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Chez Thierry : un goût de montagne dans les collines du Pays d’Auge

En 2001, Thierry Leroux (producteur de lait à Courtonne-les-deux-Eglises-14) cultivait encore 40 ha de maïs ensilage. Un peu plus de quinze ans plus tard, il n’en récolte plus que 12 ha sous forme de grain ou d’épi. Le système fourrager de sa centaine de laitières repose sur une grande prairie de 90 ha et le séchage en grange de 35O t de foin/an.

© MF

Déformation professionnelle ! De ses vacances à la montagne, Thierry Leroux en a retiré un grand intérêt pour les systèmes « herbe ». Installé en 1986 à Courtonne-les-deux-Eglises (14) et rejoint par son épouse Cécile en 2006, il produit 700 000 litres de lait pour le compte de la Fromagerie E. Graindorge transformés en produits AOP (voir encadré). En 2001, l’exploitation cultive encore 40 ha de maïs ensilage. « Je ne voulais plus faire de foin », se souvient-il. L’herbe a été longtemps le parent pauvre : trop pauvre en énergie, trop tributaire de la météo...» Et pourtant.

90 ha d’herbe
Un peu plus de 15 ans plus tard, l’assolement a été revisité. Base de l’alimentation de la bonne centaine de laitières normandes : 90 ha d’herbe dont 1/3 de prairies naturelles, 4 ha de betteraves fourragères et 12 ha de maïs récoltés en grain ou en épi. 
A l’origine de ce virage à 90o, la technologie du séchage en grange encouragée par la Fromagerie E. Graindorge. Après plusieurs visites en Bretagne, Thierry Leroux se lance en  2005. Il sèche désormais 350 t de foin par an grâce à un système de récupération de chaleur sur le toit. « Cela nous permet de gagner 5 à 6o C».

350 t de foin séché/an
Cette technique, à l’autochargeuse, lui permet de récolter le fourrage 24 h, voire 48 heures, plus tôt. « L’optimum est de ramasser à 65 % de MS (Matière Sèche) pour arriver à 85 % le plus rapidement possible ». En période de beau temps, ce sont ainsi 50 t/jour qui sont engrangées « en couche d’un mètre représentant 15 t, l’équivalent de 5 ha environ ».
Le séchoir dispose de 3 cases (2 grandes et une petite) afin d’offrir un maximum de surface. « Mon objectif est de faucher plus souvent pour récolter plus d’herbe et une herbe de meilleure qualité ». Pour sécuriser son système, l’éleveur vise un stock de report suffisant pour passer les années sèches.
Mais de manque d’eau, il n’en est pas question en ce printemps 2018. C’est même le trop-plein, favorisant la pousse mais handicapant la portance des sols, qu’il faut maitriser. « En matière d’herbe, il y a encore beaucoup à faire concernant les méthodes de culture ; notamment sur la gestion des excédents », reconnait Thierry Leroux.
A ce titre et dans ce coin du Pays d’Auge, on pratique le pâturage dynamique : « un maximum de 3 jours dans la même parcelle ». Revers de la médaille, les déplacements.
« 1 500 km/an en quad pour amener et ramener les vaches .» Dernier point cultural sur lequel insiste notre éleveur : le nettoyage des prairies en les fauchant à minima 1 fois/an.

Ensilage d’herbe : du bien et du moins bien
Reste qu’entre le pâturage qui se joue de la pluie en terrain portant et un bon foin qui nécessite une fenêtre de tir de 6 à 7 jours, des alternatives existent comme l’enrubannage ou bien encore l’ensilage d’herbe. « Un très bon aliment, assure Thierry Leroux, mais attention aux butyriques très pénalisants à la fabrication de certaines AOP fromagères. Sur ce plan, la taupe et ses taupinières peuvent s’avérer rédhibitoires. Biodiversité : avantages et inconvénients ! Une biodiversité que notre éleveur protège à travers par exemple l’entretien de 12 km de linéaires de haies. Montant de la facture : «7 000 € par an. C’est une charge énorme mais si c’est une mission d’utilité publique, pourquoi ne pas en mutualiser le coût ?», propose-t-il et d’inviter les consommateurs au respect des équilibres pour que vivent les terriroires. 
« Les OGM, je ne sais pas si c’est bon ou pas bon pour la santé et il ne m’appartient pas d’ailleurs de porter un jugement. Même chose sur le glyphosate. Je n’ai surtout pas envie de polluer la planète... Mais si on interdit l’utilisation de ses produits en France, pourquoi autorise-t-on leur importation indirecte jusque dans l’assiette du consommateur ? Cela crée une distorsion de concurrence inacceptable et incompréhensible. C’est même contre-productif sur le plan écologique . On laisse se développer à l’autre bout de la planète une agriculture polluante alors que la nôtre est extrêmement plus vertueuse », se fâche Thierry sous forme de réquisitoire.
Il invite donc le consommateur à bien lire le cahier des charges des produits transformés pour qu’il choisisse en toute connaissance de cause. Ça tombe bien, les fromages AOP n’ont rien à cacher.


E.Graindorge : 4 fromages AOP normands et 4 hommes
Depuis 1910, la Fromagerie E. Graindorge est spécialisée dans la fabrication des 4 fromages AOP normands. Elle veille à valoriser le lait cru, la race normande et les fabrications dans le respect des règles établies par les Appellations d’Origine Protégée. Si les méthodes ont changé, l’esprit lui demeure.
Eugène Graindorge : le fondateur. Fermier, fromager puis affineur, Eugène Graindorge fonde la fromagerie en 1910. A cette époque les fromages étaient fabriqués dans les fermes et vendus aux affineurs. Comme tous ses amis, il transforme le lait de ses vaches en Livarots. Le « Grand Père » devient lui même maître affineur en 1920 et s’installe à Livarot. A son tour, il achète des fromages et les affine dans sa ferme de La Perelle.
Bernard Graindorge : l'entrepreneur. En 1958, Bernard Graindorge transforme l’atelier en fromagerie artisanale. Le fils d’Eugène développe la production en collectant le lait dans les fermes alentour. Les tables parisiennes découvrent le Livarot AOP E. Graindorge. Le savoir-faire se transmet de père en fils.
Thierry Graindorge: le passionné. Dès 1970, Thierry Graindorge engage la fromagerie dans un vaste programme de modernisation et de développement des gammes. Pont-L’Evêque AOP, Camembert de Normandie AOP et Neufchâtel AOP rejoignent le Livarot AOP sur le plateau des fromages AOP E. Graindorge. La fromagerie s’adapte à la demande des consommateurs, aux exigences de la distribution et aux normes agroalimentaires, sans rien perdre de l’esprit de ses origines.
Rachetée par Lactalis, numéro un du lait, l’entreprise est  désormais dirigée par Bruno Lefevre, lui-même issu d’une famille de fromagers. Très attaché à son terroir, il a à coeur de poursuivre la transmission d’un savoir-faire plus que centenaire.

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