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Contractualisation légumes : « un outil qu’il faut faire vivre »

Christian Duchemin, producteur de pommes de terre à Tourville-sur-Odon (14), se réjouit de la signature le 14 novembre dernier de la charte d’engagement pour une relance de la création de valeur et pour son équitable répartition au sein des filières agroalimentaires françaises. «C’est un outil qu’il faut désormais faire vivre», insiste-t-il.

Christian Duchemin, producteur de pommes de terre à Tourville-sur-Odon (14) : «prenez connaissance de cette charte. C’est un outil qu’il faut faire vivre».
Christian Duchemin, producteur de pommes de terre à Tourville-sur-Odon (14) : «prenez connaissance de cette charte. C’est un outil qu’il faut faire vivre».
© TG

La boutique n’est pas rachetée et les Ets Duchemin ne sont pas à vendre». D’emblée, Christian Duchemin, fondateur et patron de l’entreprise éponyme qui emploie 60 CDI (100 collaborateurs en pleine saison) autour d’une grosse activité pommes de terre,  plante le décor et coupe court aux rumeurs colportées par «radio campagne». Certes, la conjoncture économique est délicate avec un prix de la pomme de terre qui a dévissé mais la signature le 14 novembre dernier de la charte d’engagement suite aux EGA (Etats Généraux de l’Alimentation) redonne un souffle d’espoir. «Tous les syndicats agricoles dans leur diversité l’ont signée, se réjouit Christian Duchemin, de même que la grande distribution (Auchan, Cora, Carrefour, Casino, Système U, Lidl), même Michel-Edouard Leclerc», insiste-t-il avec un brin de malice. Une légitimité confortée par d’autres parapheurs comme l’ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires), Coop de France, l’APCA (Assemblée Permanente des Chambres d’Agricultures), la FCD (Fédération du Commerce et de la Distribution), la FEEF (Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France).

Vivre dignement de son travail
Si cette signature ne constitue pas la fin des ennuis pour les filières agricoles dans leur grande diversité, elle peut signifier le début d’un autre monde avec de nouvelles pratiques pour peu que l’on regarde la bouteille à moitié pleine. Au chapitre des vœux pieux imprimés dans le marbre de la charte, il en est un qui retient plus particulièrement l’attention de Christian Duchemin : «permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes». Ça tombe à pic. Lidl, signataire de ce précieux sésame, propose des promotions en pomme de terre à 0,99 € le filet de 2,5 kg. «Quand on sait que le conditionnement et la livraison reviennent à 0,70 €, on peut s’interroger : que reste-t-il au producteur pour vivre ?»

D’un prix de survie à un plafonnement
«Les EGA ont fait prendre conscience à l’aval que l’agriculture souffre. Si, à notre niveau, Carrefour nous rend bien les engagements que nous prenons en matière de qualité, de traçabilité, de services (...), j’en attends avec cette signature désormais plus et plus particulièrement des autres enseignes, synthétise Christian Duchemin. On paye nos salariés plein pot même les mauvaises années. Il nous faut donc instituer un prix de survie qui couvre au moins les coûts de production».
Un prix qui se situe aujourd’hui aux alentours de 1,10/1,20 € le filet de 2,5 kg pour le producteur alors que la grande distribution comme Lidl pratique du 0,99 € au consommateur.  «C’est inacceptable», considère notre patatier calvadosien qui regrette que certains producteurs acceptent ce jeu-là. «C’est se tirer une balle dans le pied que de vendre à perte. C’est également tirer la qualité vers le bas. Il faut réapprendre à calculer».
Et de conclure : «je veux dire aux agriculteurs : prenez connaissance de cette charte. C’est un outil qu’il faut faire vivre». Dans les prochaines semaines, Christian Duchemin va rencontrer toutes les enseignes de la distribution avec lesquelles il travaille, son bâton de pèlerin dans une main, la charte d’engagement dans l’autre.  En feront-elles la même lecture ? «Tout le monde a signé, c’est de l’inédit. Le Président Macron pourrait s’inspirer de cette charte pour en faire une loi et légiférer». Ça, c’est au cas ou...

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