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Couverts d'interculture : efficacité et sécurité avec des mélanges multi-espèces

Semer en bonnes conditions, le plus tôt possible, des couverts diversifiés qui apportent de nombreux bénéfices doit être un objectif en bio : pour valoriser au mieux les ressources du sol et améliorer son fonctionnement. Le gain aux cultures suivantes dépassera les coûts d'implantation.

Piéger, conserver et recycler azote, phosphore et potassium

Le couvert absorbe l'azote libéré par la minéralisation automnale, limitant ainsi le lessivage hivernal. Les éléments nutritifs captés par la végétation sont recyclés. Après décomposition, ces éléments deviennent disponibles pour les cultures suivantes : c'est particulièrement important en agriculture biologique, l'idée étant de valoriser au mieux les ressources du sol, en évitant les « pertes ». A titre d'exemple, un mélange de phacélie, moutarde brune et sarrasin (mélange « agrifaune » semé début août à 20 kg/ha), dont la biomasse fin octobre avoisine les 4 tonnes de matière sèche, peut restituer 40-20-140 unités  N-P-K (essai couverts à Commes dans le Calvados, automne 2018 , Coopérative de Creully et Agronat).

 

Réorganiser la structure du sol

Les racines pivotantes ont un pouvoir de fissuration verticale : féveroles, pois, sainfoin, trèfle incarnat, repousses de colza, moutarde brune, navette et radis fourragers, nyger, tournesol. Les racines fasciculées exploreront plutôt l'horizon superficiel : mélilot, minette, trèfle violet, vesces, céréales.De nombreuses espèces présentent une structure racinaire mixte : par exemple les lentilles fourragères, les trèfles blancs, de Perse et d'Alexandrie, certaines moutardes, phacélie et sarrasin.

Rééquilibrer la matière organique

La matière organique labile (facilement minéralisable) fournit divers éléments nutritifs et sert d'activateur de la vie du sol. La partie stable a un rôle structurant important. Le rapport C/N (Carbone/Azote) des espèces d'un mélange de couverts peut jouer sur l'équilibre entre la matière labile et l'humus stable.

Dans l'ordre croissant de rapport C/N : les légumineuses (<20) puis les mélanges avec légumineuses, puis les crucifères, la phacélie, et les graminées avec un C/N > 20.

 

Concurrencer les adventices et limiter les bio-agresseurs

Certains essais (INRA) ont montré que l'avoine en interculture limitait les adventices dans le maïs suivant. De même, l'introduction de moutardes dans les couverts pourrait limiter certaines maladies du sol, dans des rotations riches en céréales d'hiver.

Par ailleurs, on évitera d'implanter de l'avoine ou du seigle en cas de présence de nématodes du collet (Ditylenchus dipsaci).

L'aphanomyces peut être un champignon à éviter en limitant les pois, lentilles et variétés de vesce sensibles.

 

Fourrage d'appoint

Cultivées en dérobée, beaucoup d'espèces fourragères peuvent apporter un complément intéressant pour les éleveurs. Des enrubannages d'avoine+trèfle d'Alexandrie (à 39% de matière sèche), ou d'avoine+vesce+trèfle ou pois (à 30% de matière sèche) donnent en [MAT, UFV, PDIN, PDIE] des valeurs de [125 à 150, 0.65, 97, 66] (source LANO).

Interview

Charlotte Gardon, Conseillère à la Chambre Régionale d'Agriculture de Normandie

>> Que faut-il associer ?
En premier lieu, associer au moins trois espèces permet de varier les ports de plante, les systèmes racinaires, les familles botaniques évidemment, les vitesses de minéralisation ultérieures, liées au rapport C/N.

>> Quels choix d’espèces préconisez-vous ?
Féverole et pois apportent la fixation de l’azote de l’air bénéfique aux cultures suivantes ; le seigle peut être un tuteur ; la moutarde génère des bénéfices sur la structure du sol ; le trèfle incarnat, tout en fixant l’azote, occupe l’espace au ras du sol ; certains y ajoutent de la phacélie, qui nourrit abeilles et autres auxiliaires butineurs en automne.


>> Semis, destruction, quelles modalités ?
L’idéal, c’est quelques jours après la moisson, au semoir à disques, pour bénéficier de la fraîcheur du sol. Pour un mélange à cinq ou six espèces, décrit ci-dessus, le plus simple est de prendre la densité de chaque espèce en pur et de diviser par cinq ou six. Cela donne 15 kg/ha de féverole de printemps, 15 kg de pois de printemps, 3,5 kg de seigle, 1,3 kg de moutarde d’Abyssinie, 2,5 kg de trèfle incarnat et 1,2 kg de phacélie. La destruction se fera si possible légèrement avant mi-floraison des moutardes. Pour cette espèce, le mieux est de choisir des variétés tardives (type Abyssinie).

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