Aller au contenu principal
E-mailPrintFont SizeFacebookTwitter

Bois : “il faut raisonner filière”

Ingénieur agronome à la retraite, Léon Letenneur est à l’origine d’une étude sur la filière bois-énergie. Valoriser la haie pour qu’elle ne devienne pas une charge est le leitmotiv de ce sexagénaire, riche d’idées pour que la filière soit compétitive.

© SB

Originaire de Marchésieux (Manche), et revenu à la retraite sur sa commune d’origine, Léon Letenneur a fait toute sa carrière professionnelle outre-mer. L’Afrique, l’Asie, l’Amérique centrale ont été ses terres. Et aujourd’hui, certains objets en témoignent comme son bureau venant du Pakistan, un tableau d’Afrique… Pour autant, il n’a jamais oublié ses racines familiales. Ingénieur pour le CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), il a eu l’habitude de conduire des études sur différentes filières, tout en ayant à l’esprit le développement économique.

30 ans plus tard
De retour à Marchésieux, il s’est donc penché sur la filière bois. Il est parti d’une première étude réalisée sur la commune manchoise en 1978 qui retraçait les haies, la consommation des habitants… Une trentaine d’années plus tard, l’état des lieux n’était plus le même. Un état des lieux réalisé avec le soutien de la présidente de la Communauté de communes Sèves-Taute, Anne Hébert, la Chambre d’agriculture et tous les acteurs investis dans le domaine du bois, bénéficiant d’aides notamment de la Région et de l’Europe pour conduire ces nouveaux travaux.

Une production divisée par 6
Sur la commune de Marchésieux, le bilan est sans appel. “Le linéaire a été divisé par 2,5. Ce n’est pas catastrophique. Mais la production de la haie a été divisée par 6. Là, c’est plus grave” souligne Léon Letenneur. Certes, le paysage reste bocager. Mais il faut en prendre soin, le gérer de manière durable pour le préserver. Il en a la certitude. Il en fait donc son cheval de bataille.

La première chaudière collective
Alors, au travers de l’ADEN (Association pour le développement des énergies nouvelles) dont il a été président quelques années, la première chaudière collective est installée à Marchésieux, permettant de chauffer les écoles et la mairie grâce à un approvisionnement en
plaquettes. “A l’époque, en 1982, c’était pilote” reconnaît-il. La commune a essuyé les plâtres parce qu’il fallait fignoler les réglages. Ce qui n’a pas découragé la municipalité il y 7 ans quand la chaudière a rendu l’âme. Elle l’a remplacée par une nouvelle chaudière bois qui alimente en plus la médiathèque. “Une décision intelligente” soulignée par Léon Letenneur. “On pourrait même aller jusqu’à créer un réseau de chaleur” rêve cet ancien ingénieur.
Au niveau du Conseil général de la Manche, qui depuis de nombreuses années soutient le paysage bocager, il a équipé pas moins de 14 collèges de chaudières bois, nécessitant 2 600 tonnes de bois déchiqueté par an. Ce qui est un élément essentiel pour le développement de la filière.

Tenir le coup
Pour tenir le coup, il n’y a pas de multiples solutions. A ses yeux, “la haie doit être un élément du système de production agricole. Cela veut dire que la haie ne doit pas être une charge pour l’exploitant agricole, qu’il doit externaliser les travaux ou qu’il les fasse lui-même, qu’il en reçoive un bénéfice”. Mais pour cela, il faut valoriser la filière. “Il faut sans cesse démontrer l’intérêt de la haie” martèle Léon Letenneur, et trouver la méthode pour que la haie soit entretenue à moindre coût. C’est ce que la Chambre d’agriculture tente de faire en définissant des “itinéraires techniques”.
Aujourd’hui, avec la nouvelle PAC, la haie fait partie de la surface agricole. Or, “pour l’agriculteur, elle est bien souvent une charge”. Si aucun plan de gestion durable n’est mis en place, la haie risque de ne pas apporter tout le rendement escompté.

Organiser la filière
Le constat, que Léon Letenneur a réalisé, le conduit à penser qu’il faut “favoriser les petits réseaux de chaleur en imposant du bois local”. Et il va même plus loin. “Créons l’OPEB, l’organisation des producteurs d’énergie bocagère” à l’échelle de la région, voire de la France. “Je rêve un peu en disant cela” explique-t-il. Mais peut-être pas tant que ça puisque les propositions de l’AFAC (Association française arbres champêtres et agroforesteries) vont dans ce sens, et qu’elles sont prises en compte par le ministère de l’Agriculture. Selon Léon Letenneur, “c’est la solution pour que le Bocage tienne le coup”.

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout l'Agriculteur Normand.

Les plus lus

ELISE HEBERT
« Si je n’essaie pas, je serai déçue »
Anxieuse, mais bosseuse, Élise Hébert, 22 ans, est salariée de l’entreprise de travaux agricoles Vandecandelaère, à Saint-Manvieu…
MARC BUON ET SA FILLE JULIE
Marc revit et fait sa rééducation en allant voir ses vaches
Agriculteur à Loucelles, ancien président de la FDSEA du Calvados et ancien vice-président de la Safer Normandie, Marc Buon est…
Une bouteille de cidre par semaine éloigne la crise et sauve le verger
Il suffirait que chaque foyer normand achète une bouteille de cidre par semaine pour sauver la filière cidricole malmenée par la…
John Deere : le premier 8R sur les routes du pays d’Auge
Les établissement Ruaux ont vendu et livré le premier tracteur John Deere 8R/370 en Normandie. Visite complète au champ.
Élodie et Baptiste Leclerc (50)
Témoignage d'Élodie et Baptiste Leclerc, éleveurs de veaux à Le Mesnilbus (50)
Élodie et Baptiste Leclerc élèvent des veaux à Le Mesnilbus (50) en intégration chez Denkavit. Âgés tous les deux de 31 ans, ils…
Agneau du Gaec Le vent des marais
Un nouvel abattoir en vue ?
Fin 2018, l’abattoir de Beuvillers fermait définitivement ses portes. Un abattoir de plus qui, en stoppant son activité, a eu…
Publicité