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Damien Férey cultive ses « Vergers de la passion » en Cotentin

Eleveur avec une soixantaine de brebis, arboriculteur avec une quinzaine d’hectares de vergers, transformateurs de pommes en jus, cidre, pommeau, calvados, vinaigre et tutti quanti, Damien Férey multiplie les casquettes. Installé officiellement depuis 2010 à Rauville-la-Bigot (50), il est un des ambassadeurs du cidre Cotentin, tout heureux d’avoir décroché le fameux sésame AOP (Appelation d’Origine Protégée). Son autre axe de communication, c’est le bio, tout bio en 2018.

© TG

« Nos pratiques étaient déjà bio. On ne fait que les reconnaitre ». Damien Férey, installé en 2010 au hameau Delay à Rauville-la-Bigot dans le nord Manche, achève cette année son parcours à la conversion en AB (Agriculture Biologique). Ses 15 hectares de vergers sont certifiés et ce signe de qualité vient compléter les deux autres : Cidre Cotentin et Pommeau de Normandie.

Les moutons ont remplacé les vaches
Dans cette ferme du Cotentin, les grands-parents produisaient jadis du lait. Mais au début des années 80, les moutons ont remplacé les vaches sous les pommiers. Des pommiers qui ont payé un lourd tribut sous les coups de boutoir de la tempête d’octobre 1987. Mais le vent qui déracine parfois peut enraciner ensuite. En 1989, 4 hectares de verger haute-tige sont replantés. 
Six ans plus tard, en 1995, le père de Damien qui était double actif (militaire et paysan) devient agriculteur à 100% en se lançant dans la transformation et la commercialisation des produits de la pomme à cidre. Une passion est née à Rauville-la-Bigot et Damien va mettre ses pas dans ceux de son père. Il va d’abord s’assoir sur les banc de l’école à Tours pour décrocher un BTS Vigne et Vin. En 2010, c’est le grand saut. Damien s’installe et investit dans son outil de transformation, notamment une cuverie. Un investissement presque continu avec des aides européennes au passage. Il replante également quatre nouveaux hectares et acquiert également quelques vergers. Il ramasse des pommes aussi localement sous le verger d’autrui quand une opportunité se présente. Aujourd’hui, c’est 150 t de pommes environ qu’il écrase chaque année.

Pas d’atomiseur et un seul tracteur
« Ne cherchez pas d’atomiseur dans la cour de l’exploitation, il n’y en a pas », s’amuse Damien. Par contre, à côté de l’unique tracteur, un broyeur.   La gestion de l’herbe sous ces 15 ha tout enherbés constitue presque un art. Les 60 brebis font office de tondeuse, mais uniquement dans le haute-tige. « Pour la récolte de l’herbe, ça dépend des parcelles. C’est vrai que broyer de l’herbe, c’est un peu con, mais il faut parfois le faire », reconnait Damien. C’est le cas notamment dans les vieux vergers pour éviter l’export. « L’herbe devient humus et le sol devient très vivant ». L’enherbement fait d’ailleurs partie du cahier des charges Cidre Cotentin. « Cela facilite la conservation du fruit au sol, argumente notre arboriculteur et le transformateur qu’il est d’ajouter : l’arbre est concurrencé par l’herbe ce qui concentre le sucre dans le fruit par un effet volume moindre de pommes».
Ceinturant les parcelles de petites tailles (2 à 3 ha maximum), des haies, la plupart sur talus. 200 mètres de haies bocagères par hectare de verger stipule d’ailleurs le cahier des charges. « Cela permet de retenir l’eau, de protéger la faune et la flore du vent, de favoriser la biodiversité en dévelopant un habitat auxiliaire », liste Damien. Un plus pour les abeilles cotentines aussi.

De l’extensif, mais du boulot
S’il a fait le choix de l’extensif, Damien Férey ne chôme pas pour autant. La grosse période de travail culmine entre octobre et décembre. Il faut ramasser les pommes et les écraser dans la foulée. Il pourrait souffler un peu en janvier, mais c’est là que la période d’agnelage démarre. Au printemps, arrive la taille. «Tous les 2 ans sur les vergers en année de forte production». Lui reste donc du 15 avril au 15 septembre où il va ouvrir les portes de son chais au grand public. « Le cidre a une bonne image, mais le consommateur n’y pense pas. On ne sait pas se vendre alors il faut expliquer notre métier : la prise de mousse naturelle, l’absence de sulfite, le marc de pommes qui devient compost... Il faut se démarquer des produits pasteurisés ou gazéifiés. Moi, je laisse mon produit s’exprimer », se plait-il a rappeler au consommateur de passage. 
Les ventes des « Vergers de la passion » sont en progression constante.  Damien peut aussi compter sur deux magasins de produits régionaux que frère et sœur ont ouverts à Martinvast (50) et Douvres-la-Délivrande (14). En attendant, il manque de pommes acidulées, mais croit en l’avenir prospère du Cidre Cotentin.
« Mon souhait est de voir des jeunes qui s’installent dans ce sens et qui se développe dans la vente directe, conclut-il avec une dernière pensée pour ses homologues de l’Orne, ce serait bien aussi que le Perche décroche son AOP ».

Les producteurs de Cidre Cotentin
Les Vergers de la Passion (Rauville-la-Bigot), La Ferme de la Commanderie (Rauville-la-Bigot), Gaec des Claids (Saint-Patrice de Claids), Cidres Lemasson (Cametours), Théo Capelle (Sotteville), Maxime Haupais (Montreuil-sur-Lozon), Le Père Mahieu (Bricqueboscq), Hérout - Cidres et Calvados (Auvers), Domaine de Rugueville (Portbail).

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