtiment, parcellaire, main d’œuvre, race, orientation du système, …
Principaux éléments discriminants dans le choix de la période de vêlage :
- le système fourrager en place et ses contraintes ;
- le type de production défini : naisseur, naisseur-engraisseur de bœufs ou naisseur-engraisseur de jeunes bovins (tableau 1).

Atouts et inconvénients des deux grandes périodes de vêlages
- Conditions pédoclimatiques
Dans les zones où la pousse de l’herbe est continue et fournie pendant l’été, la valorisation des repousses par un nombre important d’animaux est optimisée par les vêlages de printemps. A contrario, sur les exploitations où le manque d’herbe peut apparaître en début d’été (zones séchantes), il est intéressant de faire coïncider le sevrage avec cette période. (vêlages automne ou début d’hiver).
- Alimentation
En fin de gestation, les vaches ont des besoins alimentaires limités et un état d’engraissement trop important est source de difficultés au vêlage.
Ainsi, dans le cadre de vêlages de fin d’hiver et printemps, l’alimentation hivernale peut se limiter à la distribution de foin pour animaux en fin de gestation (restriction alimentaire). En plus de générer un faible coût de production, cette ration ne nécessite que très peu de mécanisation. Elle s’adapte également à une stratégie de simplification de l’alimentation recherchée par les éleveurs lors de l’agrandissement des troupeaux (distribution d’un fourrage unique pour plusieurs jours). A la mise à l’herbe des vaches fraîchement vêlées et durant les mois suivants, la pousse de l’herbe est maximum et de qualité. Elle permet sans difficulté de couvrir les besoins élevés liés à la production laitière et assure la nécessaire reprise d’état des vaches pour une fertilité optimale.
Pour les vaches qui vêlent à l’automne, elles peuvent bénéficier de la pousse de l’herbe si celle ci est tardive mais doivent être complémentées rapidement en fourrage de qualité dès lors que les conditions climatiques viennent à se dégrader (mise en bâtiment recommandée).

- Mode de reproduction
Les éleveurs souhaitant recourir majoritairement à l’insémination artificielle devront privilégier une période de vêlage précoce. En effet, la présence des vaches en bâtiment pendant la période de reproduction simplifie cette pratique (meilleure détection des chaleurs et manipulations et contention facilitées). Le recours à l’IA en période printanière  reste possible mais demande d’avoir des moyens de contention adaptés au pâturage et la détection des vaches en chaleur est plus difficile. Dans le cas de la monte naturelle, un soin particulier doit être apporté à la surveillance du taureau qui doit assurer les saillies fécondantes.

- Sanitaire
Généralement, les élevages où la période de vêlages est soit très précoce (fin d’été) soit très tardive (mars-avril) rencontrent moins de maladies pulmonaires et digestives (baisse de la mortalité). A contrario, une attention toute particulière doit être apportée aux veaux nés au printemps dans le cadre de la gestion du parasitisme (strongles, douves, …) pendant la saison de pâturage.

- Logement des animaux
Les surfaces de vie nécessaires par catégorie d’animaux doivent intégrer la période de vêlage. Il faut compter 2 à 3 m² en moins pour un couple mère-veau dans le cadre d’un vêlage de printemps par rapport à un vêlage d’automne où il faut prévoir des aménagements spécifiques (distribution de concentré et de fourrages aux jeunes veaux). Par ailleurs, les quantités de paille nécessaires à la litière sont nettement réduites en cas de vêlages de printemps.

- Dates de commercialisation de la production
Généralement réservés aux systèmes naisseurs, les vêlages de printemps peuvent présenter l’inconvénient de mettre les broutards en vente à l’automne, période déjà largement approvisionnée par les grands bassins allaitants de production. Les cours sont donc généralement moins rémunérateurs à ce moment de l’année.
Dans le cas de vêlages d’automne, les broutards sont mis en vente en période où les sorties sont généralement réduites et donc avec des cours relativement favorables. Cette tendance se vérifie aussi pour les systèmes naisseurs engraisseurs de taurillons ou de bœufs qui sont mis en marché en périodes généralement plus favorables.

Les résultats technico-économiques d’un système naisseur tout herbe en vêlage de printemps sont plus favorables comparativement à des vêlages d’automne
L’Institut de l’élevage, en partenariat avec le réseau d’élevage de Champagne Ardennes a réalisé une étude comparant un même système naisseur herbager de 150 ha, selon qu’il soit conduit en vêlages d’automne-début d’hiver ou en vêlages de fin d’hiver-printemps (tableau 2).
Au niveau d’autonomie fourragère constante, les besoins hivernaux moindres pour les vêlages de printemps (- 55 kg de fourrages/UGB hiverné) permettent d’augmenter le nombre de vêlages de 100 à 104.
Le niveau de chargement et la valorisation de l’herbe légèrement plus élevés en vêlages de printemps sont permis grâce à une bonne adéquation entre la pousse de l’herbe et les besoins des animaux qui la consomment.
Une parfaite maîtrise de la gestion du pâturage est indispensable pour maintenir une production brute de viande vive par UGB satisfaisante (- 9 kg par rapport au système en vêlages d’hiver).
Parallèlement, la quantité de concentrés consommés est en diminution de 145 kg/UGB, du fait des faibles besoins alimentaires des vaches en période hivernale.
Compte tenu de la meilleure valorisation de l’herbe et de la moindre consommation de concentrés, le système en vêlages de printemps permet une bonne maîtrise des charges opérationnelles (- 24 €/ha de STH par rapport à l’autre période de vêlages). En conséquence, la marge brute est améliorée de 34 €/ha de STH et le ratio EBE/produit de 2 %.
Dans un contexte de prix des intrants élevés, le vêlage de printemps semble le plus adapté pour les systèmes  herbagers. Il conviendra sans doute beaucoup moins pour les systèmes de polyculture élevage, plus souvent engraisseurs et moins soumis à la volatilité des prix, notamment sur les postes alimentation et paille.
Autre alternative pour les troupeaux de taille importante, la double période de vêlage permet de diviser la charge de travail sur deux périodes et s’adapte bien aux vêlages à 30 mois pour les génisses. Toutefois, cette solution nécessite beaucoup de rigueur pour limiter l’étalement des vêlages tout au long de l’année.

Patrick CARTOUX
Chambre d’Agriculture de l’Orne
Pour l’équipe des réseaux d’élevage viande bovine de Normandie

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