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Colère des légumiers dans la Manche

Jamais une manifestation dans cette filière n’avait rassemblé autant de producteurs. Vendredi, après une distribution de légumes sur l’A 84, ils sont montés à la préfecture.

© EC

“Allez Madame, prenez le sac, c’est gratuit ; de toute façon, avec ce que nous paye la grande distribution, autant les donner”. Vendredi dernier, dès 10 h 30, 200 légumiers venus de tout le département, à l’appel de la FDSEA et des JA de la Manche, ont commencé à manifester leur colère contre des prix très loin d’être rémunérateurs. Quatre groupes placés stratégiquement aux sorties de l’A 84 à Guilberville, ravitaillés par quelques remorques, ont fait passer à coup de légumes leurs messages. “Les GMS privilégient l’approvisionnement venant d’autres pays comme l’Allemagne, la Hollande, la Belgique ou encore l’Espagne qui n’ont pas les mêmes contraintes sanitaires, sociales et fiscales. Vous voulez une idée de la distorsion ?” lance Jean-Luc Leblond, président de la section légumes FDSEA 50, “les prix pratiqués par les Belges par exemple ne couvrent pas la moitié des coûts de production dans la Manche. A la clé, 3 000 emplois sont menacés”.
Privilégier la production française
Même écho de la part des quelques producteurs bretons, venus soutenir leurs collègues manchois. “Ras-le-bol d’être toujours les sacrifiés de l’agriculture européenne. Ce que nous demandons est simple : les grandes surfaces doivent avoir une attitude citoyenne en privilégiant la production française. Ces mêmes distributeurs doivent nous assurer un revenu en relevant les prix et en garantissant nos débouchés”. La colère grondait donc, sourdement vendredi, dans les rangs manchois. Jean-Michel Hamel, secrétaire général de la FDSEA 50, soulignait, “nous mettons le gouvernement devant ses responsabilités et notamment le ministre de l’Agriculture. Pas question de dégrader quoi que ce soit”. Dure mission que celle de calmer l’exaspération d’une profession à terre dans tous les sens du terme. Après la distribution de Guilberville, les manifestants sont partis vers les bords de Vire pour un solide casse-croute avant de recevoir Claude Travers, député de la Manche, et Éric Beaufils, conseiller général de la Manche. Les deux élus ont écouté les doléances des producteurs, tout comme le directeur de cabinet de la préfecture de la Manche, Pierre Marchand-Lacour.
Face au bâtiment représentant la toute-puissance de l’État, les légumiers ont exprimé, une fois de plus, leur désarroi en accrochant quelques banderoles au portail. “Aujourd’hui, lâche le président de la FDSEA 50, Sébastien Amand, les 200 personnes présentes canalisent encore leur colère. Si le gouvernement ne répond pas à leurs attentes très rapidement, j’ai peur que des actions sauvages, dont nous ne serons même pas informés, se produisent”. Plusieurs légumiers cherchaient déjà en catimini le bâtiment MSA saint-lois “pour lui rendre une petite visite”. Suite à la rencontre avec Pierre Marchand-Lacour, ils ont renoncé à leur projet pour repasser à une nouvelle distribution de légumes dans les rues, au plus grand bonheur des Saint-Lois. “On dit toujours qu’il faut donner avant de recevoir, explique un des manifestants, c’est ce que nous faisons aujourd’hui. Attention, la patience à ses limites ; sans un minimum d’aides concrètes, beaucoup devront mettre la clé sous la porte. Lorsqu’il ne restera plus que le désespoir dans nos champs, nous n’aurons plus rien à perdre”.

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