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Concours de la race Normande à Caen : la vache et le consommateur

Ce samedi, de 10 h à 17 h à la FIC (Foire Internationale de Caen), se tient le concours départemental de la race Normande. Un rendez-vous sous le regard du grand public et l’occasion de séduire les citadins consommateurs voire consom’acteurs.

Christophe Barbé et Françoise (sa compagne) aux petits soins avec Héroïne (qui défendra les couleurs de l’élevage samedi à Caen) sous l’œil bienveillant de Denys Lerévérend (président du syndicat de la Race Normande du Calvados).
Christophe Barbé et Françoise (sa compagne) aux petits soins avec Héroïne (qui défendra les couleurs de l’élevage samedi à Caen) sous l’œil bienveillant de Denys Lerévérend (président du syndicat de la Race Normande du Calvados).
© TG

"C’est réjouissant de voir autant d’animaux dans un contexte aussi difficile”. Avec une centaine d’animaux inscrits provenant de 18 élevages, dont 6 du Pays d’Auge, Denys Lerévérend (président du syndicat départemental de la race Normande) se satisfait déjà du cru 2015 de ce rendez-vous de samedi prochain qui se tiendra dans un hall adapté aux concours d’animaux et aux éleveurs. Satisfaction doublée d’un autre constat : “les éleveurs sont de plus en plus connaisseurs. La qualité s’améliore d’année en année”. Parmi eux, Christophe Barbé, installé en 2006 au Mesnil-Simon. L’année suivante à Livarot, il participait à son premier concours.

6 animaux dont Héroïne
Christophe a fait du chemin depuis et décroché quelques premiers prix de section. Il a même participé au national de St-Brieuc cette année avec Héroïne. Elle sera présente à Caen avec 5 de ses soeurs de lait. Pas de régime particulier pour les compétitrices. Juste un coup de tondeuse et une bonne séance de lavage. Il faut leur apprendre à marcher au licol aussi “mais ce sont souvent les mêmes animaux qui reviennent en concours. Il faut donc bien les éduquer dans leur jeunesse”, explique notre éleveur. Si une plaque constitue toujours une réelle satisfaction, c’est aussi une ambiance que vient chercher Christophe. “Les relations entre éleveurs sont excellentes. Cela nous permet d’échanger sur nos différents systèmes afin d’élever nos pratiques. C’est aussi bien sûr une façon de participer à la promotion de la race”. Denys Lerévérend acquiesce. “Caen offre cette particularité aux éleveurs d’être en prise directe avec le consommateur. Cela nous permet d’expliquer aux enfants, qu’avant la brique de lait, il y a une vache qui mange de l’herbe”. Peut-être bien parfois aux parents aussi .  “C’est tout un ensemble”, confirme Christophe.

De l’herbe et une qualité de vie
Installé en 2006 avec 120 000 litres plus 70 000 litres de rallonge, Christophe Barbé produit aujourd’hui 260 000 litres. Malgré la conjoncture, il est confiant en l’avenir “il le faut mais je souhaite garder une structure viable avec une bonne qualité de vie”. Ses choix sont assumés : “une conduite un peu plus extensive mais plus de valeur ajoutée”. L’occasion pour Denys Lerévérend de rebondir : “il faut mieux 20 bovins en trop sous la stabulation ou dans les champs que 80 chevaux en trop sous le capot du tracteur”. Et ça tombe bien puisque le tracteur n’est pas le dada de notre jeune agriculteur. Zéro culture sur l’exploitation. Enfin, un abus de langage puisque l’herbe se cultive aussi. Au lieu-dit “Roulier”, c’est pâturage du 15 mars au 15 novembre d’autant plus que 45 ha groupés de prairies naturelles s’y prêtent. En hiver, c’est foin (60 ha/an), betteraves, maïs grain et concentré en achats extérieurs. “Un peu d’enrubanage pour les élèves aussi”. L’exclusion de l’alimentation fermentée et du sans OGM est une filière qualité spécifique à la Fromagerie Graindorge. Ce cahier des charges est plus drastique que le bio. Cet engagement dans l’alimentation vient s’ajouter au cahier des charges AOP déjà vecteur de plus-value. “25 à 30 e/1 000 litres, ce n’est pas négligeable”, reconnaît notre jeune éleveur mais d’avouer aussi que, dans les filières qualité, la relation producteur/transformateur n’est pas non plus un long fleuve tranquille (Ndrl : lire en page 12 de notre édition du 17 septembre).

De la musculature et des aplombs
En privilégiant l’herbe, Christophe a opté pour la race Normande. “Je veux des vaches qui vieillissent bien et se déplacent facilement pour pâturer”. Dans ses choix de sélection, il porte une attention particulière à la musculature et aux aplombs. Avec un niveau d’étable à 6 000 kg brut (6 300 en standard), la production de lait n’est pas érigée en dogme d’autant plus que 25 % de son chiffre d’affaires est constitué de la viande. A côté des réformes, les mâles sont valorisés en bœuf traditionnel abattu vers 36 mois. Reste qu’on n’arrête pas le progrès génétique et que la génomique y donne même un coup d’accélérateur. “Prudence, invite cependant notre jeune éleveur. On trouve aujourd’hui des génomiques de génomiques”. En d’autres termes : attention à la “gamelle”.
Il faut taper dans un panier assez large, recommande Denys Lerévérend, mais la génomique apporte de la variabilité génétique et plus de choix. C’est quelque chose dont on a besoin d’autant plus qu’il y a eu un peu de délaissement au niveau de la musculature. Or, la Normande a besoin de réserves corporelles pour produire”.En attendant, Héroïne, cloche autour du cou mais qu’elle devra enlever lors de son périple caennais pour ne pas effrayer ses consœurs, rumine dans son pré. Peut-être rumine-t-elle d’ailleurs une soif de grande championne ? Réponse samedi.

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