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A Le Plessis Lastelle dans la Manche
Céréales : et si on passait au tout triticale

Sur les 12 ha de céréales qu’il cultive chaque année, Marc Lecoustey en consacre une moitié au blé, l’autre au triticale. Mais si vous l’interrogez : “et pourquoi pas tout triticale ?”, il vous répond : “c’est une vraie question !”

Marc Lecoustey : “je ne connais pas d’agriculteurs qui ont essayé le triticale pour l’abandonner ensuite”.
Marc Lecoustey : “je ne connais pas d’agriculteurs qui ont essayé le triticale pour l’abandonner ensuite”.
© TG

Il faut parfois savoir écouter son voisin. C’est ce qu’a fait Marc Lecoustey, producteur de lait et de taurillons à Le Plessis Lastelle à quelques encablures de Carentan (Manche), il y a une dizaine d’années. C’est en effet sur les conseils avisés d’un de ses homologues (Bruno Lecacheux de Montebourg) qu’il s’est essayé au triticale.

Des raisons agronomiques et une histoire de cochons
A côté de ses 25 ha de maïs, Marc Lecoustey cultive chaque année une dizaine d’hectares de céréales. Des parcelles saines, notamment grâce au drainage, mais des parcelles parfois à la structure fragile et au potentiel  limité. C’est en réponse à ce handicap que le triticale a fait sa place dans l’assolement. “On sème le triticale généralement 15 jours avant le blé, vers le 15/20 octobre, après un maïs. En fin d’automne, le triticale sera donc plus développé qu’une autre céréale et résistera mieux à une éventuelle période pluvieuse pénalisante à cause du phénomène de battance”, explique notre éleveur. 
L’autre atout du triticale par rapport au blé, et on ne l’attendait pas forcément sur ce terrain, c’est que cette céréale n’est guère appréciée des sangliers. Sans doute à cause de ses longues barbes qui leur restent en travers de la gorge. Marc Lecoustey l’a constaté il y a quelques années sur une parcelle de blé dont seulement les fourrières avaient été implantées en triticale. Un blé labouré au stade laiteux, un triticale snobé par les sangliers.

82 q/ha sur 5,5 ha
En ce 12 août, notre agriculteur a battu ses 5,5 ha de triticale. Pas encore son blé. Le rendement atteint 82 quintaux, autant voire plus qu’un blé avec un fongicide en moins.
Quasi égalité donc côté rendement mais côté paille, large avantage au triticale. “7,5 à 8 T/ha, c’est un argument supplémentaire”, lâche Marc Lecoustey. D’autant plus qu’elle est largement appréciée par les élèves, les vaches taries et les taurillons et se substitue au foin. “En terme de marge et si l’on considère la paille, il n’y a aucun risque à remplacer le blé par du triticale. D’autant plus en conditions climatiques difficiles”, analyse au bilan notre éleveur. Même si le prix d’acompte affiche un retard de 7 e compensés par moins d’intrants (un fongicide en moins et seulement 140 à 150 unités d’azote).

Des progrès génétiques
La conduite culturale du triticale ne pose pas de problèmes particuliers. Seules quelques précautions élémentaires sont à prendre comme le choix variétal (Martinal ou Bellac au Plessis Lastelle) et un semis clair (100 à 110 kg selon le poids de 1 000 grains) qui tient compte d’une capacité de tallage impressionnante. Côté protection, le triticale ne nécessite qu’un ou au plus deux fongicides (éventuellement à 3/4 de dose) selon la pression. “Il ne faut pas oublier un durcisseur pour éviter la verse (Modus à 0,3/0,4 l/ha)”, rappelle Marc Lecoustey. Depuis une vingtaine d’années, la génétique a également apporté un plus : plus de précocité et une facilité de battage améliorée.
Alors à la question “qu’est-ce qui vous empêche d’abandonner totalement le blé au profit du triticale ?”, Marc répond : “c’est une vraie question que je me pose vraiment !” Agronomiquement et économiquement au plan individuel, ça passe sans problème. “Mais il faut appréhender l’aspect filière”, tempère Marc Lecoustey par ailleurs président de la FD Cuma de la Manche.

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