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Daniel Courval (président de la section viande bovine de la FRSEA) : «tous à Rouen mercredi prochain»

La FNSEA et les JA appellent à la mobilisation contre d’éventuels accords avec le Mercosur. Quels en sont les tenants et aboutissants ? Éléments de réponse avec Daniel Courval, président de la section viande bovine de la FRSEA.

© TG

>> Vous appelez à manifester mercredi prochain à Rouen. Pourquoi ?
Nous relayons un appel national de la FNSEA et des JA pour des actions dans toutes les régions de France. En effet, notre agriculture est en danger avec ces négociations en cours avec le Mercosur (*). Les discussions en cours prévoient d’ouvrir les frontières européennes à des volumes conséquents de production agricole sud-américaine, entrant en concurrence frontale avec les nôtres. De grands enjeux commerciaux sont en cause et nous ne voulons pas que l’agriculture serve de monnaie d’échange.

>> Quels volumes cela représente-t-il ?
Pour la viande bovine, on parle de 99000 tonnes d’aloyau. On parle aussi du sucre dont une partie sous forme de 500000 tonnes d’éthanol, l’équivalent de la production française, et de 90000 tonnes de viande de poulet en plus du contingent actuel. A ce rythme, les consommateurs n’ont pas fini de manger du poulet d’importation !

>> Sur la viande bovine, cela ne concerne que des aloyaux, est-ce significatif ?
Bien sûr puisque ce sont des morceaux nobles. Ce n’est pas sur les avants que notre filière réalise ses marges. Or, les pays du Mercosur bradent les aloyaux car cela ne correspond pas à leur marché. Et puis ils produisent à beaucoup moins cher, à grands coups de tourteau de soja OGM cultivé au glyphosate…

>> Autant de modalités de production peu prisées en Europe…
Elles sont même interdites chez nous : les OGM sont interdits, le glyphosate va l’être. Nous avons dénombré pas moins de 46 substances utilisées là-bas interdites chez nous. Comment lutter ?

>> Peut-être en segmentant mieux la production, en valorisant la qualité française…
Cela c’est le discours du Président Macron. Mais la réalité, c’est que les collectivités locales achètent toujours au moins cher. Et même les consommateurs veulent des prix bas. Regardez l’attitude des clients lors de la promotion sur la pâte à tartiner. On veut nous faire avaler la pilule avec cette « montée en gamme ». Mais, en même temps, on ouvre grand nos frontières, cela ne tient pas debout.

>> La négociation ne porte que sur la viande bovine ?
Non. Comme je l’ai déjà dit, cela concerne aussi notamment les filières de la volaille de chair, le poulet, et la filière du sucre avec le contingent prévu en éthanol qui n’est autre que du sucre transformé. Cela concerne donc aussi bien les productions végétales que les productions animales. Au-delà, c’est la question du modèle d’agriculture qui est posée : veut-on une agriculture familiale sur des exploitations modestes qui respectent l’environnement ? Ou veut-on favoriser le modèle des feed-lots où les animaux sont engraissés par milliers sur des surfaces « gagnées » sur la forêt amazonienne ? Veut-on encore une agriculture à dimension humaine ?

>> Pensez-vous pouvoir influencer la décision européenne ?
Oui. Parce que la décision européenne est prise en accord avec les Etats membres, donc avec les gouvernements, même s’ils s’en défendent. C’est le moment de se mobiliser pour éviter un accord catastrophique. Les conditions politiques permettent aux pays du Mercosur de signer un accord actuellement et pour quelques semaines. Elles ne seront plus réunies ensuite avant la fin de l’année. J’invite donc tout le monde à nous rejoindre à Rouen mercredi prochain.
(*) : Le Mercosur regroupe le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay.

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