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Cagny : la campagne la plus longue

A la suite du refus du groupe allemand Südzucker, détenteur de la marque Saint-Louis Sucre, de négocier toute offre de reprise, l’assemblée générale de la CGB Calvados, Orne, Sarthe a agité plusieurs solutions d’actions, mercredi 26 juin 2019. Face à l’intransigeance des Allemands et à l’aune du démarrage de la dernière campagne betteravière, le rapport de force semble être la seule solution possible.

Dans le foyer rural de Cagny, à quelques encablures de l’usine convoitée par les planteurs de betteraves, l’assemblée générale de la CGB Calvados, Orne, Sarthe fait salle comble. Il fait chaud dehors, mais la salle est fraîche. Les planteurs sont venus chercher le résultat de la rencontre de la veille avec les directeurs de Südzucker. Pourtant, Patrick Dechaufour se fait attendre. Il faut passer les obligations statutaires de l’assemblée générale, refaire l’historique de la mobilisation depuis le 14 février, remercier les différents soutiens politiques. Quand enfin, le président prend la parole.

Où en est-on ?

Patrick Dechaufour rappelle les deux scénarios qu’il avait en tête en se rendant à Mannheim mardi 25 juin avec Pierre Raye et Franck Sander, directeur et président de la CGB France.
« Soit le groupe allemand refuse notre projet de reprise. Auquel cas, nous travaillons sur un projet hors-sucre, nous cherchons à obtenir des dommages et intérêts pour les planteurs et nous envisageons toutes les actions juridiques possibles. » Soit, deuxième scénario, une négociation exclusive s’ouvre.

Que s’est-il passé ?

Les Français ont rencontré deux des quatre membres du directoire du groupe : Thomas Kirschberg et Wolfgang Heer. « On n’a rien lâché, assure Patrick Dechaufour annonçant déjà le climat difficile. On a vraiment exploré tous les champs des possibles ». L’offre pour la reprise de la seule usine de Cagny a été renchérie jusqu’au maximum. « On a proposé des partenariats à envisager, de la diversification », en proposant d’ouvrir vers l’éthanol, d’être facilitateurs pour les deux usines restantes. « Rien n’a réussi à les faire évoluer, ajoute-t-il. Ils ont fait preuve d’un mépris très gênant. »

Et aujourd’hui ?

La salle est glaciale. Franck Sander tente de la réchauffer en appelant les planteurs à « ne pas baisser les bras ». « Il va falloir répondre aujourd’hui à la question : jusqu’où sommes-nous prêts à aller ? Voulons-nous nous battre jusqu’au bout ? »
Les adhérents répondent par la colère d’abord et évoquent de mauvais souvenirs, « ça se passe comme dans le lait en 2009 après la fin des quotas », rappelle ce planteur ; et interpellent le gouvernement : « pourquoi ne fait-il rien ? » « Je suis très déçu à ce jour du positionnement d’Edouard Philippe, renchérit, amer, Jean-Yves Heurtin, président de la Chambre d’agriculture du Calvados. En tant qu’élu normand, il est urgent qu’il prenne la mesure de l’enjeu et qu’il se mouille dans ce dossier ». Un dossier que les planteurs jugent désormais du ressort du Ministère de l’Industrie et plus seulement de l’Agriculture.

Pistes

Puis rapidement, des leviers d’action émergent. Un groupe de travail s’est déjà mis en place avec la mission de trouver des alternatives et des nouveaux débouchés pour faire perdurer la culture de la betterave près de Cagny. Des start-up ont contacté Franck Sander avec des projets innovants. Ce dernier évoque aussi la possible valorisation de la betterave par l’élevage ou la méthanisation. Toutes les pistes juridiques devront être explorées pour l’obtention de compensations pour les planteurs et les ETA.

« Il faut continuer à maintenir la pression sur le groupe allemand », entend-on dans la salle, à travers les actions syndicales notamment, et engager les consommateurs, le préfet et les politiques (comme l’action au Leclerc d’Ifs, cf. l’édition du 27 juin). Une irruption au sein de l’assemblée générale de Südzucker le 18 juillet est envisagée. Autre pression possible : entraver le bon déroulement de la toute dernière campagne betteravière. Dans la salle, Loïc Touzé, représentant FO des salariés de l’usine, révèle que le groupe a déjà vendu le sucre à des clients locaux, « ils ont l’obligation de le livrer », fait-il savoir. C’est la fin de la réunion, maintenant, il fait chaud. Le planteur Benoît Lefébure résume cette fin de réunion, « le 6 juin était le Jour le plus long, eh bien faisons tout pour que ce soit la campagne la plus longue pour Südzucker ». Il est applaudi. On retiendra la phrase. François-Xavier Hupin, président de JA Calvados en profite pour appeler, du fond de la salle, au blocage de l’usine le soir même. Le rapport de force semble désormais être la seule issue.

80 000 €
C’est le montant de l’indemnité moyenne, négociée par les représentants des syndicats de salariés, à Paris, lundi 17 juin 2019, avec la direction de Saint-Louis Sucre. « Le montant varie de 45 000 à 250 000 € selon l’âge, l’ancienneté et la catégorie professionnelle », annonce Loïc Touzé, représentant FO à Cagny et central. L’indemnisation a été négociée pour un départ volontaire à la fin de la campagne 2020. Le représentant syndical n’est « pas surpris par la décision des Allemands » de fermer la porte aux négociations mais plus par l’annonce de 50 millions d’euros de travaux sur les sites d’Etrépagny et Roye : « on en découvre tous les jours ».

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