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Vaches laitières
Comment produire plus de lait dès ce printemps au pâturage ?

L’herbe pâturée constitue un fourrage peu onéreux et une source azotée de qualité. Pour valoriser au mieux cette ressource fourragère et améliorer la production de lait dès ce printemps, il est impératif de gérer au mieux le premier apport d’azote sur vos prairies, de mettre à l’herbe de bonne heure, et de trouver le meilleur compromis entre l’hauteur entrée et sortie parcelle au cours de cette saison de pâturage.

Cet article vous propose donc de vous rappeler les règles de bases d’une bonne gestion d’un pâturage. Vous retrouverez également des conseils complémentaires dans les prochains messages développés dans le cadre des réseaux normands de pousse d’herbe départementaux.

Un premier apport d’azote déjà réalisé ?
L’objectif de ce premier apport d’azote du printemps est d’accélérer la vitesse de croissance de l’herbe dès le début de saison. Cet apport d’azote est à réaliser un peu avant le démarrage de la végétation, quand la somme de températures en base 0 °C depuis le 1er janvier atteint 200 degrés pour les prairies temporaires à base de fétuque élevée et dactyle, et 250 degrés pour les prairies temporaires à base de ray-grass anglais et les prairies naturelles. Les 200 degrés ont été atteints depuis le début février et les 250 depuis vers le 15 février dans notre région.

Une quantité d’azote à moduler suivant la flore
La quantité de ce premier apport doit se situer entre 40 et 60 unités par hectare pour des prairies temporaires ou permanentes pâturées. Pour ce qui concerne les associations RGA et trèfle blanc, 30 à 50 unités par hectare, sur des associations bien installées, constitue un bon compromis.
Pour les parcelles à flore riche en vulpin des près, houlque laineuse et brome mou, préférez des apports tardifs pour éviter la domination de ces espèces précoces sur le ray-grass anglais, trèfle blanc et autres espèces plus tardives. L’autre solution radicale avec ces espèces précoces est de réaliser une fauche précoce rase pour améliorer l’accès à la lumière à la bonne flore fourragère.

Un premier apport à moduler suivant les sols et l’herbe disponible
Il doit être effectué sur des sols sains et portants, et après un premier passage d’animaux si la hauteur d’herbe est supérieure à 8-9 cm herbomètre ou hauteur de la cheville.
Avec des parcelles saines, qui se ressuient rapidement et portantes, il est judicieux d’apporter de l’azote sur l’ensemble des parcelles pâturées. Dans l’éventualité d’un printemps précoce, les excédents d’herbe seront alors ensilés dès le début mai, et permettront ainsi de disposer dès la fin mai d’une repousse de qualité avant le “coup de chaud” de début juin.
Avec des parcelles peu portantes, votre stratégie doit être basée sur l’étalement de ce premier apport d’azote en privilégiant d’abord les parcelles les plus saines. Ceci vous permettra ainsi de gérer au mieux les hauteurs d’herbe en ce début de saison.

De l’azote, tout en privilégiant une mise à l’herbe précoce ce printemps
La date de la mise à l’herbe reste toujours un compromis entre la portance des sols, les conditions météorologiques et une hauteur d’herbe. Concernant ce dernier facteur, il est préférable de sortir les animaux quand la hauteur sur la première parcelle à pâturer atteint environ 8 à 9 cm herbomètre ou hauteur de la cheville. Mais, cette date de mise à l’herbe doit être d’autant plus précoce que la surface mise à disposition par vache est grande, et que les sols soient portants en février.Une mise à l’herbe précoce pour éliminer les “refus hivernaux”
Cette sortie précoce permet d’éliminer les zones qui ont eu une croissance active pendant l’hiver, grâce aux éléments minéraux contenus dans les bouses ou les pissats de l’automne dernier. Ces zones sont à éliminer le plus tôt possible sinon elles seront trop développées et refusées par la suite par vos animaux au profit des zones plus rases et de meilleure appétence.

Une mise à l’herbe précoce, pour accroître le rapport feuilles/tiges
Cette sortie précoce accroît également la proportion de feuilles à disposition de vos animaux comme la très bien démontré l’INRA (tableau 1) en maintenant un pâturage ras au cours de ce déprimage.
Avec la même quantité d’herbe offerte par vache et par jour, environ 17 kg de matière sèche, les vaches du lot “RAS” consomment  21 % de feuilles de plus, et produisent 2 kg de lait de plus à 7 %.  

Une mise à l’herbe précoce, pour pâturer le maximum de parcelles
Pour améliorer la qualité des repousses et des récoltes, il est souhaitable de déprimer toutes les parcelles, y compris celles réservées à la fauche. Ce déprimage sera maintenu tant que la hauteur herbomètre d’herbe de la première parcelle pâturée n’atteint pas 10 à 12 cm ou la hauteur de la cheville.
En pratique, la surface à déprimer sera constituée de l’ensemble des parcelles offertes à vos animaux en été après agrandissement de ces dernières.

