Chez les Jeunes agriculteurs, Luc Chardine tire sa révérence
C'est le clap de fin pour Luc Chardine à la présidence des Jeunes agriculteurs de la Manche, lui qui a " porté la voix de la jeunesse agricole ", pendant six ans comme président et plus largement pendant 10 ans, sa durée d'engagement au sein du syndicat agricole.
L'assemblée générale des Jeunes agriculteurs du 20 mars dernier s'est clôturée par une pluie d'applaudissements dans l'amphithéâtre du lycée agricole Saint-Lô Thère. Et pour cause, il s'agissait de la dernière de Luc Chardine, président depuis six ans du syndicat, atteint par la limite d'âge et après y avoir passé 10 ans. Pour cette dernière assemblée, il aura eu aussi le privilège d'avoir le dernier mot, le préfet étant en période de réserve électorale en raison du second tour des élections municipales. " Je prendrai ce privilège avant de partir ", sourit-il.
Porter la voix de la jeunesse agricole
L'occasion pour lui de revenir sur cette décennie au cours de laquelle il a " porté la voix de la jeunesse agricole ", et ce jusqu'au dernier moment face aux " enjeux climatiques, sanitaires, conjoncturels ". La manifestation devant les grilles de la préfecture du 17 mars dernier en est la preuve pour dénoncer une ultime dérogation pour l'entretien des haies jusqu'au 31 mars, obligeant les agriculteurs à faire des démarches administratives. " Une décision hors sol qui plombe notre agriculture ", commente-t-il.
Pour Luc Chardine, l'engagement a commencé à la base, dans son canton de Condé-sur-Vire, là où il est installé sur la ferme familiale en production laitière et avicole. " C'est là où tout commence ", souligne-t-il. Il est arrivé au bureau départemental deux ans plus tard avant d'endosser le rôle de président des Jeunes agriculteurs de la Manche en 2020, élection qui s'est déroulée à Roncey en plein Covid, dans un bâtiment désaffecté et désinfecté. Il a succédé à François Rihouet, aujourd'hui président de la Chambre d'agriculture et qui l'avait encouragé dans ce parcours syndical tout comme Jean-François Osmond. " Pourtant, je n'étais pas destiné à cela ", affirme-t-il. Pendant ces années, il s'est installé, fait face au départ en retraite de ses parents, embauché une salariée, construit un bâtiment de stockage et de la production d'énergie.
Vu de nombreux premiers ministres
Ces six années de présidents auront été marquées " par de nombreuses rencontres, y compris de nombreux Premiers ministres. Vous me direz, il y en a eu tellement que cela aurait été pas de bol de ne pas en croiser un ", sourit-il. Lui qui a " donné de son temps pour défendre notre métier, notre agriculture départementale " a vu trop de politiques qui " décident sans avoir vu une ferme ni enfilé des bottes, avec une vue de Paris ou de Bruxelles, alors que notre métier s'exerce sur le terrain. Tous ces idéologues venus de nulle part détruisent eux-mêmes un métier dont ils ne connaissent même pas les fondements ", insiste-t-il. " Si certains préfèrent manger des cailloux, c'est leur choix. Mais la grande majorité des Français veulent manger des produits de qualité et c'est ce à quoi s'attachent les producteurs locaux ", poursuit-il.
Des moments intenses et éprouvants
Parmi les faits marquants, autre que les mobilisations qui restent des moments " intenses et éprouvants ", il garde en mémoire les universités d'hiver d'Angers en décembre 2021 où l'âge d'éligibilité a été porté de 35 à 38 ans. " Ce fut un énorme changement pour le réseau et cela m'a permis de rester plus longtemps ". En effet, Luc Chardine a été renouvelé dans ses fonctions en décembre 2023, quelques jours avant ses 38 ans.
Pour le président manchois, " le combat syndical n'est pas fini. Il reste beaucoup de batailles à aller chercher ", assure-t-il. À tout juste 40 ans, il garde son âme de compétiteur qu'il a déployé dans sa passion du kayak polo et le sens du collectif qui constituent son ADN.
Il est à ce stade administrateur de la FDSEA. Mais comme beaucoup de ses prédécesseurs, " JA un jour, JA toujours ", c'est aussi sa devise. " JA, ce n'est pas seulement un réseau, c'est aussi une famille. JA, c'est un syndicat de propositions et non de destructions. Chez les JA, il y a des vraies valeurs, des vraies idées, de vrais combats et du bon sens ", martèle-t-il. Et aujourd'hui, c'est dans sa ferme et auprès de sa future épouse, Marie et ses deux enfants, Lucas et Alice qu'il va se ressourcer.
Il faudra attendre début avril pour connaître la personne qui lui succédera.