"Cette loi d'urgence est très importante pour le milieu agricole"
Après l'adoption de la loi d'urgence agricole il y a quelques semaines, le président de la FDSEA, Xavier Hay, détaille des dispositions nécessaires à l'avenir agricole et ouvre la porte aux parlementaires.
Quelles sont les dispositions les plus marquantes selon vous ?
L'article sur les tunnels de prix qui défend le principe de bornes minimale et maximale pour encadrer la négociation des tarifs d'achat aux producteurs. Sans prix, il n'y a pas de revenus. Dans les têtes, on commence à comprendre qu'il ne faut pas être en dessous de coûts de production. Le marché libéral pur ne permet pas un maintien des prix et des revenus suffisants. La grande distribution a fortement réagi contre cette mesure. Ça doit les gêner. Or, on ne peut pas avoir des prix très bas et des normes très hautes.
Il y a aussi la notion de préférence européenne dans la restauration collective publique, avec l'interdiction des produits non européens. Elle va renforcer la loi Egalim. Ça met les actes en cohérence avec les discours : mangeons local. Je pense qu'on avait un trou dans la raquette. Si on ne trouvait pas de produits locaux français, on allait chercher ailleurs, à l'étranger jusqu'à maintenant. Demain, avec l'application de cette loi, ça pourrait changer.
Quels seraient les bénéfices de cette loi d'urgence pour les producteurs du Calvados ?
Ce n'est pas propre au Calvados. Sur l'acétamipride, par exemple, cela renforce le principe du "pas d'interdiction sans solution", qui était notre demande. La loi concourt à œuvrer pour ce que l'on fait depuis le départ
Pour l'eau, comme la Manche, cela nous concerne, mais on n'a pas encore de projet d'irrigation de grande échelle, contrairement à d'autres départements. Cette loi d'urgence va peut-être nous aider à réfléchir à cette question des réserves d'eau et à poser des jalons pour l'avenir. On le voit bien cette année que la question est prépondérante, dans tout le département, notamment sur le maraîchage dans le Bessin, mais aussi dans la plaine de Caen. Les exploitants historiques ont besoin de sécuriser leurs forages.
En quoi l'engagement des parlementaires sur cette loi a-t-il été significatif ?
Trois parlementaires sur les neuf du département (sénateurs et députés) ont voté favorablement. Deux se sont opposés. Quatre se sont abstenus. Je remercie très sincèrement les parlementaires qui ont voté pour : cette loi est très importante pour le milieu agricole. Je m'attriste que certains se soient abstenus, surtout quand ils sont issus de circonscriptions rurales. Pour ceux qui ont voté contre, je pense qu'ils n'ont rien compris au monde agricole. Cela traduit qu'ils sont favorables, en quelque sorte, à l'achat d'alimentation importée. Nous aurons l'occasion d'en reparler lors de la rentrée parlementaire, en septembre.