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A Cagny, bras de fer pour l’obtention d’indemnités

A la suite de l’échec des négociations pour la reprise de l’usine de Cagny, les planteurs font face à un nouveau refus de la part de l’industriel allemand de négocier une indemnité compensatrice de fin de production. Alors que la campagne démarre, ils manifestent aujourd’hui devant l’usine.

© TG

ll Patrick Dechaufour est Président de la CGB Calvados, Orne, Sarthe. Pour lui, la situation est claire : « L’objectif de Saint Louis Sucre est de partir de Cagny sans donner un kopeck aux planteurs »

>> Vous appelez à une mobilisation des planteurs suite à un nouveau refus de Saint Louis Sucre. Sur quoi porte ce refus ?
Dès l’annonce de la fermeture de Cagny, le 14 février 2019, notre priorité a été de travailler sur une offre de reprise du site industriel pour continuer à cultiver la betterave à sucre sur nos exploitations. Le plan de reprise porté par les planteurs a été rejeté par Saint Louis Sucre et Südzucker ; Benoît Carton a réitéré en dernier lieu notre offre, le 18 juillet dernier au cours de l’AG Südzucker à Mannheim à l’ensemble des actionnaires allemands. Face à ce refus du groupe allemand, et à l’inaction du gouvernement, l’usine va s’arrêter en fin d’année 2019 pour sa dernière campagne betteravière.
Notre priorité dans le contexte actuel, est de pouvoir établir avec Saint Louis Sucre, un plan de sortie, un plan d’accompagnement…peu importe le nom donné, un plan d’indemnités pour tous les planteurs intégrant la perte de marge brute dans le cadre de l’arrêt de la culture de la betterave.
Concernant un plan d’indemnités des planteurs, nous avons souhaité être factuel sur notre demande et nous avons donc réalisé une étude d’impacts économiques entre une exploitation moyenne de la Plaine de Caen avec betteraves et demain sans betteraves dans son assolement (voir encadré). Les données de marges brutes par culture émanent du CER Normandie. Cette étude ne prend pas en compte les investissements réalisés dans le cadre du développement des volumes 2017 ni l’impact agronomique de nos assolements sans betteraves. Notre objectif était de pouvoir signer un accord rapidement, avant la campagne betteravière, afin de solder cette dernière campagne dans un climat le plus serein possible dans un contexte compliqué de fermeture d’usine. Au bout de deux réunions avec Saint Louis Sucre, le fabricant a repoussé notre demande d’indemnisation ; prétextant un mauvais calendrier, en proposant de discuter plutôt en fin de campagne et non pas sur un plan d’indemnités pour les planteurs mais davantage sur un plan de diversification type plan protéine, ou fourrage, luzerne... Saint Louis Sucre souhaite donc jouer la montre, avec une proposition sans élément concret et qui ne concernerait qu’une infime partie des planteurs.
C’est de l’enfumage, SLS continue de se foutre des planteurs. Son objectif est de partir de Cagny sans donner un kopeck aux planteurs ! Que voulez vous que les planteurs fassent devant un tel comportement de l’industriel et un tel mépris ? Notre objectif était de tout mettre en œuvre pour faire cette dernière campagne en toute sérénité malgré une amertume non quantifiable…mais avec Saint Louis Sucre, rien n’est possible, ce n’est que provocation…notamment encore sur la date de démarrage de cette année : 18 septembre, pour finir avant le 25 décembre et avec un rendement en berne dû à la sécheresse… les mêmes demandaient des longues campagnes il y a encore 12 mois…

>> Face aux planteurs qui récupèrent les eaux terreuses, l’entreprise a pourtant accepté de relever les indemnités.
Les 40 à 50 planteurs qui reçoivent sur leurs parcelles les eaux terreuses ont un pouvoir de blocage parce que SLS a besoin de sortir les eaux de sucrerie pour fonctionner. SLS réagit seulement aux rapports de force ou aux obligations juridiques.
Le PSE plutôt bien négocié avec les salariés de la sucrerie de Cagny a été accepté pour la même raison.

>> Quelle serait la suite de cette mobilisation ?
Si les planteurs sont solidaires et très motivés, on est 500 devant l’usine, on ne se laisse pas faire et on bloque jour et nuit tant que SLS conçoit de revenir à discuter un plan d’indemnités pour les planteurs. Ou alors les planteurs, fatigués et écœurés par cette situation, feront leur campagne et passeront à autre chose.
Dans ce cas, on s’orientera vers des procédures juridiques. Mais on ne sait pas où ça ira. Et tous les planteurs ne seront pas concernés car les 200 planteurs de l’Eure pourront pour la plupart être transférés sur Etrépagny ; et d’ailleurs dès cette campagne.

llll  Soutien total de la FDSEA 14
Xavier Hay est secrétaire général de la FDSEA 14.
« La FDSEA du Calvados apporte un soutien total à la CGB, association spécialisée betteraves, rattachée à la FNSEA. Nous avons appelé tous nos adhérents à participer à la mobilisation de ce matin, y compris ceux qui ne sont pas planteurs. En particulier les éleveurs qui seront impactés par un manque de pulpe dès l’année prochaine. A l’initiative de Christiane Lambert, la FDSEA a rencontré les conseillers agricoles du Premier ministre. Ils ont répondu que tout était légal et qu’ils ne pouvaient rien faire. Le plus haut sommet de l’Etat n’a pas pris la mesure des conséquences de la fermeture de notre sucrerie. Par ailleurs, la FDSEA appuie la démarche de l’association Eaux terreuses de la plaine de Caen qui négocie actuellement avec SLS une augmentation de l’indemnité supérieure aux 400€ accordés par l’industriel. »

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