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Portrait
Chloé : « J’ai un énorme caractère et l’habitude de travailler »

Chloé Normand, 22 ans, est passée par le monde du cheval. Elle est maintenant embauchée comme secrétaire de l’association des salariés agricoles de Normandie. Elle travaille spécifiquement pour les départements du Calvados et de la Manche.

CHLOÉ NORMAND - ASA
Chloé Normand est aussi secrétaire de l’association Rassemblement de sportives normandes (RSN). « Grâce à l’ASA, pour tout ce qui est déclaration, maintenant je sais faire. »
© DR

« Je rêvais d’avoir des chevaux. Je crois que ça me vient des Playmobiles. J’ai cassé les pieds de mes parents et à 9 ans, j’ai eu mon premier poney, Lulu. » C’est non sans une touche teintée de fierté que Chloé Normand dépeint son enfance. La jeune femme de 22 ans assoit d’emblée son tempérament. « Je ne savais même pas monter, s’amuse-t-elle. J’ai appris sur Lulu, j’ai pris des pelles, mais j’ai appris toute seule. » Chloé Normand est la petite sœur de trois grands frères, fille d’un électricien et d’une cuisinière. Ses deux parents travaillent à Caen. Quand son père achète Lulu et le poney de son frère, la famille déménage à quelques kilomètres de Livarot. Le terrain compte 5 ha. « Il y avait beaucoup de place, alors mes parents ont commencé à élever une dizaine de moutons, des poules, des canards et des lapins. Puis ils ont eu deux bœufs pour la viande et deux cochons. Je les ai fait devenir agriculteurs. » Rires.

Calvados, Manche, Orne sans permis B

Aux deux poneys, s’ajoutent deux chevaux, lorsqu’elle est au collège. « Après mon brevet, je voulais me lancer dans une carrière hippique. » Déterminée, elle se rend à la MFR de Vimoutiers. Et entame un bac pro CGEH : conduite et gestion des entreprises hippiques. Chloé travaille en alternance aux écuries de Philippe Chemin, à Granville. « J’habitais dans le Calvados, je travaillais dans la Manche et j’allais à l’école dans l’Orne. C’est pas simple, surtout quand on n’a pas le permis de conduire ! » Trois ans plus tard, elle obtient son bac et décroche un CDI au sein de la même écurie. Elle monte des galopeurs, pour le saut de haies, le cross et le steeple-chase. « Ça se passait très bien, jusqu’à ce que je fasse une grosse chute. Je sortais de piste, au pas. Le cheval a eu peur d’une bâche. Je suis tombée. J’ai pris un énorme caillou dans le dos. Je ne sentais plus mes jambes. » La cavalière est alors immobilisée avec, entre autres, le bassin fissuré d’un côté et cassé de l’autre.

Rechute …

Chloé se sent « remise sur pied au bout de trois quatre mois ». Mais elle décide de quitter le monde du cheval pour voir autre chose, « pour avoir une vie ». Elle travaille alors au drive d’une enseigne de supermarché. « Ça ne m’a pas plu. Je suis retournée dans les chevaux. » Elle décroche un nouvel emploi dans une écurie à Lisieux. Quelques mois plus tard, le 28 juin 2019, rechute. « Ça a réveillé des douleurs, j’ai été arrêtée pendant quatre mois. Puis j’ai été déclarée inapte à monter par la MSA et virée. J’avais trop de séquelles. Je vis avec deux hernies discales », décrit-elle, un peu amère de ne « pas avoir bien pris mon premier arrêt ». Lucide, elle reconnaît un manque de sérieux à l’époque. Chloé Normand, aussi passionnée par les voitures et au chômage, cherche des formations : « j’ai tenté le secrétariat pour travailler dans un garage, mais il fallait de l’expérience. J’ai voulu passer mon permis poids lourds, mais on m’a dit : « on ne veut pas d’une gonzesse des chevaux ». Quand on n’a pas de bac adéquat et qu’une feuille d’inaptitude imposant des restrictions vous suit, c’est compliqué de trouver du travail ».

… et reconversion

En juin, elle tombe sur l’annonce de l’ASA Normandie sur le site internet de Pôle emploi. « J’ai rencontré Philippe Lecanu, Nicolas Mary et Jacky Levesque. Ça s’est très bien passé. J’ai été prise. J’étais vraiment contente de sortir de la galère. » En juillet 2020, Chloé Normand démarre alors comme secrétaire au sein de l’ASA Normandie, mise à disposition pour le Calvados et la Manche. « J’ai passé une semaine avec Constance Guéné à Évreux. Il y a beaucoup d’administratif, le changement est radical, mais ça se passe très bien. » Chloé a pour mission de « redynamiser l’association après la période de confinement ». Elle prévoit d’ailleurs une soirée restau-bowling en octobre. Celle qui a connu le monde du salariat agricole, sait qu’on peut vite « ne plus avoir de vie sociale. L’ASA fait sortir les salariés et leur permet de se retrouver ». Elle doit aussi intervenir, dans le cadre du contrat d’objectifs signé avec la Région, auprès de Pôle emploi, « pour les personnes en reconversion comme moi ». Autre envie en tête : faire adhérer à l’ASA les salariés du Groupement d’employeurs du Calvados comme les vachers du service de remplacement. « J’ai appris à connaître le monde des vaches à Granville. Il ne fallait pas être faignant. J’ai l’habitude de travailler et j’ai un énorme caractère ». Elle espère passer son permis moto bientôt.

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