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Bio et non labour : est-ce possible ?

Le sujet est un vrai défi car le labour a un grand rôle de désherbage en agriculture biologique. Peu de fermes se sont déjà lancées en Agriculture Biologique de Conservation. Les nouveaux essais du Programme Reine Mathilde implantés sur le Gaec Guilbert près de Villers-Bocage (14) tentent d'apporter leur pierre à l'édifice. Tout comme les Rencontres de l'Agriculture Biologique de Conservation y ont aussi contribué.

Après 10 années de travaux sur l'autonomie alimentaire des systèmes bovins en AB, le programme Reine Mathilde prend une nouvelle direction en regardant maintenant de plus près le sol, et plus particulièrement les effets d'un non labour comparé à un labour en agriculture biologique.
En effet, nombreux sont les agriculteurs à se poser la question de l'arrêt du labour. Qu'ils soient déjà en techniques sans labour en conventionnel ou éleveurs bio ne sachant pas se passer de la charrue, tous se rejoignent à penser qu'il faut trouver des systèmes de culture moins bouleversants pour le sol et sa vie biologique. De plus, cette préoccupation est transversale à la plupart des productions, que ce soit en élevage ou en grandes cultures.
Le nouveau dispositif compare ainsi deux conduites de travail du sol : labour et sans labour, appliquées sur une diversité de cultures. Ces différentes conduites culturales posent des questions sur le salissement, la structure du sol, la biodiversité dans le sol, l'évolution de la matière organique, le temps de travail, la consommation de carburant, les charges de mécanisation, la marge brute ou nette.

Principes du dispositif pluriannuel Reine Mathide
La diversité des cultures repose sur la conduite de 2 rotations différentes :
o Une rotation « type élevage » avec cultures fourragères et grains autoconsommés
o Une rotation « type cultures » qui comprend des céréales de vente
Chaque rotation sera soumise à 2 stratégies de travail du sol : l'une avec labour, l'autre sans labour.
Chaque année, pendant 3 ans, une nouvelle rotation démarrera suite à une destruction de prairie âgée de 5 ans (ou plus), c'est la partie jugée délicate !, et les cultures s'enchaineront dans l'ordre des rotations choisies. L'essai a débuté en février 2019 avec des cultures de printemps. C'est la 2e campagne qui est en cours maintenant.

Sans labour, c'est-à-dire ?
Une conduite « zéro labour » avec travail superficiel du sol, c'est-à-dire sans strip-till, ni semis direct.
Avec labour, c'est-à-dire ?
Le dispositif permet un labour par an, mais s'il y a 2 cultures dans l'année, l'une peut être implantée sans labour. On se rapproche ainsi d'une « conduite agriculteur » classique.

Quel est le matériel utilisé ?
Pour la transposabilité, nous avons fait le choix d'utiliser le matériel disponible sur la ferme, c'est-à-dire un matériel non spécifique aux techniques sans labour : un outil animé à axe horizontal pour détruire la prairie (rototiller), un déchaumeur à pattes d'oie, une herse rotative couplée au semoir. Pour le désherbage mécanique, nous pourrons recourir à la herse étrille, la houe rotative et la bineuse.
Un sol toujours couvert : un couvert sera présent en inter-culture si les rotations ne permettent pas l'enchaînement direct des cultures.


Entendu aux Rencontres de l'agriculture biologique de conservation
Evènement complémentaire au nouveau dispositif Reine Mathilde, ces Rencontres de l'ABC se sont tenues en janvier 2020 à Rambouillet. Elles ont accueilli 80 participants dont moitié d'agriculteurs, pour la plupart débutants en ABC et souvent avec des systèmes grandes cultures sans élevage.
o Le Semis Direct en bio semble illusoire, dixit des praticiens qui testent cette technique. Les Techniques Sans Labour avec un travail superficiel du sol sont celles qui permettent de concilier réussite de la culture avec moindre perturbation
du sol.
o Le semis dans des couverts vivants n'est pas toujours facile mais réalisable. La luzerne est difficile à calmer et sera à éviter comme plante de couverture permanente. Le trèfle blanc semble quant à lui plus conciliant, en le ralentissant avec un rotavator au moment du semis de la culture.
o Pour réussir la destruction d'une prairie (ou d'une luzerne) sans labour : il faut combiner plusieurs éléments. Le premier sera de saisir les créneaux météo avec de l'évaporation, c'est-à-dire en été, même si l'été est pluvieux. Les conditions moins évaporantes du printemps et de l'automne seront beaucoup plus risquées. La deuxième clé de réussite tiendra dans l'utilisation d'outils animés à axe horizontal type rototiller ou herse rotative, en travaillant peu profondément pour couper les plantes prairiales sous leurs collets ou sous leurs plateaux de tallage. Il sera aussi judicieux de relever les plaques arrières de l'outil pour une projection qui déposera en dernier les éléments plus légers comme les plantes. Enfin, l'installation d'un couvert étouffant à installation rapide, par exemple un colza fourrager, sera un allié important surtout si la culture à venir est une culture de printemps.
o La complémentarité fournie par le système polyculture élevage ou la réintroduction d'élevage en système polyculture montre plusieurs atouts : la destruction des couverts par le pâturage, la valorisation de cultures ratées par le troupeau, la valorisation de la luzerne ou des prairies en rotation avec les cultures.
o Nourrir le sol comme le rumen d'une vache : il faudra veiller à équilibrer énergie et azote pour nourrir les êtres vivants, et à leur apporter des sources fermentescibles d'énergie et d'azote.
Ces rencontres ont aussi laissé des questions grandes ouvertes. Quelle est la durabilité des systèmes ABC en grandes cultures ? Peu de fermes ont vraiment du recul aujourd'hui... Est-ce qu'un labour opportuniste détruit vraiment la vie du sol ? La flore de champignons et mycorhizes est-elle liée aux conditions de l'Agriculture de Conservation ?

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