Une mise à l‘herbe précoce, pour pâturer ras
Au cours de ce pâturage de sortie d’hiver, il faut surtout pâturer ras, ce qui est assez facile
pendant cette période pour assurer des repousses de qualité (tableau 1). Ce pâturage ras donne un “pied d’herbe” plus dense et permet aussi de couper le maximum d’épis des graminées les plus précoces de vos prairies naturelles (vulpin, pâturin, brome mou…). Pour assurer une hauteur sortie de 5 à 6 cm herbomètre ou hauteur talon au printemps, vous devez viser une hauteur sortie de 3 à 5 cm au cours de ce premier pâturage. Cette hauteur sera la plus basse de la saison pour garantir un pâturage de qualité.

Une mise à l’herbe précoce, même quelques heures et surtout quelques heures
L’expérimentation menée par l’INRA de Saint-Gilles (35) montre qu’avec un temps limité pour la pâture (4 heures pour le lot expérimental contre 8 heures pour le lot témoin), les vaches du lot expérimental mangent plus vite. En clair, plus le temps à la pâture se réduit plus elle mange vite. La vache s’adapte alors à ce que l’on lui propose.

Gérer un pâturage, c’est d’abord choisir
Comme nous le rappelle l’INRA et le démontre très bien le tableau 2 et l’encadré 2, gérer un pâturage, nécessite de choisir entre la maximisation de l’ingestion de la vache ou favoriser une repousse de qualité afin de valoriser au mieux les parcelles pâturées.
Cette gestion du compromis a été également mesurée dans le cadre d’une expérimentation menée au cours de 3 saisons de pâturage (2002, 2003 et 2004) à la station expérimentale de la Blanche Maison à Pont-Hébert (50). L’objectif de cet essai était de tester au printemps (4 mois) une hauteur élevée de pâturage (pâturage libéral - sortie parcelle supérieure à 1,5 cm du pâturage sévère) avec fauche systématique des refus par rapport à un pâturage ras (pâturage sévère – sortie parcelle à environ 5,5 cm herbomètre) sur les performances zootechniques et son impact économique sur l’ensemble d’un système d’exploitation.

Pâturage ras au printemps, pour plus de lait à l’hectare
Au terme de ces 3 années d’expérimentation à la Blanche Maison, les principales conclusions sont :
- une baisse de production laitière de 1,5 kg de lait par jour et par vache pour les animaux en conduite pâturage sévère par rapport au pâturage libéral ;
- des taux butyreux et protéique souvent plus élevés pour la conduite libérale ;
- une morphologie et une valeur alimentaire de la flore qui s’accentue plus en faveur de la conduite libérale : moins de zones de refus, plus de limbes, plus d’UFL et PDI… ;
- un besoin en surface pâturable pour le lot en conduite libérale supérieur de 40 % à la conduite sévère ;
- une productivité de lait par hectare plus conséquente avec plus de 25 % de lait produit à l’avantage du pâturage sévère.
Malgré une production par vache plus faible, mais grâce à une production laitière par hectare plus élevée, la conduite sévère permet de dégager dans le simulations économiques conduites un produit de viande plus élevé, de diminuer les charges de la surface fourragère et de dégager des surfaces pour produire des céréales ou faire des récoltes de fourrages pour reconstituer des stocks fourragers en 2008. Tout ceci se traduit alors par une amélioration significative de la marge brute de l’exploitation.

Pâturage haut au printemps, pour plus de lait par vache
En retenant une conduite libérale du pâturage, avec des hauteurs sortie parcelles supérieur à 6 cm herbomètre, vous optimisez sensiblement l’ingestion d’herbe et le bilan UFL théorique de vos animaux (tableau 2).
Cette stratégie nécessite alors une gestion de l’herbe résiduelle par de la fauche mécanique (attention au coût ?) ou par la gestion de lots “tondeuses” avec des génisses ou bœufs pour passer derrière les vaches pour maintenir une repousse de qualité. Cette dernière option est souvent celle retenue par certains éleveurs normands.

Produire plus de lait au pâturage dès ce printemps en toute connaissance
Une bonne préparation au pâturage et une gestion d’un pâturage ras est le bon compromis pour améliorer la productivité laitière de chaque hectare valorisé par votre troupeau. Cette option vous permettra ainsi d’atteindre l’objectif de produire plus de lait dès ce printemps. Mais vous n’oublierez pas de tenir compte de l’évolution des quotas pour la prochaine campagne laitière. L’’augmentation du quota européen serait de seulement 2 % pour 2008-2009, mais rien n’est fixé définitivement à ce jour (10 février) !
Thierry JEULIN
Chambre d’Agriculture de l’orne
Ecrire à l'auteur :

thierry.jeulin@orne.chambagri.fr

Pour le groupe des Ingénieurs Lait des Chambres d’Agriculture et des Contrôles laitiers de Normandie

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