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Calvados
Caen la Mer risque l’embourbement

Dans la Plaine de Caen, 70 % des terres labourables sont impactées par la politique de l’eau. Les contraintes environnementales s’empilent cuisinant un mille-feuilles agricolo-indigeste. Le COPA EAU 14 dit “stop”. Il a décidé un moratoire sur l’épandage des boues de stations d’épuration de l’agglomération Caen la Mer.

Marc Van Doorne est un des 180 agriculteurs du département a accepter sur ses terres les boues d’épandage des stations d’épuration de Caen la Mer. Aujourd’hui, il doute. “Nous faisons cela pour rendre service aux collectivités mais les collectivités et autres acteurs de l’eau ne nous écoutent pas. On a du mal à comprendre les nouvelles directives qui nous tombent dessus et qui nous imposent une diminution des doses d’azote sur les zones de captage. En parallèle, ces parcelles peuvent accepter les boues urbaines sans aucune contrainte”. Agriculteur à Cambes-en-Plaine, Marc Van Doorne a donc décidé de s’associer au moratoire sur l’épandage des boues. Moratoire décidé par le COPA EAU 14. “Il y a une incohérence entre le fait que les collectivités acceptent de mettre des boues de station sur les parcelles tout en voulant mettre encore plus de contraintes sur l’épandage des nitrates”, insiste à son tour Yves Julien, président du COPA EAU 14. 

Un combat collectif
COPA EAU 14 regroupe de nombreuses OPA et notamment toutes les composantes syndicales agricoles (FDSEA, JA, Confédération paysanne, URDAC) . Il vient d’envoyer un courrier aux agriculteurs concernés leur demandant “de suspendre la signature des contrats avec l’ensemble des stations d’épuration de boues. Nous vous demandons aussi, dans la mesure du possible, de suspendre l’épandage des boues dès ce printemps. Il en est de même pour les déchets verts avec une norme NFU contenant des boues de stations (MIATES)... L’unité et la mobilisation de chacun seront déterminantes pour convaincre et faire partager nos convictions”, conclut le courrier.
Unanimité de la profession donc dans ce dossier qui permet de penser que la lutte contre les contraintes environnementales imposées aux agriculteurs n’est pas l’apanage d’un chevalier fusse-t-il tout blanc mais constitue bien au contraire un combat collectif où personne ne doit  tirer la couverture à soi. 
“Depuis plus de 20 ans, la profession agricole du Calvados, comme en Normandie et en France, est confrontée à une avalanche de mesures environnementales, d’arrêtés préfectoraux, de directives européennes (...). Tous en liaison avec la protection de l’eau et la lutte contre les nitrates, enchaîne Yves Julien. Cet empilement de mesures devient incompréhensif, confus, aux yeux du monde agricole qui a l’impression que l’administration, les collectivités, les syndicats d’eau, voire nos concitoyens ne tiennent pas compte de l’engagement, des efforts et résultats que les agriculteurs accumulent depuis la mise en œuvre des premières mesures environnementales sur l’ensemble de la Zone Vulnérable du Calvados dans les années 1990 et de l’application du premier programme de la Directive Nitrates”.  Et quand la profession parle d’empilement, encore ne s’agit-il là que d’un euphémisme à en juger par cet inventaire  :
- mise en place des couverts végétaux intercultures ou CIPAN,
- obligation de 100 % d’intercultures ou CIPAN sur sols nus l’hiver en ZPPN sur 77 000 ha principalement en plaine ,
- application de la méthode du bilan pour calculer la dose d’engrais azoté nécessaire aux cultures comme les céréales à paille,
- interdiction de dépasser 210 hg/ha de fertilisation azotée provenant des fumiers des bovins ou engrais minéraux,
- obligation d’intercultures couvrant 80 % des sols nus de la Zone Vulnérable,
- Obligation de réaliser une analyse de terre mesurant en sortie hiver la teneur résiduelle des sols en nitrates...
“Cette année, à lui seul, le LANO (Ndrl : laboratoire interprofessionnel) a réalisé plus de 3 000 analyses de teneurs en nitrates dans le sol en sortie hiver sur l’ensemble des terres labourées du Calvados. Ce qui représente des analyses de terre sur une superficie de plus de  60 000 ha, insiste Yves Julien. Nous devons être un des seuls départements de France où la profession agricole en accord avec les services de l’Etat a rendu obligatoire ces analyses. Cette année encore, les analyses montrent des teneurs faibles en nitrates”. 
On comprend, dans ces conditions, l’inquiétude provoquée par l’élaboration de la 5ème Directive Nitrate. Le préfet vient de nommer un groupe d’experts qui va travailler très rapidement. Le premier arrêté devrait sortir en juin. 

Composition du COPA EAU 14
AGRIAL, ARPT, Association CAPTAGES 14, Chambre d’Agriculture du Calvados, Coopérative Isigny-Ste-Mère, Coopérative de Creully, Confédération Paysanne, Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Jeunes Agriculteurs du Calvados, FDSEA 14, URDAC, Syndicat des producteurs de lin, Syndicat des producteurs de pommes de terre, Syndicat des irriguants, SDPPR 14.

 

Impact
Dans le Calvados et principalement en Plaine de Caen, plus de 6 mesures environnementales cohabitent. Elles vont de la protection des captages d’eau en passant par les ZPPN et les AAC (Aires d’Alimentation des Captages). Les AAC viennent d’être déterminées par arrêté préfectoral le 16 décembre 2011. L’impact géographique de ces mesures se situe aux alentours de 80 000 à 100 000 ha sur une superficie de 380 000 ha. Ces mesures environnementales représentent 40 % des terres labourables du département (70 % en zone de plaine). Et le COPA EAU de rappeler que, via le port de Caen, l’agriculture exporte entre 300 000 et 400 000 tonnes de céréales et de protéagineux.

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