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Catherine Leffray, présidente de la filière «Volailles» d’Agrial : «reconquérir notre territoire»

Installée en lait et céréales à Etival-Les-Mans (72) en 1986, Catherine Leffray et son mari ont diversifié l’exploitation familiale en 1990 avec un atelier volailles de 1200 m2. Elle assume, depuis 2011, la présidence de cette filière au sein d’Agrial. Partant du constat que 44% de la volaille consommée en France vient de l’extérieur, elle appelle à reconquérir le territoire. Explications. 

Catherine Leffray au Sapce entourée de Benoit Bourrée (responsable développement Agrial) et Pierre Clément (directeur de l’OP volaille Agrial). 
Catherine Leffray au Sapce entourée de Benoit Bourrée (responsable développement Agrial) et Pierre Clément (directeur de l’OP volaille Agrial). 
© TG


>> La filière volaille n’est pas impactée par la crise. Comment l’expliquez-vous?

On peut même considérer qu’il s’agit là de la seule filière animale épargnée. L’explication principale, ce sont les «contrats». Dès le départ, on connaît le prix de l’aliment et le prix de vente du vif. La marge brute est donc assurée à condition bien sûr d’une bonne maîtrise technique. C’est tout autant vrai dans le standard que dans le label. Depuis que je fais de la volaille, je n’ai jamais perdu d’argent. Je n’en ai pas toujours gagné non plus parce qu’une crise sanitaire peut toujours arriver mais le solde est positif. On peut donc parler de production sécurisée.

>> C’est de l’intégration?

Non. On peut parler d’intégration quand l’éleveur n’assume aucun intrant : énergie, médicaments, produits sanitaires... Dans ce cas, quand le lot sort, l’intégrateur déduit toutes les charges.Le fonctionnement Agrial est autre. Je reçois toutes mes factures que j’honore avec une ouverture de crédit pour couvrir mes frais d’élevage avant de vendre.

>> Et ça vous coûte plus cher?

Non. En système intégré, les intrants représentent un surcoût qui dépasse généralement celui d’une ouverture de crédit.


>> Agrial est en quête de m2 de poulaillers supplémentaires alors qu’elle a vendu ses outils d’abattage en début d’année. C’est  contradictoire?

Ces outils d’abattage ne dégageaient pas de marge. Ils étaient dans le rouge. Même si Agrial a les  reins solides, il a fallu s’en séparer avec regrets mais nous n’avons laissé aucun éleveur sur le bord de la route. Parallèlement, nous avons su rebondir avec LDC. Notre partenariat est ambitieux et durable. LDC nous demande de produire plus.

>> Vous avez chiffré ce besoin en surfaces supplémentaires?

En tenant en compte aussi de la problématique du renouvellement des générations, la moyenne d’âge des producteurs de volailles se situe entre 45 et 55 ans, notre objectif est d’atteindre 35 % de m2 en plus d’ici 5 ans.


>> Vous avez ciblé un profil type?

Géographiquement non. Il faut être à portée de camion d’un abattoir mais comme LDC dispose de multiples outils, ça ne pose pas de difficultés majeures à l’échelon du territoire de la coopérative.Au-delà, tout le monde peut faire de la volaille. Après, il faut que la banque suive. C’est généralement le cas en label, un peu moins vrai en standard.

>> Même un céréalier peut se lancer?

S’il a l’âme d’un éleveur, pourquoi pas ? Je pense aussi aux producteurs de lait qui souhaitent arrêter cette activité.


>> Quel est le montant du ticket d’entrée?

Pour une activité de diversification, aujourd’hui 1500 à 2000 m2, il faut compter 280 €/m2. Un investissement subventionné à différentes hauteurs selon le cas par la coopérative.


>> La quantité de travail constitue-t-elle un facteur limitant?

Pas véritablement. Il y a des pointes de travail (enlèvement, nettoyage...) pour lesquelles il faut se faire aider ou que l’on peut déléguer mais une fois le lot en place, ce ne sont que quelques heures par jour grâce à l’automatisation de nombreuses tâches récurrentes. Il faut de la rigueur et de la surveillance mais c’est beaucoup moins d’astreintes qu’un atelier lait par exemple.


>> C’est long de faire aboutir un projet?

Un projet de bâti constitue toujours un processus qui demande du temps. Il faut compter 18 mois environ.C’est parfois un peu compliqué aussi à cause de nos contraintes franco-françaises et du poids de l’environnement. Le consommateur veut manger français mais ne veut pas d’un poulailler au fond de son jardin.


>> Poulet label ou standard, que conseillez-vous?

Le label est plus «tendance» mais 44 % de la volaille consommée en France vient de l’extérieur et c’est du standard. Du standard produit avec des normes moins contraignantes que les nôtres. Nous devons donc reconquérir ces parts de marchés. Derrière tout cela, il y a de l’emploi à la clé. Les politiques et les élus doivent en prendre conscience.

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