Récit
Comment l'AOP beurre et crème d'Isigny a été créée il y a 40 ans ? Il raconte
Les 26 et 27 juin 2026, le beurre et la crème d'Isigny AOP célèbrent 40 ans de reconnaissance officielle, actée par le décret du 30 juin 1986. À la manœuvre, se trouvait Pierre Brohier, qui pendant 20 ans, a endossé le rôle de président du syndicat créé pour promouvoir ces deux produits phares.
â" On en a fait du beurre. C'est du boulot. Maman s'y tuait ", se rappelle Pierre Brohier, ancien agriculteur. C'est certainement là qu'est né l'attachement de cet éleveur à ce produit. Il a créé en 1984 le syndicat des producteurs de lait et des transformateurs de beurre et crème d'Isigny-sur-Mer-Baie des Veys. " Je n'étais pas tout seul ", assure celui qui a endossé le rôle de président pendant vingt ans.
Un syndicat dès 1984
Auparavant, le 12 février 1930, un syndicat des producteurs de beurre et de crème de la région d'Isigny avait vu le jour. " Il s'agissait de faire reconnaître le nom d'Isigny ", rappelle Pierre Brohier. Ce souhait était toujours porté quelques décennies plus tard. Mais " l'usage abusif du nom d'Isigny " dans les années 70 a provoqué la colère des producteurs les conduisant à s'organiser en collectif. D'ailleurs, le procès-verbal de la réunion constitutive du 15 juin 1984 le stipule bien. " Il s'agissait de faire face aux risques de banalisation des produits d'Isigny ", avance Pierre Brohier. En ligne de mire, l'entreprise Besnier qui avait créé sa beurrerie à... Isigny-le-Buat (sud-Manche). Par une décision du Conseil d'État, " seuls les produits d'Isigny pouvaient revendiquer le nom d'Isigny ", souligne Pierre Brohier.
"Il n'était pas question de se laisser prendre le nom d'Isigny." Pierre Brohier, président fondateur du syndicat des producteurs de lait et des transformateurs de beurre et crème d'Isigny-sur-Mer- Baie des Veys.
Défendre les produits
Étant soucieux de leur avenir, les producteurs adossés aux transformateurs ont mené le combat jusqu'à l'obtention du décret de l'AOC. " On voulait défendre nos produits, notre nom et notre terroir. Dès le départ, il nous semblait opportun de créer un syndicat interprofessionnel dont l'objectif serait de promouvoir et défendre notre production ", martèle le premier président du syndicat qui se disait déjà convaincu " d'une meilleure valorisation de nos produits. Il n'était pas question de se laisser prendre le nom d'Isigny. "
Une richesse patrimoniale
Pour l'AOC puis l'AOP, le cahier des charges n'a pas été difficile à rédiger. " On avait des bases solides avec nos exploitations ", confie-t-il. La zone des marais s'imposait, définie par les bassins versants de l'Aure, la Drome, la Vire, la Taute, la Douve et le Merderet. Sept mois minimum de pâturage, une surface fourragère d'au moins 50 % d'herbe, une surface minimale de pâturage par vache, 30 % de vaches laitières de race Normande dans le troupeau, une collecte dans les 48 h suivant la traite et un écrémage dans les 48 h suivantes : telles étaient les grandes lignes. " C'est une richesse patrimoniale indéniable. Tous les producteurs de lait ne disposent pas d'un tel héritage. Nous devons le gérer et le transmettre ", prévient-il. Encore aujourd'hui, " nous avons un syndicat représentatif et constructif, un produit d'une grande antériorité, une forte notoriété ancrée au terroir, une aire géographique bien délimitée, un process de fabrication reconnu".
Ne pas regretter le choix
Si le chemin n'a pas été un long fleuve tranquille, Pierre Brohier affiche " une certaine satisfaction " à avoir contribué à cette AOP. " L'AOP n'est pas une obligation mais bien un choix. Si nous n'avions pas fait ce choix, nous aurions pu un jour le regretter ", conclut-il. Il reste la mémoire de cette appellation. Alors, il sera bien présent à l'anniversaire.