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Cotentin, chef-d’œuvre en péril

A peine 250 brebis inscrites au livre généalogique ; pas de doute la race est en péril. Samuel Binet emmènera pourtant dix sujets au Spécial de Gavray les 6 et 7 août prochains.

Une race élégante, avec de bonnes qualités bouchères, valorisant au mieux les fourrages grossiers.
Une race élégante, avec de bonnes qualités bouchères, valorisant au mieux les fourrages grossiers.
© (ec)

Aforce de les regarder, on ne les perçoit plus ou presque dans le paysage manchois ou normand. Le mouton a fait vivre des générations d’agriculteurs pendant des décennies. Aujourd’hui, sur les trois races locales, seul le Roussin arrive à tirer son épingle du jeu. L’Avranchin survit tant bien que mal ; quant au Cotentin, c’est carrément la débâcle. Pourtant, Samuel Binet, double actif puisque salarié de Littoral Normand et producteur d’agneaux, y croit encore et toujours. “ Oui, le Cotentin est en péril avec seulement 250 brebis inscrites au livre généalogique, mais au nom de la biodiversité, le monde agricole se doit de garder cette race avant qu’elle ne se dilue complètement dans l’ensemble des autres troupeaux”.

Concours spécial Gavray
Dans la Manche, les trois races roulent cependant de concert au sein d’OSCAR (Organisme de Sélection Cotentin Avranchin Roussin) qui travaille d’arrache-pied au maintien des ovins. Du coup, le Spécial aura lieu cette année à Gavray, les 6 et 7 août. “Cette manifestation va rassembler des éleveurs passionnés par les races de leurs terroirs. Ils viennent bien sûr du département, mais aussi de Bretagne ou encore du Cher et du Gers”. Samuel Binet se déplacera avec huit femelles et deux béliers pour faire la promotion d’une race historique sur son exploitation de Maisoncelles-la-Jourdan (bocage virois). “Je me souviens encore que mon grand-père avait déjà des Cotentins. Pour nous, c’est avant tout une passion”. Passion d’accord, cependant mêlée d’inquiétude sur l’avenir. “Avec au mieux 250 brebis inscrites au Herd-Book, le renouvellement devient difficile”. Explications, “il faut éviter un taux de consanguinité trop important. Aller chercher de bons reproducteurs commence à revenir à rare et cher”. Lorsque les postes fonctionnels passent au second plan, il y a donc urgence dans la boutique. “Seul moyen, explique notre éleveur, que les producteurs s’inscrivent au livre pour que nous ayons du sang neuf, en complément du centre, créé avec les Avranchins, pour gérer au mieux la variabilité génétique”. Samuel Binet lance aussi un appel aux collectivités territoriales. “Elles se doivent de maintenir la diversité des animaux de la Manche et de Normandie”. L’appel a d’ailleurs déjà été entendu en partie. La Région va désormais gérer les enveloppes mesures agroenvironnementales “races menacées”.
Reste à convaincre de nouveaux éleveurs d’accrocher le train du Cotentin. “C’est un animal qui valorise très bien les fourrages grossiers et les herbages difficiles.  C’est d’ailleurs pour ces raisons que la race possède son Herd-Book depuis 1900”. Côté viande, problème. “Les abatteurs et les bouchers veulent des carcasses en dessous de 20 kilos. Les agneaux Cotentin sortent bien à 22-23 kilos, ce qui ne pénalise en rien les qualités gustatives”. Enfin, la laine, même si cette matière première est tombée en désuétude, reste de qualité. Samuel Binet a même obtenu un prix en la matière au Concours général de Paris. “Elle se vend désormais en dessous de un euro du kilo” lâche-t-il désabusé. Lors du concours de Gavray, Samuel reprendra son bâton de pèlerin pour essayer de convaincre des éleveurs à s’inscrire à l’association OSCAR. “Sans elle et ses efforts en matière de génotypage sur la tremblante, je ne sais pas où nous en serions“.

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